Mediapart et ses éléments de langage dans l'affaire libyenne/Sarkozy

Il n'y a pas que la caste des Républicains qui a des éléments de langage lorsqu'on l'interroge sur les affaires de son champion. Il n'y a pas que Sarkozy qui a des tics langagiers, et une bizarre expression faciale lorsqu'il se défend. Il n'y a pas que de subites procéduriers pointus qui nous fatiguent. Il y a aussi Mediapart et sa mise en scène.

Que Mediapart veuille bien assurer à cette petite note, la publicité qu'elle mérite. Il en va de l'indépendance de chacun.A journal indépendant, lecteur indépendant.

C'est donc fort de ce titre d'indépendant que je vais dire un mot sur cette petite sale affaire, que Mediapart s'amuse à présenter, pour quelques raisons, que je ne souhaite pas qualifier de publicitaires, comme étant la grande affaire du siècle, enfin, peut-être pas, mais comme le plus grand scandale de la Ve République. Rien que ça!

Que fait-il alors de tous les scandales de Mitterrand? Et Ceux de Giscard D'Estaing avec son ami Bokassa, grand empereur de la famélique Centrafrique? Et ceux de Chirac et son fidèle ami Omar Bongo Odimba, qui disait à qui voulait l'entendre être capable de faire et défaire n'importe quel ministre de la France? Que fait Mediapart, enfin, même si personne ne l'imagine mis en examen, du très populaire Charles De Gaulle et son agent Foccart à qui l'Afrique peut dire un chaleureux merci? Sans oublier l'affaire Elf, qui elle aussi, reste une très petite affaire en comparaison à cette affaire de capitalisme qu'on évacue quand on parle de toutes ces petites affaires.

Que Mediapart n'oblige pas ses lecteurs à voir dans cette affaire libyenne l'affaire du siècle, la grosse affaire de la cinquième République. Car, non seulement cela n'est pas très honnête, mais cela participe à une espèce d'aveuglement collectif, qui consiste à braquer les regards, l'attention voire la tension sur l'individu Sarkozy, alors que l'essentiel est ailleurs. La corruption est ontologique à la démocratie représentative et au capitalisme. Et la France est un bel exemple de démocratie représentative et de capitalisme.  Jeter son dévolu sur Sarkozy et faire l'économie d'une enquête redoutable sur le capitalisme mondial...et son corollaire les démocraties occidentales, c'est au final faire grand bruit, et puis basta. 

Sarkozy est un voyou, ça on le sait depuis fort longtemps, on peut remonter jusqu'à Marianne. On n'a pas attendu les confessions décomplexées d'un Ziad Takieddine, ni même les carnets d'un ex ministre de Kadhafi, ou encore les aveux intéressés de Kadhafi lui-même. 

Il n'y a qu'à Mediapart, où l'on croit encore qu'avant Sarkozy, niveau corruption, la France n'avait rien à se reprocher. D'où le fameux "Du jamais vu"  proprement naïf de l'enquêteur Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, dans son récent article, où il était question de commenter le passage de Sarkozy sur TF1. Quelle délicate marque d'attention! Tout ça, pour nous, lecteurs adorés! Nous avons droit...le "droit de savoir", dit-on encore à Mediapart. Quelle déontologie impeccable!

Sauf que, Monsieur Arfi, il y a pire sous la Ve République, creusez encore et vous allez déterrer des cadavres par millions, qui vous feront des révélations abracadabrantesques. Et vous verrez que la partie financement de campagne présidentielle, ou mallettes d'argent qui circulent, sous la  Ve République, est la partie la plus paisible et la plus ennuyeuse. Autant d'années....autant de passion. Quel gâchis! Voilà Macron qui a pris le pouvoir et continue la tâche, dans un autre style, que Sarkozy assurait déjà.

                                                                 

                                                                      Que peut ce qu'on appelle la Justice? 

Si on part du principe que, la République dans son essence est corruption, le capitalisme est  corruption, on doit pouvoir se demander ce que vaut la justice sous le régime de la République éminemment corrompue. Pas grand chose! Ce qu'on appelle justice tient la République en marche, en Etat de droit,  mais elle n'est pas là pour la sacrifier, la démolir, la changer...la révolutionner. Faut pas pousser le bouchon trop loin. Montesquieu l'a doctement écrit: "Il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir".

Alors, cette espèce de "justice" qu'on voit s'exciter, pour la énième fois autour de l'évident voyou qu'est Sarkozy s'assure simplement du spectacle. Elle s'assure de sa propre promotion. De la promotion de ce pour quoi elle existe. Ainsi, a t-on pu entendre dans les médias, des gens qui commençaient déjà à compter les bénéfices de la propagande de cette affaire, en se félicitant de cette démocratie, où on peut voir un ancien président de la République mis en cause. Pour ceux qui avaient encore des doutes que nous ne sommes pas tous égaux devant la loi, on vous prie de bien vouloir regarder Sarkozy.....justiciable comme un autre, n'est-ce pas?

Certains rêvent de voir Sarkozy en prison, il va sans dire qu'une mise en examen pour ces gens, ce n'est pas rien, c'est le début de quelque chose.  Pour ma part, la justice ne peut pas se résumer à envoyer des gens en prison. Et puisque c'est la corruption qui semble ici notre ennemi commun, faut pas confondre le mortel Sarkozy, à l'immortelle corruption....Que notre immortel désir de Justice affronte l'immortelle corruption et non pas ses petits agents, qu'il faut bien sûr châtier. Et non faire grand cas partout dans les médias, ce qui est une forme d'hommage suprême...tout en gâtant le procès qui devrait avoir lieu.

S'il y a véritablement quelque chose à juger dans cette Ve République chère à Mediapart, c'est la Ve République elle-même. L'individu Sarkozy, tout voyou qu'il est, reste trop insignifiant par rapport à la véritable corruption qu'incarne l'Etat français en l'occurrence.

Un Sarkozy à la tête de l'Etat français n'a pu être possible, que parce que la République, le fameux pouvoir, la fameuse démocratie le rendait possible. 

                                                                           Pourquoi accoler au nom de Khadafi l'épithète de dictateur?

Là, on va toucher à un point sensible de la presse occidentale, indépendante ou pas. Et pour le coup, plus que d'autres encore, Médiapart, disons ses journalistes et son promoteur, se sont rendus spécialistes dans l'art de dire : "le dictateur Kadhafi....le dictateur Libyen". On a même entendu le grand Edwy Plenel nous dire chez Ruquier que la Libye était l'une des dictatures les plus féroces d'Afrique.

Ce terme de dictature est très prisé dans les démocraties occidentales. Il opère davantage comme outil marketing et non comme "vérité politique". Il reflète davantage l'arrogance occidentale etson impérialisme. Et comme disait Carl schmitt : "Caesar dominus et supra grammaticam.": César (l'Occident) domine aussi sur la grammaire.

Quelle "Justice", quel Tribunal, et surtout pas international, a donc jugé  Mouammar Kadhafi et l'a déclaré dictateur? D'où vient qu'on présente Kadhafi comme le Dictateur Kadhafi et personne pour présenter Sarkozy comme le Menteur Sarkozy....le Criminel Bush...le Criminel Hollande (si, si, il a commandité les meurtres)....la Démocrate Merkel (4 fois réélue)? Ce ne sont pas les Libyens, encore moins les Africains, à moins que ceux-ci soient assez stupides, et donc incapables de nommer, qui parlent du "Dictateur Kadhafi".

Or, dans sa mise en scène, Mediapart aime bien rappeler que Sarkozy a été financé...mais pas par n'importe qui, par le Dictateur, l'horrible Dictateur Kadhafi. Comme si l'affaire eût été moins scandaleuse si Kadhafi avait été un brillant démocrate à la Trump.

Tout le monde dit l'Empereur Napoléon....le Maréchal Pétain...le Chancelier Bismarck....Xi Xiinping...alors, qu'est-ce qui coûte aux uns et aux autre de dire le Guide libyen ou simplement Kadhafi? Je rappelle, quand même, que la dictature sous Kadhafi n'avait strictement rien à voir, de près ou de loin, avec ce qu'il y a actuellement en Libye, c'est à dire la jungle. Je rappelle aussi que, tout Kadhafi qu'il fut, franchement niveau monstre, dans le camp des démocrates, on en trouve des sacrés numéros.

On peut critiquer le régime libyen. D'ailleurs dois-je avouer, n'avoir aucune admiration pour Kadhafi. Pour autant, lorsque j'entends le dictateur Kadhafi, comme si ça allait de soi....l'épithète me semble toujours intéressé, et comme par hasard, ce sont les fiers démocrates occidentaux dont le monde est parfait et sans la moindre trace de sang, qui se gargarisent de pareil mot, tombé dans l'insignifiance.

 

Qui sont les responsables de la corruption de Libye?

La Libye sous Kadhafi était paisible.  Il aura fallu que des super démocrates et des curieux philosophes s'indignent du sort réservé aux Libyens, pour que la France arrive à corrompre ladite communauté internationale et intervenir en Libye. Qui jugera cette corruption?  

Et l'intervention a transformé la fameuse dictature en véritable jungle. A t-on le sentiment au sein de la communauté internationale d'avoir agi dans le sens de la justice? Kadhafi est mort.  Où sont ses assassins? Ont-ils été jugé? Ou bien leur crime c'est la justice que méritait Kadhafi et son peuple avec?  Toute la campagne de Mediapart  dans cette affaire libyenne, a donc, vu de l'extérieur, un goût bizarre. Qu'est-ce que Mediapart peut bien alléguer, preuve à l'appui, que la coûteuse défense de Sarkozy ne saurait contester, preuve également à l'appui? Et admettons que le Sarkozy soit même condamné pour "corruption passive" (rions).....Que fait-on de la communauté internationale? De BHL? 

                                                           

                                                                                        Informer, oui....

Merci à Mediapart d'avoir enquêté sur cette affaire. Merci de nous avoir informé. Que peut-on encore dire? Mais voilà, ça fait maintenant plus de cinq ans que ça dure, et ça a l'air de vous plaire. Comme si vous viviez de "ça"! Comme si "ça" vous assurait une respectabilité dans le royaume médiatique. Je me demande si, sur les bords, vous n'êtes pas un peu moralistes...ce qui n'a rien de honteux, car, moi je vous écoute, je vous lis. Et comme vous, je suis aussi indépendant. Mais alors vraiment indépendant..... Je ne flatte donc aucun public. Et vous lisant, vous écoutant, je m'interroge parfois sur non pas le contenu, en vérité fort peu renversant, assez louable, je m'interroge disais-je donc sur vos prétentions, votre philosophie, votre idéologie....le sang qui coule dans vos veines. Et c'est à ce niveau que je me dis, que vos incroyables enquêtes sont quand même en de très légères mains. Lorsque je vois la manière dont vous gérez la publicité de tout ça, lorsque je ne cesse d'entendre le perspicace Fabrice Arfi commenter cette affaire, qui est plus minable que grande....plus distrayante qu'essentielle, je me demande s'il a le sentiment de conduire ses lecteurs vers une vérité à ne rater sous aucun prétexte.

 

                                   

 

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