Nicolas Hulot : une démission opportuniste, un tournant anecdotique

Je ne comprends pas le patron de Mediapart. Comment ose t-il titrer : Nicolas Hulot : une démission salutaire, un tournant historique. De qui ou quoi se moque Edwy Plenel? De la planète. En quoi la démission d'Hulot serait-elle salutaire pour la planète, le climat, les animaux ? N’est-ce pas là leur sujet ? Quel est donc ce tournant historique qui s’est produit ce matin sur France Inter ?

Edwy Plenel parle même d’électrochoc salutaire.  Gageons qu’il était dans les rangs de ces gens qui s’étaient enthousiasmer de le voir entrer au gouvernement. La star de la bande à Macron. Mais la star n'a brillé que par ses "échecs" mémorables au sein du gouvernement. Il fallait donc démissionner. Ce qui laisse rêveur  Edwy Plenel. La révolution est proche, Hulot a démissionné....VICTOIRE POUR LE CAMP PROGRESSISTE! 

 Il faut relire Plenel. son dernier article, en Une bien sûr, sur Mediapart. On y décèle des talents de grand sorcier africain. Parlant de la démission de Nicolas Hulot, il écrit : « Décision solitaire, prise sans aucun calcul, à la fois sincère et réfléchie… ». D’où parle Edwy Plenel ? Est-il la conscience de monsieur Hulot, ou tout au plus, son psychanalyste ? Parce que, si on veut rester dans l’analyse froide, il n’y a aucune raison de considérer, d’emblée, cette démission comme un acte sincère…prise sans calcul.

Qu’espérait Nicolas Hulot en entrant au gouvernement, après avoir snobé Sarkozy et Hollande ? Ne peut-on pas commencer par questionner sa décision de participer à ce gouvernement avant de saluer sa démission ?

« On s’évertue à entretenir un modèle économique responsable de tous ces désordres climatiques » dixit Hulot à France Inter. On croit rêver ! Macron, durant sa campagne, n’a point laissé entendre que sauver la planète était une de ses priorités. Son discours était clair : faire mieux que Sarkozy, mieux qu’Hollande. Macron n’avait pas pour projet politique la remise en cause du  modèle économique, que semble découvrir Nicolas Hulot.

 Mais bon, cette explication de monsieur Hulot, aura quand même convaincu le patron de Mediapart. Puisque ce dernier nous raconte dans son papier que cette phrase calme et posée est en même temps le réquisitoire le plus impitoyable contre la politique imposée à la hussarde par Emmanuel Macron depuis son élection.

 Que n’a donc pas dit Benoît Hamon ou Jean Luc Mélenchon durant la dernière campagne présidentielle ? Au moins eux, méritent le statut  de néo-écologiste. Avait-on vu le consciencieux Nicolas Hulot se précipiter à leurs côtés pour essayer de faire front contre Macron et la politique qu’il annonçait clairement ? Aujourd’hui, Plenel nous parle de réquisitoire impitoyable…on a presque envie de pleurer. Voyez la gauche !

Maintenant, prenons un paragraphe du miséricordieux Plenel :

Énumérant avec émotion toutes ses batailles perdues face aux divers lobbys des intérêts privés, voraces et égoïstes, au point de confier le vertige qui l’a saisi de devenir à son tour « cynique » – « Je me suis surpris à des moments à abaisser mon seuil d’exigence » –, Nicolas Hulot ne montre pas seulement que le discours écologique n’est, dans la communication macronienne, qu’un supplément d’âme que démentent les choix réels en faveur d’un capitalisme « off shore », avide de rentabilité immédiate et aveugle aux solidarités collectives. Il souligne surtout que des politiques économiques ultralibérales, qui creusent les inégalités, défont les droits sociaux et promeuvent la compétition à outrance, sont incompatibles avec le défi écologique que doit relever l’humanité.

Lui, Nicolas Hulot, a-t-il penser deux secondes, parce qu’il s’appelle Nicolas Hulot broyer l’os du capitalisme ?  Qu’il ait perdu toutes ses batailles face aux divers lobbys, c’était gagné d’avance. Qu’il ait pensé sincèrement, non dans un gouvernement de Mélenchon ou d’Hamon ou de Poutou, mais de Macron, faire avancer la cause collective, non capitaliste, est pure folie, pure escroquerie. 

« Je me suis surpris à des moments à abaisser mon seuil d’exigence »….Le Je (Jeu) dans cette affaire est extraordinaire. Mon seuil d’exigence….et quoi d’autres ? Pourquoi n’a-t-il pas été exigeant dans sa décision d’intégrer le gouvernement d’Edouard Philippe, grand ami des Verts ?

 Edwy Plenel rage contre Macron. Ça se sent. Je ne suis pas certain qu’il rage contre le capitalisme. Que se soit son véritable ennemi. Parce que, lorsqu'on a pour ennemi le capitalisme, il y a des "optimismes" qu’on ne s’autorise plus. Quant aux aveux d’Hulot, ressassés par Plenel, il s’agit de banales généralités. Si c’est ça qu’il nous rapporte, un an après avoir été ministre de la République, on peut se permettre de sourire. Edwy Plenel fait comme si son ami Hulot avait été embobiné durant la campagne par un monsieur qui s’est présenté comme communiste.

 L’article de Plenel est étonnant. Un évident parti pris. Une absence cruelle d’analyse. Nicolas Hulot, c’est forcément le Martyr. Et dans son exercice de prière à Saint Hulot, Plenel écrit :

 « Vous êtes le vieux monde, dit en somme Nicolas Hulot à Emmanuel Macron et à la petite troupe qui l’accompagne, alors même que l’urgence en réclame radicalement un nouveau, à l’opposé de ce que vous incarnez : obsession de la croissance, de l’accumulation, de la consommation ; défense de la concurrence, du chacun pour soi, de l’enrichissement égoïste ; attaque contre tout ce qui fait tenir ensemble une société, cette exigence « solidaire » qu’il avait imposée à l’enseigne de son ministère ; indifférence aux devoirs impératifs qu’impose le destin commun d’une humanité partagée face aux migrations provoquées par les désordres du monde ; refus de donner droit, voire d’entendre, au point de réprimer leur expression, les revendications portées par toutes celles et tous ceux qui, sur le terrain, inventent les alternatives de demain, par des exigences indissociablement démocratiques, sociales et écologiques… ».

 Le patron de Médiapart fini par prêter les mots à Nicolas Hulot. Il ne se suffit plus à lire dans la conscience de son pote, il lui fait dire des choses. Nicolas Hulot n’est guère une victime. Encore moins un témoin crédible de l’intérieur. Que Plenel nous fasse une litanie anticapitaliste, en nous sommant de saluer la démission d’un ministre écolo dans un gouvernement libéral traduit l’état mental de la gauche actuellement.

Pour finir son papier pro Hulot, Plenel écrit :

 « Il arrive parfois que le sursaut d’un seul homme réveille l’indifférence alentour. Tout est lié, l’écologie, le social, la démocratie, nous dit cet aveu d’échec de Nicolas Hulot. Croire qu’une politique sociale étroitement nationale se suffit à elle-même, dans l’indifférence au monde et aux autres, c’est faire le lit de la xénophobie et du racisme comme l’illustre dramatiquement l’alliance sur cette base du Mouvement Cinq Étoiles et des héritiers du fascisme italien. Croire que moins de démocratie aide à relever les défis colossaux qui s’imposent à notre humanité commune, c’est ouvrir la voie à des régimes autoritaires aussi désastreux pour leurs propres peuples que pour la paix du monde. Croire qu’une politique résolument écologique peut s’imposer et s’épanouir sous des pouvoirs menant des politiques sociales injustes et des politiques économiques prédatrices, c’est accroître les désordres et les dangers que l’on veut conjurer. »

 Plenel insulte l’intelligence des français. Ceux-ci, du moins, certains d’entre eux, n’ont pas attendu Nicolas Hulot pour se battre. Le sursaut de Nicolas Hulot, reste le sursaut de Nicolas Hulot, pour peu qu'il s'agisse d'un sursaut. Pendant que Nicolas Hulot ministrait, des hommes et femmes luttaient, ils n'attendaient pas que Nicolas fasse plier quelques grands groupes. Ce n’est pas à ces gens qu’il revient de suivre Hulot, mais l’inverse.

L’individualisme de Nicolas Hulot encensé par le grand Plenel n’a rien de salutaire. Rien d’historique. C’est de la triste trahison. Profonde manipulation. Plenel fabrique l’opinion pro Hulot…primitivement anti macron.

C'est l'occasion de rappeler ici, à nombre de valeureux luttants, que Macron, tout libéral qu'il est, n'est point le capitalisme. L'objectif n'est pas simplement de faire tomber Macron. Car Fillon ou un de ses amis pourra toujours revenir par la fenêtre. Il faut penser stratégique, et donc situer le combat au-delà des carrières de quelques individus ou représentants du peuple.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.