Le Cameroun dans la tourmente identitaire : la fièvre anglophone.

"L'établissement de deux administrations étrangères dans un pays ne justifie pas la création d'une frontière au sens réel du mot... Cette situation de force cause préjudice à qui? Est-ce à la nation qui a mené la guerre contre les Franco-Britanniques ? Non, elle cause préjudice au paisible Cameroun qui n'avait déclaré la guerre à personne" Extrait du discours de Um Nyobe devant l'ONU en 1952.

 

Le Cameroun dans la tourmente identitaire : la fièvre anglophone.

 Que veut-on dire quand on parle de « problème anglophone » ? Les « anglophones » seraient-ils des Rohingyas (groupe ethnique de religion musulmane victime de persécutions par l’Etat birman) du Cameroun ? Ou, tout au moins, les régions dites anglophones seraient la Cisjordanie (territoire occupé par Israël) du Cameroun ? Quel est ce problème « anglophone » que l’Etat du Cameroun persiste à nier ? Quelles sont ces lois de l’Etat camerounais qui rendent de facto les « anglophones » citoyens de seconde zone ? Les régions « anglophones » sont-elles les plus enclavées et les plus pauvres du Cameroun ? Y a-t-il une crise (baisse) sans précédent du parler « anglais » dans notre pays ? Y a-t-il des activistes francophones camerounais dont l’ambition déclarée et connue de tous est l’imposition du français, et du bon français, dans toute l’étendue du territoire ? Quel est ce « contentieux historique » dont on nous dit que les « anglophones » seraient restés traumatisés et qu’il faudra régler ? Ces avalanches de questions, quelque peu grotesques, nous emmènent à l’ultime question qui tentera de guider cette tribune sinueuse d’un camerounais ultra ordinaire : De quoi les évènements du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont-ils le nom ?

 

Depuis Octobre 2016, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun ont été le théâtre de revendications dérisoirement corporatistes (avocats et enseignants dans le rôle d’avant-garde), de manifestations populaires (durement réprimées par l’Etat), de contestations de la forme de l’Etat, de contestations de l’unité et de l’indivisibilité du territoire, et donc d’appels au séparatisme, d’appels au boycott civil, de pillages, d’agressions, de morts, etc.

 

 Avocats et Enseignants : Le délire des avant-gardistes !

 

A l’origine de la grève du 21 novembre 2016, la Cameroon Teachers Trade Union (syndicat) et la Teachers Association of Cameroon, qui dénonçaient dans un communiqué la « francophonisation du système anglo-saxon d’éducation au Cameroun » et en particulier, le déploiement d’enseignants francophones dans des écoles anglophones.  

 

Ce qui semble embêter nos syndicalistes du Nord-Ouest, ce n’est donc pas une affaire de conditions de travail,  de pédagogie inadaptée qu’on leur impose, de contenus très discutables des manuels scolaires, d’inégalités d’accès au savoir. Autant de remises en cause qui nous porteraient dans des débats de fond et d’avenir. Ce qui semble embêter nos enseignants,  c’est qu’on ne devrait pas envoyer des enseignants qu’ils désignent, eux, comme « francophones », alors qu’ils sont simplement « camerounais », dans des écoles qu’ils désignent, eux, comme « anglophones », alors qu’il s’agit  des écoles de la « République du Cameroun ». Ce qui, en réalité fait du faux « problème anglophone » un vrai « problème Cameroun ». Qui sont ces enseignants pour pointer leur collègue de la sorte ? Est-il interdit à des enseignants précisément de connaître d’autres réalités du Cameroun ? Ne faut-il pas s’ouvrir, se rencontrer, se diluer, se transcender ?

 

Que les enseignants nous sortent des rapports, il en va du sérieux du débat public, dans lesquels il serait clairement établi que le niveau régresse du fait de ces enseignants « francophones ! Que ces syndicats, fort de leurs travaux, nous présentent les résultats, où l’on observe que la « francophonisation » (qui en soi ne veut rien dire) est le Mal du siècle….

 

Par ailleurs, pendant que les écoles « anglophones » se « francophonisent », n’observe-t-on pas des écoles bilingues qui poussent partout à Yaoundé et à Douala ? Ne sont-elles pas les plus prisées dans les deux plus grandes villes du Cameroun ? Et, quand on s’appelle syndicaliste et qu’on observe une multiplication des écoles bilingues au Cameroun, et plus principalement dans les deux capitales, n’est-il pas plus consciencieux de réclamer  l’harmonisation de tout le système éducatif camerounais, au lieu de rester arc-bouté dans ses enclaves : « système francophone » contre « système anglo-saxon » ?

 

Quel est l’intérêt général ?  Que le Cameroun ait, d’ ici vingt ans, d’excellents médecins, architectes, mathématiciens, ingénieurs, artistes et chercheurs, d’excellents citoyens soucieux du Bien public, ou que le Cameroun continue d’agiter ses relents passéistes, ses héritages postcoloniaux ? Doit-on avoir affaire à une Ecole Républicaine qui forme des citoyens libres et égaux en droits et en devoirs ou nous faut-il des écoles ethno-linguistiques qui prennent en compte les différents héritages (lointains aïeux, récents maîtres) ? Faut-il consolider nos appartenances ethno linguistiques ou nous projeter sur la base de notre commune appartenance à l’Humanité ?

 Les syndicalistes du Nord-Ouest, dès le départ, avaient donc déjà tout faux. Ils avaient posé un problème qu’ils avaient eux-mêmes créé, oubliant la multitude de problèmes qui se posent aux Camerounais du Nord, du Sud, de l’Ouest, de l’Est.

 Et les avocats, que revendiquaient-ils ? On se serait attendu à ce que ceux-ci, légitimement et humainement, dénoncent les conditions dans lesquelles croupissent leurs clients potentiels. C’eût été une affaire non pas d’ « anglophone » mais de tout être humain. On se serait attendu à ce que ces hommes de loi dénoncent l’état piteux de la Justice dans le pays, les conditions de leur métier. Hélas non !Les avocats du Nord-Ouest, alors en grève dès le 11 octobre 2016, protestaient contre l'inexistence d'une version anglaise des "actes uniformes" de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), du Code Cima (Conférence Internationale des Marchés d'Assurance), de la réglementation de la Cemac (Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale) et d'autres textes de loi.

On comprend aisément la difficulté qui fut la leur : cette absence présumée des versions anglaises pose la question de l’égalité d’accès à l’information. Ce n’est donc pas un « problème anglophone » en-soi, c’est un problème tout court. Pour autant, on ne saurait dire et croire que c’est parce que l’Etat est férocement opposé à une version anglaise de ces différents textes de lois.

 Deux autres points des revendications des avocats relèvent du même délire que celui du syndicat des enseignants :

- le retrait des magistrats francophones dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Au nom de quoi ?

- la non prise en compte des principes du Common Law dans « leur » territoire. Ah !

Là, j’avoue, l’Etat camerounais exagère, c’est extrêmement grave ! Terrible pour ces milliers de justiciables ! Dramatique pour des milliers de prisonniers, injustement enfermés, faute de Common Law ! Nos précieux compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest méritent leur Common Law. Le fait que les ressortissants des régions dites anglophones soient jugés comme les autres, (et donc par défaut), sur la base du code civil en vigueur dans le reste du Cameroun, ça, c’est insupportable pour ces avocats vêtus de noir.

Et le débat de fond, il est où ? Les « anglophones » souffriraient-ils dans les tribunaux à cause de ces magistrats « illégitimes » venant des régions qu’on qualifiera ici de francophones ? Et le débat sur la Justice au Cameroun ? Nos avocats « anglophones » s’en foutent-ils ? N’est-ce pas là le véritable problème, pour tout camerounais, quel qu’il soit ? La « justice populaire » véritable atteinte à la dignité humaine et à la présomption d’innocence, qui se déploie tranquillement à Douala, à Yaoundé, à Bamenda, à Dschang…qu’en pensent les avocats « anglophones » ? Est-ce digne d’un « Etat de droit » ? L’anglais d’abord…le reste ensuite, telle est la devise de ces manifestants.

 Oui, nos avocats « anglophones » peuvent l’attester, les sociétés anglo-saxonnes sont les plus vertueuses de la terre. En Grande-Bretagne, du fait du Common Law, dans les tribunaux, les Juges font des bises aux accusés, et les coupables à leurs accusateurs.

 

 L’Etat : le réflexe de la répression

 L’Etat camerounais, comme tout Etat qui se respecte, n’a pas dérogé à la règle répressive.  Or, dans le cadre des revendications des avocats et enseignants du Nord-Ouest et Sud-Ouest, il aurait pu se passer du bâton, s’il avait fait le pari de la raison.  Il aurait pu montrer aux yeux de tous, que se déterminer comme « anglophone » dans un Etat en construction qui tend à vouloir gommer toutes ses imperfections originelles, est une impasse, un non-sens et surtout un péril. Au lieu d’opposer à ces manifestants de la première heure les forces de l’ordre….il aurait fallu opposer les forces de l’esprit. Il aurait fallu discuter chaque virgule, chaque mot, chaque idée, chaque prétention des grévistes. Mais, bien évidemment, c’était trop demandé à l’Etat du Cameroun, lequel interdit systématiquement toute manifestation qui n’est pas en faveur du régime. Comme s’il suffisait d’être contre « un » régime, pour avoir Raison. Comme s’il suffisait de dénoncer, pour énoncer après quelque chose de plus valable et valide. Le précaire Etat camerounais, auquel ont activement contribué, à juste proportion « anglophones et francophones »,  n’a pas eu d’autres reflexes que de faire ce qu’il sait à peine faire : mater, séquestrer pendant plus de huit mois des individus sans mérite révolutionnaire particulier, leur conférant ainsi le poids qu’il leur manquait.

Mater et séquestrer les manifestants, en oubliant que les revendications étaient extrêmement confuses, mêlées de ressorts profondément identitaires, et donc peu ou prou fédéralistes, séparatistes, au final facilement portées aux extrêmes.

 Dans la foulée, le même Etat a commencé à vouloir trouver « des solutions » de sortie de « crise ». Peut-il avoir de bonnes solutions pour de mauvais problèmes (c’est-à-dire qui vont contre l’intérêt général) ? Toute tentative de solution n’est alors que prolongement du problème. Ainsi, les mesures prises par le gouvernement, plus farfelues les unes que les autres, n’ont pas calmé les tensions. Les manifestants et certains leaders d’opinions nous informaient que la solution ne pouvait qu’être la décentralisation pour les plus modestes, et le fédéralisme pour les plus exigeants. Ah bon ? Depuis quand la décentralisation, le fédéralisme sont-ils des solutions en tant que telles ?

                                                                                          

Décentralisation et fédéralisme : la baguette magique.

 Il faut avoir à l’esprit que les Etats africains sont des Etats-fœtus. 50 ans, 60 ans cela n’est absolument rien, si l’on compare aux Etats multiséculaires du continent Européen. Il faut également avoir à l’esprit la sociogenèse de l’Etat dans le contexte occidental, marqué par la monopolisation du territoire.

Et dans le cas français, (puisque après tout l’Etat camerounais n’est qu’un clone de cet Etat-là -ge) avoir à l’esprit que la décentralisation est un processus continuel qui dure depuis près d’un siècle. Par ailleurs, les collectivités territoriales que sont les départements, les arrondissements, les cantons, les communes existent depuis de la Révolution française. Elles sont donc plus vielles que nos gringalets d’Etats.

 Que la décentralisation au Cameroun ne soit pas encore effective, et alors ? Est-ce la raison pour laquelle le citoyen ordinaire ne peut se soigner ? Est-ce la décentralisation ou le fédéralisme qui enrichit un Etat ?   Il ne faut pas réduire le problème du Cameroun à un aspect technique ou institutionnel. Il ne faut pas se payer les mots. Et ceux qui, aujourd’hui, nous parlent de décentralisation par-ci, fédéralisme par-là, se paient gratuitement les mots.

Notre défi est bien plus large.

Le fédéralisme a été la forme de l’Etat du Cameroun au début de son histoire. Doit-on sacraliser cette période ? Ignore-t-on la simple raison pour laquelle l’Etat du Cameroun était fédéral ? Il a été fédéral, de la même manière qu’il est aujourd’hui bilingue, du fait de la colonisation. Faut-il s’arc-bouter derrière ses différentes formes de l’Etat ou doit-on, à partir de nos expériences concrètes et quotidiennes, tenter d’inventer de (nouvelles) formes de vivre ensemble ?

 Le Cameroun, aux dernières nouvelles, est une « république ». La loi est  donc la même pour tous. Est-ce à des manifestants qui se réclament non pas du Cameroun tout entier, mais d’une petite partie de fixer le sort du pays ? Qui donc a dit aux habitants des régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest que cette partie du territoire était la leur, et qu’ils pouvaient décider de son avenir au nom de leur « anglophonie » ? L’habitant de Yokadouma a sur cette partie du territoire autant de légitimité qu’eux. Redisons-le une fois encore, le Cameroun est tout à tous. Alors, même s’il faudra discuter de si oui ou non, on revient au fédéralisme, ce n’est pas aux seuls « anglophones » d’en décider.

 N’empêche que, l'idée d'un Etat fédéral au Cameroun est une distraction puissante. Ce n'est pas le Fédéralisme, l'Unitarisme et tous ces débats hors-sol qui importent.....La majorité de ceux qui vivent aujourd'hui au Cameroun, il faut se le rappeler, n'ont pas connu les années 60. L’idée miraculeuse d’un fédéralisme est donc un peu extravagante, puisqu’elle tombe comme ça, de nulle part, sur la tête des enfants que nous sommes.

L'Etat fédéral ne règle pas les problèmes parce qu'il est fédéral...et l'Etat unitaire ne résout pas les problèmes parce qu'il est unitaire. La question du bien-être n'est pas une affaire de fédération. La justice, l'égalité, l'éducation, la santé......on en a besoin, autant à Debundscha qu'à Monatélé. L’on peut toujours, si certains le souhaitent, faire l'histoire de certains pays fédéraux (USA, Canada, Allemagne Brésil) et on constatera qu'il serait un peu trop caricatural de vouloir prendre ces nobles pays pour des modèles à copier. L'enjeu du Cameroun ne peut être confondu à ce genre de préoccupation totalement artificielle, qui cache une véritable incapacité à inventer et à s’autodéterminer.

 Dernier angle d’attaque sur ce fédéralisme : pourquoi faire un fédéralisme simplement sur la base du découpage linguistique (colonial, pour énerver quelques-uns!), que nos réformateurs soient donc plus courageux que ça, et nous proposent le fédéralisme ethnique. Autant d'Etats fédérés que de d’ethnies...et l'on verra, si les ewondos s'occupent mieux des ewondos parce qu'ils sont ewondos

 

La Guerre civile qui vient

 Le Cameroun traverse une petite guerre civile, que certains appellent jusqu’ici, de façon maladroite et démoniaque, la "crise anglophone ". Or, celle-ci, pour peu que l'on creuse derrière son nom foireux, n'est que le prélude d'un printemps émeutier avenir.

 Il n'y a pas de "problème anglophone"  (entendu comme souffrance existentielle due à sa condition d’anglophone) au Cameroun. Il y a un malaise général, une souffrance collective, une désorientation totale, une misère rampante. Les « anglophones », incapables donc de parler au nom de tous, se recroquevillent, et  concluent que le problème véritable serait le leur, rompant ainsi le lien de citoyenneté, et même d’humanité, qu'ils ont en partage avec le paysan de Tcholiré.Vit-on mieux à Ambam qu'à Kumba? Certainement pas. La Justice est-elle davantage viable, juste et équitable pour les soi-disant francophones que pour nos prétendus anglophones? Un étudiant dit francophone aurait-il plus de chances de trouver du boulot qu'un étudiant « anglophone » ? Non, les deux sont dans le même trou.

Les anglophones se sentent « marginalisés », et c’est précisément ça le délire identitaire : on se sent persécuté pour un rien.  C’est un fait, non pas une situation due à une politique de conquête ou reconquête, une large partie du territoire national a pour langue d’expression officielle le français. Sans que cette langue française soit particulièrement adulée, protégée…Il n’y a pas de Québec au Cameroun, des associations actives qui militent en faveur de la langue française. Il n’y a pas de « fierté-francophone » au Cameroun, c’est vérifiable.

 Par contre, au Cameroun, il y a deux « langues » véritablement populaires : le francamglais (parler urbain qui mêle français et anglais) et le pigdin . Nos prétendus marginalisés l’oublient.

 La marginalité de langue anglaise au Cameroun est un fait démographique, non pas la conséquence d’une série de lois et de politiques publiques visant les ressortissants du Nord-Ouest et Sud-Ouest. Je n'ai pas plus de droits et d’opportunités en tant que francophone que n'importe quel Bamenda. La preuve, j’ai choisi aujourd’hui le chemin de l’exil, tout francophile et « francophone » que je suis. Le problème ne se pose pas en ces termes. Les citoyens camerounais qui parlent français, ou du moins issu des régions appartenant à l’ex-Cameroun oriental, ne bénéficient pas d'un accès à une santé et éducation de qualité qui serait interdit d'office à ceux originaires de l’ex-Cameroun occidental.

 Tout pauvre au Cameroun est marginalisé. Qu'il soit un hyper francophone, un proto anglophone, un tardif germanophone ou que sais-je. Les anglophones ne peuvent se prévaloir d’un mal-être qui leur serait propre, et que nous autres ne pourrions comprendre et entendre. Moi-même, francophile (je le redis), je ne saurai témoigner de la présence de l'Etat camerounais à mes côtés pendant toute mon enfance, et ceci n'a rien d'exceptionnel, une masse considérable de gens vivent dans l'indifférence complète de ce précaire État.

 Je suis un ennemi sérieux de l'Etat du Cameroun, voire de tout État quel qu’il soit, pour des raisons politiques et philosophiques. Cependant, si j’avais des revendications à faire, pourrais-je les restreindre aux seuls francophones ou aux seuls betis? Pourrais-je, d’emblée, dans un pays où des gens peinent à se soigner, poser un problème en l'ethnicisant ? Ce travers est partagé par bien des communautés dans notre pays. Les « anglophones » n'ont fait que mettre un accent grave où d'autres mettaient un accent circonflexe.

 Plus haut, j’ai parlé de guerre civile. Effectivement, je pense que le Cameroun n'en n’est pas si loin. L'élément fondamental, dans notre contexte, pour qu'une guerre civile advienne est la pauvreté, la misère. L'autre élément, c'est la querelle identitaire (la crise anglophone aujourd'hui.....demain ce sera quoi, le malaise des nordistes ? Le mal-être des pygmées ? Le silence des maka?).....il s'agit d'un puits sans fond cette affaire. L'escalade est toujours plus énorme qu'à la veille. On n’entre pas impunément dans ces histoires d’identités. La seule identité qui doit nous guider, est celle de notre commune humanité. Point n’est besoin de renier ses origines, mais il faut les transcender.

 

Quelle solution ?

 Il n’y a pas de solution cachée dans l’esprit d’un savant, d’un technicien du droit, d’un Maître en sciences politiques, d’un légendaire homme politique. Toutes les recettes de « sortie de crise » que j’ai pu lire, entendre ci et là, ne sont que d’éternelles gesticulations qui entraîneront, encore un peu plus, le Cameroun dans le précipice auquel il semble être déjà promis.

 Il n’y a pas de solution pour le « problème anglophone ». Car, il manque véritablement un « problème anglophone ». Et ceux qui voudront, à tout prix, soutenir que ce problème existe  et y apporter des solutions,  ne feront que creuser leur propre tombe.

 Il y a un impératif, c’est que les masses s’organisent, se forment, se battent pour la réalisation d’une société égalitaire, inclusive et juste. Et cet impératif a l'avantage de s'adresser possiblement à toute l'Afrique.

 Dans le contexte, ce n’est pas avec des rafistolages institutionnels, des conférences nationales exhumées ou réinterprétées, des Commissions ridicules sur le Bilinguisme…qu’on évitera la grande déroute qui frappe non seulement le Cameroun, mais la plupart des Etats africains. Il faut éviter la fascination de l’action pour l’action, le goût de l’action pour avoir le sentiment de faire quelque chose, de servir à quelque chose.

 La solution, si solution il y a, et si on tient vraiment à raisonner avec ce terme mathématique ou chimique,  est dans l’avenir des enfants. C’est sur ces millions de jeunes esprits qu’il faut  investir. Il faut les chérir, les éduquer, les soigner, les nourrir…..Il faut leur tracer un Chemin : celui de l’égalité entre  hommes et  femmes, égalité entre betis et bamilékés, égalité entre francophones et anglophones, entre pauvres et riches, entre blancs et  noirs…Il faut que le Savoir soit leur boussole, leur point d’appui et non pas les impressions, les angoisses, les peurs. Il s’agit donc de travailler aux conditions de  réalisation d’un tel projet.

 

La solution ne viendra pas de vieux politicards fatigués, de misérables opportunistes, et de ces élites identitaires. Leur logiciel est complètement à côté de la plaque. La solution ne viendra aucunement d’un retour à l’indigène fédéralisme d’antan, ou d’une décentralisation nerveusement boostée.

 S’il y a de sérieuses raisons de s’inquiéter de la situation du Cameroun, laquelle devra encore se dégrader, il y a aussi une raison d’espérer, et cette raison, c’est la très jeune population camerounaise pour laquelle il faut travailler activement. Voilà notre bien le plus précieux, qu’il faut avoir en ligne de mire, et non pas ces accords bidons, signés au lendemain des indépendances entre des élites locales qui, précisément, n’ont pas tracé une Voie libérée des captures identitaires, du complexe colonial et du démon de la paresse intellectuelle.

                                                                                                                                                                                    C.C.T.M

                    

                                                                                                               

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.