Même sur Médiapart, on peut lire depuis le 4 mars un article , certes loin d’être aussi primaire que son titre semble l’indiquer (Isolé dans sa tour d’ivoire…), bourré d’informations intéressantes, mais qui se sent obligé de faire part à une psychologie poutinienne de propagande et même d’en faire son titre.
Une partie de cette psychologie de guerre est probablement de l’auto-défense d’analystes qui se sont trompés. S’il n’a pas agi comme ils ou elles le prévoyaient, c’est que Poutine n’est pas rationnel. Dans l’article cité, voyez les citations de Seva Goutnitsky et de Leonid Berchidsky.
À rebours de cette idée, je voudrais proposer 4 hypothèses à la réflexion.
1) Il entre une part de maladie mentale dans toute volonté de pouvoir sur autrui.
Je passe sur les aspects domestiques ou sur les relations de travail. Mais entre un candidat au pouvoir dans une élection démocratique et un dictateur, il y a une progression continue du dérangement, sans différence de nature.
Je ne développerai pas ici mais une petite mise en parallèle du refus de Macron de confiner en février 2021 et de la décision poutinienne d’envahir l’Ukraine me plairait. Eh oui ! Les deux décisions n’ont pas la même envergure, pas les mêmes conséquences. Mais n’oublions quand même pas les 14 000 morts résultant de celle de Macron, prise non pas en solitaire mais contre ses conseillers, « sans regret ni remords ».
Les évolutions des présidents Poutine, Erdogan et Saïed sont aussi à comparer, me semble-t-il.
2) L’invasion de l’Ukraine est du point de vue d’un dictateur russe rationnelle.
Elle était même évidente. C’était a priori la seule solution pour empêcher une adhésion future de l’Ukraine à l’OTAN et, s’il avait attendu, une agression contre l’Ukraine aurait eu de bien plus graves conséquences. Bref, il n‘y avait aucune autre attitude rationnelle pour éviter que l’OTAN ne menace la Russie aussi bien du sud-ouest que du nord-ouest.
3) La relation de cause à conséquence entre l’isolement de Poutine et sa décision d’envahir l’Ukraine peut être inversée.
Si Poutine s’est persuadé de la nécessité de cette invasion, il est naturel qu’il se soit ensuite entouré de personnes qui l’approuvaient et l’aidaient à la mettre en œuvre au détriment de conseillers dont il ne partageait pas les vues. Le plus probable est un processus dialectique entre la décision d’envahir l’Ukraine et l’isolement.
4) Il est de l’intérêt de Poutine désormais de paraître irrationnel et imprévisible.
Si l’on ne sait pas ce dont il est capable, il vaut mieux être prudent, non ? Alors ça doit lui permettre d’aller plus loin si tel est son but. Ça lui permet de changer de but en fonction des circonstances, etc. Je ne vois que des avantages.
Oderint dum metuant (qu’ils haïssent pourvu qu’il craignent), c’est la rationalité de tous les dictateurs et pour Vladimir Vladimirovitch Poutine, c’est rationnel aussi bien vis-à-vis du peuple russe (qui ne semble pas encore le haïr tant que ça mais qui le craint probablement) que vis-à-vis des dirigeants étrangers.
Ce ne sont que des hypothèses que je laisse à la sagacité des quelques lecteurs de ce blog. Notez que pour avoir moi-même l’air irrationnel, imprévisible et donc dangereux, je fais paraître ce 3ème billet sur les questions de vérités toutes faites et vérités à chercher avant le deuxième