La Lutte Anticorruption au Service des Entreprises Chinoises

Ces derniers mois ont vu se multiplier les investigations menées par les autorités chinoises à l'encontre de multinationales occidentales, traquant leurs actes de corruption d'agents publics chinois. AstraZeneca, GlaxoSmithKline, Novartis et Sanofi pour ne citer qu'eux, font l'objet d'une enquête pour corruption de médecins. 

Aujourd'hui même, le Wall Street Journal révèle que le PDG de GlaxoSmithKline en Chine est accusé formellement d'avoir ordonné à ses salariés de procéder à des actes de corruption.

En parallèle, depuis son investiture à la tête de Parti Communiste fin 2012, Xi Jinping n'a eu de cesse de lutter contre la corruption au sein même de l'Administration chinoise. Nombre de fonctionnaires et de dirigeants d'entreprises d'Etats sont passés par la case prison, mais en toute opacité. 

Tout semble laisser penser que la Chine a décidé de se retrousser les manches, de prendre le taureau par les cornes, et de mettre véritablement fin à la corruption.

La méfiance que nous pouvons légitimement avoir à l'égard des agissements de la Chine peut cependant nous laisser penser que ces investigations ne servent qu'à mettre à genoux des entreprises occidentales voyant en la Chine le futur deuxième marché mondial du médicament, et servir les intérêts d'une industrie locale en plein développement.

À l'heure où l'espionnage industriel n'a jamais été aussi développé, ces investigations d'entreprises occidentales, à la pointe technologique dans leur secteur, peuvent aussi apparaître comme un aubaine pour voler des secrets industriels.

D'ailleurs, cette lutte contre la corruption en Chine, qui ne peut passer que par la transparence, est largement critiquée et mise à mal.

Récemment, Wang Xiaoling, chef de la commission d'inspection de discipline du parti communiste de Guangzhou, l'un des hauts fonctionnaires en charge de la lutte contre la corruption, a été accusé d'avoir obtenu 11 million de dollars grâce à un délit d'initié. 

Les activistes luttant contre la corruption ont eux-mêmes de quoi redire à cettecampagne menée par Xi Jinping. Celui-ci ne tolère pas la liberté d'expression, y compris lorsque les voix s'élèvent contre la corruption, et donc a priori, en faveur de la politique présidentielle. Au printemps 2013, une quinzaine d'activistes ont été détenus à Pékin et dans la province du Jiangxi après s'être joints à une protestation réclamant plus de transparence sur le patrimoine des fonctionnaires chinois.

Pourtant, pour en revenir à notre exemple de l'industrie pharmaceutique, force est de constater que les pouvoirs publics chinois ne visent pas uniquement les grands groupes occidentaux, mais aussi ses propres entreprises. Ainsi, en 2014, Shi Jinming, le vice-président de Sinopharm, le plus gros distributeurs de médicaments chinois a fait l'objet d'une investigation, tout comme Xu Yizhong, le directeur général de la division Distribution. Tous deux sont soupçonnés d'avoir détournés des fonds de l'entreprise d'Etat.

Il est donc difficile de déterminer les volontés réelles du gouvernement chinois.

En tout état de cause, cette campagne de lutte contre la corruption en Chine aura un coût. Un coût évalué par Bank of America Merrill Lynch à 100 milliard de dollars pour 2014 uniquement. Dans cette atmosphère de chasse aux sorcières, même les hommes d'affaires honnêtes n'osent plus investir avec des fonds publics et préfèrent laisser dormir cet argent en banque, de peur d'être les prochains sur la liste.

Une solution pour lutter efficacement contre la corruption pourrait idéalement être pour la Chine d'améliorer la répartition des richesses entre ses habitants, afin de réduire les inégalités criantes et les tentations de corrompre et d'être corrompues. Une solution qui est malheureusement certainement utopique.

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