IEF, cette fenêtre rassurante sur une liberté possible.

A l’heure où la loi se vote, une petite prière (laïque et républicaine...) pour la liberté d’instruire en famille (...et celle d’inventer son quotidien) et les raisons du choix de quatre années buissonnières d’une famille qui n’a pas voulu dire « résignez-vous les enfants ». A tous ceux qui souhaitent contribuer un peu à la réflexion sur la marche de la République et du monde.

à tous ceux qui souhaitent contribuer un peu à la réflexion sur la marche de la République et du monde.

 

9 décembre 2020

du projet de loi d’école obligatoire

 

Je suis triste à l’idée de vous voir prendre cette décision radicale d’interdire l’instruction en famille

et priver ainsi ceux qui souhaiteraient offrir à ce qui leur est le plus précieux

-leurs enfants-,

un peu de leur temps,

le regard tourné vers une liberté respectueuse.

La liberté d’inventer son quotidien sans résignation,

la liberté de croire encore au plaisir spontané d’apprendre et d’aller vers le monde,

la liberté de laisser à chacun le temps dont il a besoin pour asseoir sa confiance,

nourrir son émerveillement, observer, questionner, créer, rencontrer, réfléchir,

choisir sa vie en conscience, et construire un monde plus humain.

-Car ces familles sont particulièrement soucieuses de l’humain, de la nature, du partage et du respect-.

 

Je suis préoccupée de voir cette liberté anéantie,

les fenêtres se fermer,

les chemins buissonniers qui enrichissent et éclairent la recherche pédagogique s’interdire,

et les pistes pour la construction du monde à venir s’uniformiser.

Car égalité ne doit pas devenir synonyme d’uniformité,

fraternité synonyme d’union forcée,

et liberté synonyme de figures imposées, de routine encadrée, de normalité (sans conscience),

de soumission fataliste.

 

J’ai froid dans le dos

à l’idée de savoir que l’Allemagne,

s’est vue retirer ce droit en 1939...

 

Les citoyens français et leurs représentants ont construit une nation de droits et de devoirs précieux.

l’État doit en être garant.

 

Oui chaque enfant doit pouvoir accéder à notre histoire commune,

aux richesses de notre culture,

aux outils de pensée,

pour s’ouvrir à la réflexion et construire son avenir par des choix éclairés.

Les parents d’enfants instruits en famille y sont souvent particulièrement attentifs.

Et les inspecteurs de l’Éducation nationale y veillent me semble t-il.

(Et souvent portent un regard intéressé et bienveillant sur la démarche de ces familles.)

 

Oui chaque enfant doit pouvoir aller à la rencontre de l’autre,

de la différence, s’enrichir de repères multiples,

et vivre dans des conditions qui répondent à ses besoins.

Aucun enfant ne doit être en situation de carence ou d’endoctrinement.

Les parents d’enfants instruits en famille y sont je crois particulièrement attentifs.

Et les municipalités y veillent, c’est leur rôle.

Peut-être les choix parentaux pourraient-ils être interrogés encore davantage,

et les enfants entendus lorsque les choix ou la situation semblent discutables,

afin de leur permettre de retrouver les bancs de l’école et ce qu’elle offre,

sans pression familiale quand celle-ci existe.

 

L’État doit protéger

mais ne pas refréner ce que chacun offre de meilleur.

 

Alors je vous implore, avant de voter cette mesure radicale,

qui protégerait peut-être du pire mais interdirait le meilleur,

prenez le temps de recueillir la parole des enfants

(ceux qui vont à l’école et ceux qui s’instruisent autrement)

prenez le temps de questionner votre enfance, celle de vos proches, ou d’autres encore,

sur l’école à rêver.

Et venez voir d’autres modèles qui allient instruction, citoyenneté… et respect profond de l’enfant.

 

Mes enfants, nous avons pu inventer notre quotidien,

mon vœux le plus cher est que vous puissiez inventer votre vie,

et j’aimerais que chaque enfant de cette terre le puisse aussi.

 

Monsieur le Président, Mesdames et messieurs les Députés et Sénateurs,

ne nous le refusez pas,

le monde de demain est un monde plus libre, plus responsable, plus juste, plus joyeux.

Je l’espère.

Ne fermons pas les fenêtres.

 

Mars 2016

de notre choix de pratiquer quelques temps l’IEF

Nous prenons (enfin) la décision de pratiquer l'instruction en famille.

C'est une réflexion menée depuis de nombreuses années, au seuil même de leur première rentrée scolaire, puis au fil des années (parfois douloureuses). Une réflexion portée par le désir de voir nos enfants s'épanouir, développer avec enthousiasme leur curiosité, leur intérêt vers le monde qui les entoure, leur clairvoyance, leur créativité....

L'école cherche certainement aussi à y contribuer, mais les contraintes imposées par le grand nombre d'élèves, l'ordonnancement des programmes, l'espace et le temps, peuvent difficilement permettre de répondre aux aspirations et besoins de chacun en termes de rythme et d'épanouissement... nous semble t-il.

Certes, il y a maintenant notre Li. (CP) et sa « différence ». Le trouble du langage associé à sa maladie génétique vont rendre sa place à « l'école ordinaire » difficile pour elle et pour ses enseignants -et nous pouvons le comprendre. «L'intégration » ne va pas pouvoir se poursuivre, même dans cette école qui l'a vue tout bébé et où ses camarades l'attendent avec impatience, cette école qui accueille aussi des enfants sourds et où son mode de communication mi vocalisé, mi signé, et toujours expressif, pouvait être reçu par l 'environnement.

Mais les alternatives institutionnelles qui sont sur le point de nous être proposées ne nous conviennent pas. Pas d'enfermement. Nous avons envie de lui offrir autre chose. Et notre confiance mutuelle est ce qui rend le « handicap » non handicapant dans le chemin qui s'ouvre à elle et que nous accompagnons quotidiennement avec conviction.

L'instruction en famille est la solution que nous préférons lui offrir, avec toute l'ingéniosité, la finesse et la générosité que sa fratrie et son environnement ont toujours apporté.

Va. (5ème), Ma. (6ème), Phi. (CM1), montrent quant à eux des facilités (voire de la précocité), et le chemin de l'école les enchante bien moins qu'il n'enchante leur cadette ! Le paradoxe...

Avant même Li. et son histoire, la question s'était donc posée.

Pour ceux qui voudront bien entendre, voici les regrets constants que nous avons entendus, malgré tout le respect et l'attachement qu'ils ont pour leur enseignants. Ils en ont assez de...

« toujours réviser... de ne pas pouvoir aller à leur rythme... d'avoir trop d'explications... d'être enfermés et de rester toujours assis.... d'être si nombreux... d'écouter toujours les mêmes parler... de si peux dialoguer et parler librement... de supporter bousculades, pinailleries, bruit ou malveillances... d'attendre toujours... de faire trop d'évaluations... de passer tant d'heures à l'école... de ne pas expérimenter assez... de ne pas créer assez... de ne pas réfléchir assez... »

Et nous n'avons pas pu leur dire de se résigner.

Nous imaginons...

Une école du petit nombre et des vraies rencontres.

Une école de la reconnaissance de l'individu, libre des influences groupales.

Une école de la réflexion et du plaisir à apprendre,

ou plutôt à découvrir, à s'intéresser, à questionner.

Une école de l'enthousiasme et non de la résignation.

Une école du vis à vis et non pas de la hiérarchie

Une école au rythme de chacun, et aux échanges vivifiants.

Une école de l'intensité et de la jachère,

plutôt qu'une école de la répétition.

Une école de l'écoute et de la bienveillance.

Une école de la recherche active, et du plaisir de l'exigence.

Une école incarnant ses principes, une école de la pratique,

Une école qui s'interroge et se construise quotidiennement avec émerveillement.

Une école de la nature et de la compréhension des cycles de la vie et des interactions.

Une école où les mains imaginent et construisent,

où l'imagination prenne forme.

Une école belle.

Une école poétique.

Une école que l'on invente.

Une école où l'on s'élève mutuellement...

 

Sans doute partagez-vous aussi ce rêve. Mais il y encore trop de chemins goudronnés. Nous choisissons des chemins buissonniers.

Et même si nous avons bien conscience que ce modèle n'est pas viable à échelle sociétale, il vient interroger un système perfectible.

Nous partons donc à l'aventure, pas forcement loin d'ici, et veillerons à ce que nos enfants soient en capacité de réintégrer le système traditionnel si tel était leur souhait.

Merci à vous qui avez accompagné nos enfants avec la plus grande conscience, la plus grande bienveillance et la plus grande conviction possible… dans les conditions que l’école « offre ».

 

Décembre 2020

court témoignage de nos années IEF

(bilans complets remis à l’Inspection académique)

 

Quatre années ont passé,

nous avons pu inventer notre quotidien,

avons voyagé un peu,

construit avec eux un lieu à notre image (ateliers, animaux, jardin permacole, espaces de réflexion, de culture, de convivialité…), autonome et ouvert aux autres,

où les enfants ont pu aiguiser leur regard sur le monde,

Et surtout nous leur avons fait confiance.

Ils ont su s’emparer de la liberté qui s’offrait à eux,

s’approprier le monde au travers de leurs passions,

leur curiosité, de nos échanges, de leurs rencontres,

il ont su garder un œil sur le programme scolaire (deux heures par jour environ)

pour pouvoir réintégrer le moment venu.

Va. a passé des journées à lire, dessiner et faire du potager. Elle a passé son dnb en candidat libre puis son dossier a été retenu pour intégrer une section Arts appliqués. Elle passe le bac cette année.

Ma. a fait par passion beaucoup de sport et de maths (de jeux vidéo aussi !). Il est reparti en filière générale (maths, SVT, SES).

Phi. a choisi de poursuivre encore a la maison jusqu’à l’entrée au Lycée (voire plus...). Elle écrit, cuisine, dessine beaucoup et envisage de faire de l’éthologie. Elle est allée passer son dnb en quatrième « pour voir »… et l’a obtenu.

Quant à Li., elle même sa vie d’enfant différent avec une joie sans limite, déchargée de trop de prises en charge. Elle s’occupe des animaux, participe aux activités du lieu et accueille à bras ouverts, son langage évolue à son rythme sans aucun trouble du comportement associé, les autres difficultés liées à sa maladie passent ici presque inaperçues et évoluent au mieux.

 

En rien jamais nous n’avons malmené les valeurs de la République,

juste eu besoin d’ouvrir un temps les fenêtres (et de mettre un pied dehors).

 

 

Mes enfants, nous avons pu inventer notre quotidien,

mon vœux le plus cher est que vous puissiez inventer votre vie,

et j’aimerais que chaque enfant de cette terre le puisse aussi.

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,

ne nous le refusez pas,

le monde de demain est un monde plus libre, plus responsable, plus juste, plus joyeux.

Je l’espère.

Ne fermons pas les fenêtres.

 

CharlotteM

maman de quatre enfants instruits en famille quelques années,

heureuse d’avoir pu s’accorder ce temps familial,

et persuadée d’avoir contribué ainsi à un vrai engagement citoyen

par une enfance heureuse,

respectueuse,

pensante

et investie dans le monde qui les entoure et celui de demain.

 

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