Grande manifestation nationale commune du 5 mai

La gauche nationale va faire la peau au capitalisme le 5 Mai.....

Karl Marx peut raconter ce qu’il veut, et que les prolétaires n’ont pas de patrie, et qu'ils doivent s'unir….ça n’empêchera pas François Ruffin, Insoumis de Macron, d’appeler à une Grande manifestation nationale d'abord, commune ensuite, ce 5 mai. 

Nationale (nativus),mot puissant en effet, comme si Grande Manifestation…Grande Manifestation commune  eût été insuffisant. Et pourquoi pas alors Grande manifestation internationale commune ? 

Je veux bien dire à une amie de passer le message à son ami. Sauf que lui, c'est un manutentionnaire africain, qui gagne 1300 euros par mois. Il a des ennuis dans son boulot,  sa boite veut se défaire de lui, parce qu’il est « vieux », au profit d’un « pakistanais » qui touchera 800 euros pour le même boulot. Et ce "pakistanais" en question doit-il venir aussi manifester nationalement?  Et le "prolétariat nomade", qu’on appelle vachement les « migrants…ou migrants économiques »?  Ont-ils leur place dans une manifestation nationale? Jeu trouble! Non, ils sont exclus.  Symboliquement et réellement.

Paris est une ville internationale. Et l’Histoire nous informe que l’un des plus grands événements qui s’est déroulé à Paris, c’est la Commune de Paris. Non pas la Commune nationale de Paris. Quel est donc le projet de Ruffin et ses amis derrière leur manifestation nationale, commune...?

Le député François Ruffin veut faire la fête à Macron. Décidément l'âge des gamineries n'est pas terminé, on s’y croyait presque dans leur lycée d’Amiens, en train de jouer la Guerre des boutons.

Si Macron se prend pour Jupiter, Ruffin, lui, se croit sorti de la cuisse de Jupiter.

Fête à Macron « avec grand débordement »…Vive le carnaval national ! Vive le débordement ! Macron va voir ce qu’il va voir. Avertissez-le. 

 

Mercredi 4 Avril, à la Bourse du Travail, aux côtés de l’amphigourien Frédéric Lordon,  devant une salle remplie de jeunes très contents d'être entre eux,  et qu’on avait déjà pu croiser à Nuit Debout, avant de se convertir en électeurs de la France Insoumise. Devant ces jeunes donc,  l’insoumis François Ruffin s'était interrogé durement : « qu'est-ce qu'on fait le 5 mai au soir? Il faut une inversion du rapport de force, que la peur change de camp, que le 5 mai au soir soit le point de départ ». 

 

  • Il faut une inversion du rapport de force…Si le Ruffin était moins national, il se serait peut-être aperçu, au travers des récents événements internationaux, que l’inversion du rapport de force ne relève aucunement de l’incantation ou de son élection. Le beau spectacle des nécessaires manifestations ne change rien à la donne…..les événements en Egypte peuvent instruire Ruffin à ce sujet. Y compris ce qui se passe aux USA, en termes de mobilisations.
  • que la peur change de camp…Et quoi encore ? C’est l’écrivain nigérian, Wolé Soyinka, qui disait : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude… il bondit sur sa proie et la dévore ! ». Et puis, la peur de quoi ? Quel camp ? les nationaux contre les étrangers ? Les nationaux contre les capitalistes ? Quelle est donc cette lutte où les protagonistes ne sont pas nommés, identifiés ? Si Ruffin veut inspirer la peur aux Etats capitalistes, ou aux Etats tout simplement, franchement, il a mieux à faire que de traîner à l’Assemblée….mieux à faire que d’organiser simplement une manifestation nationale.
  • que le 5 mai au soir soit le point de départ….point de départ de quoi ? Et pour où ? 

Naïveté folle.Ce propos de Ruffin sans intérêt politique.  Quid de son allié Frédéric Lordon ?

 

 Frédéric Lordon et le 5 mai

 Dans un article paru le 8 avril sur son blog du Monde diplomatique, Maître Lordon signe un article intitulé « Tisser les luttes ».

Amphigourique! Stratège en pacotille! Opportuniste! Raconteur de sornettes. ...

Lordon en a marre de la démultiplication des manifestations, de l’éparpillement des revendications, de la juxtaposition des dates les unes sur les autres. Il pense que toutes « ces luttes se fondent dans une même cause commune,  et que leur réel objectif c’est cette cause commune…Qu’est-ce qu’il appelle cause commune ? Quel est le nom de cette cause commune ? D’autant plus que, ce ne sont pas les Bill Gates, Warren Buffet, Bernard Arnault, Macron, Trump et consort qui peuvent refuser de défendre ou de se fondre dans une cause commune. Lorsque Macron avait déclaré Make our planet great again….ne s’agissait-il pas d’une cause commune ? Si, précisément. Alors, peut-être Macron devrait lui aussi venir manifester le 5 mai, après tout, c’est sa fête….C'est extravagant, et c'est là le style de Lordon, de croire que si "ces luttes" sont défaites c'est parce qu'elles n'auraient pas pris conscience de leur objectif commun.

 Derrière l’avancée triomphante du capitalisme, et donc de ses logiques libérales, concurrentielles à échelle mondiale, derrière la mise en mal des conquêtes sociales précédemment remportées, derrière la faiblesse de la gauche, et aussi de son éclatement en petit comité,  il y a surtout la défaite de l’Idée communiste. Son abandon. Aujourd'hui quelqu'un peut aisément dire que commun-isme =nazisme, sans que la justice le condamne pour Apologie à la bêtise. Le capitalisme n’a plus d’adversaires sérieux. Il n’existe pas de proposition commune à échelle de la planète, qui donnerait à ces luttes un sens véritable, c'est-à-dire un sens qui ne dépende pas de l’orientation capitaliste.

Il faut bien observer que la grève justifiée des cheminots n'est pas, comme certains opportunistes essayent de nous le faire croire, une grève au nom d'un certain type de société. On ne peut pas dire qu’il y a l’ombre d’un réel désir de construire une société différente de la société capitaliste. Ce n'est pas exact. Et ce n'est pas grave, on ne saurait exiger des cheminots qu'ils jouent ce rôle. Les cheminots contrairement aux orthophonistes ont juste cette capacité de nuisance, cette capacité d'installer un bras de fer...Et dans le cas de la SNCF, c'est tout simplement: "Pas touche à ma SNCF"!  

Lordon  a calé la date du 5 mai avec son ami Ruffin….et c’est cette date, qui ne correspond à rien, pour les non nationaux, puisqu'elle correspond au un an de Macron à la tête de l'Etat français, qu’ils ont choisie pour « tisser les luttes ». On en revient au caractère très bleu-blanc-rouge de cette manifestation qui a la prétention de vouloir faire basculer la marmite.

 

Un nombre contre un autre                                                                        

Dans une partie de son article qu’il intitule "un nombre contre un autre", Frédéric Lordon fait son Ruffin, en disant : « Notre vie est livrée à ces gens-là. Les arrêter de mettre méthodiquement toute la société à sac : tel est le sens du combat d’aujourd’hui. ».

Tout à l’heure, on a eu droit à « une cause commune » , et maintenant on nous sert « ces gens-là ». Bravo pour la clarté! Est-ce si difficile de nommer l’adversaire ?   Les capitalistes, c'est eux je crois,  que Lordon appelle « ces gens-là », vachement signifificatif.  …. arrêter ces gens-là, quoi de plus vague ! Comment les arrête t-on ? Comme les cheminots? Et après ? Pour quoi ?

Le sens du combat d’aujourd’hui n'est pas d'arrêter des gens, on ne sait trop comment, pour on ne sait trop quel projet. Le sens du combat d'aujourd'hui est autre….il consiste à installer au sein de l’opinion mondiale, l’idée qu’autre chose que l’organisation capitaliste, fondée sur la propriété privée, la concurrence, le profit, les inégalités est possible ou doit être rendue possible. Bien entendu, il faut nommer cette « autre chose » et ne pas se cacher derrière son petit doigt : le communisme. Et si le mot gêne tant, proposez un autre terme  qui fasse le poids. Le combat est donc d’internationaliser les points de vue, les luttes, les expériences, les enquêtes…..et pas de se complaire dans le national.

 L’ami de Ruffin ajoute : « comme souvent dans l’histoire, la victoire passe par le nombre. Un nombre contre un autre en quelque sorte ! Le nombre politique contre le nombre managérial.» Reste à savoir ce que Lordon entend par "histoire" et par  "victoire". Car, si l'on prend  la conquête de l'Amérique par les européens, et donc l'extermination des populations indigènes indiennes, ce  n’était pas une affaire de nombre…mais d’armes. L'armée d'Atahualpa comptait plus de soldats que celle du capitaine espagnol Hernàn Cortès. Ce sont les coups de feu et les chevaux qui ont terrifié les populations locales, pas le nombre. Quant à la révolution de 1917, on ne saurait dire que Lénine ait renversé le Tsar avec toute la Russie derrière lui.

Donc Le nombre politique….le nombre managérial….et tutti quanti c'est de la bouillie pour les chats.

Et même, Le nombre politique, ça, c’est déjà un terminologie managériale. Parce que nous autres, nous parlons de masses, de classe prolétaire, ou plus poétiquement de misérables.

Nous sommes du côté de la masse, mais la masse ne suffit pas….Et venant du deuxième continent le plus peuplé au monde, et du premier continent le plus misérable, pourvoyeur de prolétaires, je le constate trop bien. Quant au nombre managérial, l’expression surtout est insignifiante, même si je sais à quoi Lordon fait allusion quand il le dit ((le discours technocratique de Macron devant l’infirmière au CHU de Rouen) ….mais le propos de Lordon est intraduisible dans une autre langue: Nombre politique contre nombre managérial. 

Nombre managérial …..c’est la logique Capitaliste. L’abandon donc des mots clairs, simples, historiques, au profit d’une novlangue macronisée, Lordon s’y connaît à la perfection.

Pour finir sur ce point, et si je veux me faire l'avocat du diable, on peut toujours soutenir que, dans le jeu démocratique actuel, auquel Ruffin et Lordon adhèrent,  Macron a le nombre politique plus que personne d’autre à l’Assemblée nationale où siège Ruffin.  Et hors de l’Assemblée, dans les rues, le nombre politique n’est en faveur de personne sinon du Marché.

Poursuivons. "Et voilà le sens du pari du 5 mai : réaliser le nombre politique. Le nombre frappe les esprits. Une manifestation nationale, de masse, n’est pas juste « une manif de plus . C’est une démonstration de force". Renchérit le révolutionnaire de Nuit Debout.

Encore leur histoire de manifestation nationale,  masse…Pauvre de nous!  Le nombre frappe les esprits…. N’est-ce pas ?   Et frapper les esprits pour…. ? Bref, c'est compris, le nombre au service du spectaculaire. Parce que si ce n’est que pour frapper les esprits, il y a des choses plus frappantes encore….le terroriste, le but de Christiano Ronaldo à la champion’s League, les funérailles de Johnny Hallyday, etc….ça aussi, ça frappe les esprits. Mondialement! 

Pendant qu'il feront la fête, et frapperont les esprits des journalistes de BFM TV et du Média, 80 personnes dans ce bas-monde continueront  de détenir la même richesse que 3,5 milliards de personnes.  Nationalement inacceptable.

Quant à la démonstration de force, dommage qu’elle ne se soit pas manifestée avant l’élection de Macron. Citons encore Soyinka : « le tigre ne proclame pas sa tigritudeil bondit sur sa proie, et la dévore !» Démonstration de force ? Quelle force ? A qui ? Au lieu de démontrer, il faut agir donc, il faut faire valoir sa force pour changer concrètement les conditions d'existences des ouvriers sans papiers étrangers. Ils étaient 160 à faire grève en février ....ils auraient eu besoin de cette démonstration de force.

 Le 5 mai, on le sent, on le voit…sera donc juste « une manif de plus » !

 

 

Lordon invite la jeunesse des banlieues

 

L’économiste- philosophe n’a peur de rien. Dans son désir de tisser les luttes, voici ce qu’il déclare : « l’extension de la répression policière-judiciaire ne créé-t-elle pas un intérêt commun à se retrouver, et notamment de faire la connexion avec la jeunesse des banlieues qui l’aura expérimentée de plus longue date et à plus haute intensité que tout le monde ? » Merci pour cette marque de reconnaissance ! La gauche, très forte pour s'épancher...Enfin un qui reconnaît cette éternelle souffrance…hélas, il aura fallu attendre qu’on menace nos chers cheminots, pour que Lordon convoque nos jeunes de banlieues dans les rangs d’une manif nationale.

La jeunesse de banlieue est comme Paris. Elle est internationale. Il y a donc une contradiction fondamentale là dedans. Et puis, on ne peut pas dire que le 4 avril, Ruffin et Lordon étaient devant des jeunes de banlieues. Ont-ils seulement songé  à leur présence ?

 

« Tous ces gens (il y a ces gens et ces gens-là, faites la différence vous mêmes) ont des histoires de garde-à-vue, de détention, de tribunal à se raconter – comme a commencé à le montrer la journée « Farce doit rester à la justice », ils découvriront que ce sont les mêmes histoires, et qu’à force d’être à ce point les mêmes, ça créé des liens. » ajoute Frédéric Lordon.

 Lordon était-il présent à la marche en la mémoire d’Adama Traoré organisée par sa sœur ? Lordon était-il présent à la manifestation contre l’esclavage à Paris, dans laquelle on ne voyait que des noirs ? Lordon en apprenti révolutionnaire croit qu’il peut maintenant apprendre à ces jeunes de banlieues la vie….c’est Lordon qui doit aller dans les manifestations non spectaculaires, dans les foyers d’ouvriers, les boîtes de nuit, les stades de football des banlieues, pour découvrir ce qu’il ne connaît pas.  

 

  • ils découvriront que ce sont les mêmes histoires, et qu’à force d’être à ce point les mêmes, ça créé des liens…Pure niaiserie ! Ce que ces jeunes découvriront surtout, c’est que derrière le mot cheminot, il y a aussi des contrôleurs de train….et que, lorsque « tout va bien », certains cheminots sont de bons serviteurs de l’Etat (amendes) et de parfaits coopérants avec les forces de l’ordre.

 

 

Y’a que Lordon qui croit que les relations cheminots (contrôleurs de train) et jeunes de banlieues sont cordiales. La Garde à vue, bien souvent, commence dans les couloirs de métros, dans le train….

 

Lordon, terrible opportuniste donc !

                                  

 

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