Sur la grève des étudiants

L'effervescence sociale française du moment est petite bourgeoise. C'est la classe moyenne, gentiment installée dans le capitalisme, qui s’aperçoit soudainement, que le capitalisme ne vise pas simplement les "autres". Elle se réveille alors, tout apeurée, mais résolue à montrer de quel bois elle se chauffe. Que l'Etat recule d'un pas, c'est tout ce que l'on demande, sinon, ça va barder.

Raymond Aron, éminent intellectuel, respectable, même si de droite, en parlant des étudiants, lors des manifestations de Mai 68, disait qu'il ne voyait aucun problème à ce que des étudiants veuillent faire la révolution. Mais, ajoutait-il, qu'ils le fassent en dehors de l'université. Ça n'est pas le lieu propice, sinon, ça se saurait depuis fort longtemps.

En termes de tactiques "révolutionnaires" et de renversement de la société, jugeait-il, il vallait mieux suivre un Che Guevara dans son Maquis bolivarien que des cours de sciences politiques à la Sorbonne. 

                                                                          L'amie non gréviste

Il y a quelque temps, j'ai pris un café avec une étudiante en droit social. Alors Elle était en pleine préparation des examens. Etonné qu'il y ait des étudiants qui préparent des examens à la veille de la "révolution",  je lui ai demandé si elle ne faisait pas la grève avec ses camarades. Elle m'a répondu: "Faut pas déconner", en ajoutant :"la plupart des gens qui font ça, je ne sais même pas, je ne crois même pas s'ils savent pourquoi ils font grève. C'est plus une tendance, une mode...on veut se dire qu'on a aussi fait...genre Mai 68." Après tout, pourquoi pas!

Etudiante en droit social, niveau master. La demoiselle n'est donc pas entièrement débile. Elle a donc un peu de jugeote, autant que nos valeureux grévistes qui se pâment de quelques vertus sacrées. Aux dernières élections, elle m'a dit avoir voté blanc, premier et second tour. C'est dire! 

                                                              La représentation estudiantine

Pourquoi certains étudiants font-ils la loi? Pourquoi refusent-ils à  d'autres étudiants, parfois les plus nombreux, de faire cours? Au nom de quoi? De quel idéal? De quelle "démocratie"? Et les enseignants, même les détenteurs de chaires, sont-ils appelés à se mettre, en cas de grève, à l'école des étudiants? Vive la démocratie!

Nul n'est obligé d'aller à l'université. Que ceux qui trouvent l'université nul à chier, jettent le torchon. C'est plus efficace!

Si l'enjeu dans cette histoire de grève des étudiants c'est de changer la société...alors j'appelle les étudiants grévistes à se comporter comme des Hommes et des Femmes digne de son nom, qu'ils abandonnent les bancs des facs, et viennent nous rejoindre dans le théâtre de la vie, université d'un autre genre. Que ces in-tranquilles étudiants aillent se lier avec des non étudiants, les sous-diplômés, jeunes de banlieues, et consort....

Mais, si ces étudiants veulent rester étudiants à tout prix, il n'est pas légitime de leur part, et sous aucun prétexte, qu'ils bloquent l'accès à l'université à d'autres étudiants, lesquels ne sont pas obligés d'obtempérer aux mots d’ordre de quelques allumés qui veulent empêcher la grande réforme maléfique de ces 20, 30, 40 dernières années l'université. 

                                                        Un mouvement bizarre et hilare

La révolution n'est pas une fête de gala, disait le grand Mao. Et la grève des étudiants en est une, d'après ce que j'ai vu et entendu. C'est une fête. Les grévistes sont très contents. Très contents d'eux-mêmes. Très contents de leurs cagoules. Très contents de leurs banderoles. Très contents de s'opposer à Macron. Ah, ça tombe bien, il se trouve que c'est un jeune. Ils pourront donc avoir un véritable face à face. Jeune jeunesse estudiantine vs Jeunesse winneuse et entrepeuneuse. Unef vs En Marche. 

Je ne dis pas que toute mobilisation des étudiants serait nulle et non avenue. Attention! Je ne suis pas fou. Encore moins dupe.

Nous autres, ex étudiants étrangers, éminemment francophone, puisque venant d'une certaine Afrique, avons été très sérieusement sélectionné pour pénétrer dans des universités françaises. Et le processus de sélection est sans pitié. Faut vraiment être à la "hauteur", et faut vraiment avoir les "sous", pour espérer venir faire un tour en France, sinon faut pas espérer grand chose de la République. Je ferme cette parenthèse.  

Cette grève, et je me risque à ce jugement, jusqu'à preuve du contraire, n'est le signe d'aucune vigueur, d'aucune splendeur, et d'aucun idéal malgré son opposition,excusez du peu, à la très discutable  loi  "Orientation et réussite des étudiants". Et je ne vous parle même pas de tout ce qu'il y a comme récupération, opportunisme, calcul dans cette histoire.

Né(e)s de la dernière pluie?

La réalité française du moment est assez simple, à mon sens. Qu'il s'agit des grèves des cheminots contre la réforme de la SNCF, de la colère des fonctionnaires puis de l'expulsion paramilitaire des activistes de Notre-Dame-des-Landes, c'est le paradis petits bourgeois qui découvre un matin, par hasard, le véritable visage du capitalisme: sans pitié!

C'est au nom des comptes publics que tout cela se passe...et c'est quoi les comptes publics? C'est l'Etat. Et c'est quoi l'Etat? "fondé de pouvoirs du capital" Marx dixit.

Les petits bourgeois se sentent maintenant menacés. Cette menace existentielle réveille leur chouette romantisme contestataire, révolutionnaire ou sais-pas-quoi, leur soif de contrer une société qu'ils n'ont pas vu s'installer.

Que les petits bourgeois fassent un peu un exercice d'introspection: A quoi correspondait leur silence d'avant? Se croyaient-ils éternellement protégés pendant que les autres croupissaient ?

Macron mine de rien, a quand même été élu, après Sarkozy, après Hollande dont il fut ministre, aux yeux et au vu de tous. Certes, personne ne l'a vu venir, mais n'aurait-il pas été là, que le terrible Fillon qui aurait remporté le match face à la Le Pen. Il y a donc ici  des gens qui élisent de tels personnages et s'attendent à autre chose?

La France est agitée. C'est mieux que rien!Mais..... On assiste au tremblement de terre du petit monde bourgeois. Et le petit monde bourgeois appelle à grand renfort le monde prolétaire....la masse des petits gens qui vivent depuis longtemps déjà, écrasés et piétinés par les logiques de concurrence, profit, etc. Le petit monde bourgeois appelle la masse: " venez manifester avec nous le 5 Mai...on va faire la fête à Macron! On va le cuisiner ...vous faites pas prier....et surtout pas d'anti-cheminotterie...car comme dit l'autre on est tous le cheminot de quelqu'un, non?". Bouillie pour les chats et les souris!

Bref, le petit monde bourgeois a besoin du monde dans les rues. Il faut que ça déborde! On organise par ci, par là, des cars, des covoiturages, on demande à tout le monde de venir  le 5 Mai à Paris, pour que plus d'air ne circule, juste des particules anti-macron!

Le petit monde bourgeois se plait comme il est, jusqu'au moment où, on touche à sa cagnotte....et là, il se rappelle que ce monde est quand même diablement inégalitaire, capitaliste, En Marche.

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