Christian Jacob, un député qui ne connait pas la loi

Dans les domaines liés à la laïcité, à l'immigration notamment, beaucoup de femmes et d'hommes politiques poussent à l'intolérance et à la xénophobie par des propos qui privilégient la démagogie au détriment de l'éducation citoyenne. Christian Jacob l'a fait ce matin (14/10) au 7/9 de France-Inter en se tenant à la lisière du mensonge sur la loi de 2004 concernant les signes religieux à l'école.

Je rappelle le contexte : au Conseil régional de BFC, en séance publique, un conseiller RN a agressé une mère de famille qui accompagnait une sortie scolaire sous prétexte qu'elle portait un foulard (et non un voile lui dissimulant le visage). On demande au député et nouveau président de Les Républicains ce qu'il en pense. Rapidement, il condamne l'agression. Longuement il explique qu'il est inadmissible qu'une mère de famille "voilée" accompagne une sortie scolaire. Il ajoute que le "voile" est interdit à l'école et que ce serait bien mieux si c'était interdit dans tout ce qui a un rapport avec l'école, même en dehors des établissements scolaires.

D'abord, il y a un problème de vocabulaire qui n'est pas le seul fait des politicien-ne-s mais qui commence à poser un problème. On emploie le mot "voile", l'adjectif "voilée" pour désigner le port du foulard islamique. Cela introduit une ambiguïté avec la loi 2010-1192 qui proscrit la dissimulation du visage dans les lieux publics. Les hidjabs et autre niqabs sont donc interdits (hors de chez soi, en gros), mais pas les foulards ou voiles qui ne dissimulent pas le visage.

En ce qui concerne l'école, l'interdiction de tout signe religieux ostensible s'applique aux enseignants comme à tous les agents publics, y compris les agents du Trésor ou les bibliothécaires, pour prendre des exemples différents. La loi votée le 15 mars 2004 au sujet des signes manifestant l'appartenance religieuse "dans les écoles, collèges et lycées publics" est rédigée ainsi :

Il est inséré, dans le code de l'éducation, après l'article L. 141-5, un article L. 141-5-1 ainsi rédigé :
« Art. L. 141-5-1. - Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.
Le règlement intérieur rappelle que la mise en oeuvre d'une procédure disciplinaire est précédée d'un dialogue avec l'élève. »

Elle ne s'applique qu'aux élèves, pas aux parents d'élèves ; la circulaire d'application le précise bien. Monsieur Jacob le sait sans doute bien aussi. Interdire le port de signes religieux supposés ostensibles aux parents d'élèves dans les cadres liés à l'école ne simplifierait rien, au contraire. On voit bien tous les problèmes qui seraient créés ou exacerbés.

M. Jacob, comme trop d'autres femmes et hommes politiques n'en a cure. Il préfère laisser croire que la loi de 2004 s'applique aussi aux parents d'élèves, il préfère exacerber le communautarisme, réduire la laïcité à l'obligation de dissimuler sa religion (du moins si c'est l'Islam), courir derrière le RN. En souhaitant que M. Blanquer ne cherche pas pour une fois à courir derrière M. Jacob... Mais je crains que ce soit mal parti. Notre société est malade, nos politicien-ne-s ont pour beaucoup tendance à jouer les médecins de Molière.

Terminons quand même par un sourire : en tant qu'homme de gauche et bourguignon, ça ma fait mal mais je dois rendre hommage à Marie-Guite Dufay pour sa réaction.

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