L’obligation, c’est la liberté

Ôtons le pdt Macron, son mépris, son arrogance, son autoritarisme, sa priorité à (sa conception de) l’économie, sa volonté de surveillance, son refus du concret. Quelles raisons nous reste-t-il de refuser la vaccination ? Quelles raisons reste-t-il pour refuser l’obligation vaccinale ?

Pour moi, c’était trop tard – et tant mieux parce que c’était débile. Quand Macron a parlé, j’étais déjà vacciné complètement. Sinon, j’avoue, la tentation de la non-vaccination, juste pour faire chier, juste parce qu’il veut qu’on se vaccine – pas pour notre santé, il l’a dit, 14 000 morts de plus (ça, il ne l’a pas dit, c’est juste ce qu’il y a derrière le retard de confinement entre février et avril), il assume, sans regret ni remords – pour l’économie, celle qui lui sied, pas celle de la culture, par exemple. Mais c’est se manquer de respect que de prendre des décisions personnelles en fonction de ce personnage.

Décisions personnelles : décision de se faire vacciner en fonction de sa santé, des risques qu’on court personnellement, de ses comorbidités (comme on dit maintenant). Décision morale : ne pas vouloir que le covid passe par soi. Ce n’est pas si clair que pour le sida (préservatif ou non, transmission de/à son partenaire direct ou pas de transmission). Ce sont des probabilités qu’on choisit d’augmenter ou de diminuer, on n’a pas forcément de contact avec une personne qui sera gravement malade. Mais on peut faire partie d’une chaîne de transmission dont on ne voit pas les bouts. On peut essayer d’éviter au mieux d’en faire partie.

Le personnel rejoint là le collectif, le politique : appréhender l’épidémie ensemble, politiquement. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas d’épidémie, pas de vaccins, pas de masques, par de gel hydroalcoolique. On a de quoi choisir pour soi, pour la communauté. Il y a un choix démocratique à faire – rappelons-nous que nous avons ôté Macron de notre raisonnement, la démocratie peut retrouver une place.

Les refus d’obéir sont du même ordre, un instinct individuel (sûrement moins dangereux que celui de l’obéissance) parfois conceptualisé en politique. En ce qu’ils mettent en avant la « dictature » macronienne sans se préoccuper de l’interaction collective, ils manquent généralement leur but. Car Macron est un vrai libéral, il veut limiter le rôle du collectif. Les libertariens ne le gênent qu’à la marge et dans la mesure où ils le gênent, ils lui donnent une caution de représentant du bien commun et justifient son autoritarisme.

Les questions de santé sont souvent appréhendées comme des questions individuelles. Il s’agit du fameux rapport bénéfices/risques que les médecins appliquent à leurs patients – qu’ils traitent individuellement., c’est leur métier. Encore faut-il avoir une juste appréciation de chacun. La tentative de Médiapart de proposer un calcul, il y a trois mois seulement, semble avoir fait long feu. Les conditions évoluent plus vite que la possibilité de mettre l’instrument à jour. La composante subjective de l’appréciation n’est pas négligeable, ni condamnable. Encore faut-il qu’elle ne s’appuie pas sur une vision erronée de la réalité, ni ne l’entraîne. Dans un domaine où les choix individuels ont tant d’effets collectifs, il faudrait éviter de décider en fonction de sentiments, éviter de conceptualiser sa subjectivité pour en faire le critère de décision collective.

Un détour vers le sud (et les Mauges)

Il est probablement impossible de réfuter tous les arguments contre la vaccination – ou contre les vaccins actuellement existants, parce que si l’on ne veut pas se faire vacciner ni passer pour antivax, on prétend qu’on préfère attendre le vaccin qui arrivera plus tard. Ce n’est pas comme si l’épidémie était déjà là.

Je me contenterai de parler du cas Mucchielli, puisque dans ce cas, Médiapart a choisi de privilégier sa réputation au détriment de l’intérêt général. L’intérêt général, de mon point de vue, ç’aurait été que l’article du blog soit laissé et que la rédaction de Médiapart y réponde précisément. En l’occurrence, Médiapart a choisi de dépublier l’article, lui faisant de ce fait une importante publicité et de publier un article, certes utile, réfutant un certain nombre de fausses informations sur les vaccins anti-covid mais pas précisément les erreurs de Laurent Mucchielli (qu’on peut retrouver par exemple ici).

De mon point de vue de béotien (qui a tout de même pratiqué quelques analyses de données dans sa vie professionnelle), le premier problème est le choix des données : il s’agit des déclarations faites pour enquêtes auprès du VAERS (vaccine adverse event reporting system (américain)). Ce n’est pas faute d’avoir été mis en garde : Reports may include incomplete, inaccurate, coincidental and unverified information, est-il précisé. Les déclarations mentionnées n’ont fait l’objet d’aucun traitement, d’aucune vérification. Les chiffres sont là juste pour montrer que l’administration traite tout ce qui lui remonte. Dans plus du tiers das cas, l’âge des patients décédés n’est même pas connu.

Mais Mucchielli et al. (il n’est pas seul, et je crois que ça fait sérieux de mettre une abréviation latine !) utilisent tels quels deux graphiques, l’un qui montre une explosion de déclarations de décès après vaccination en 2021 par rapport aux années précédentes, l’autre qui indique la journée du décès à partir de l’injection de la dose vaccinale et qui est censé prouver le lien entre le décès et la vaccination (ce qui peut être un indice mais pas une preuve, je m’abstiens de citation latine sur ce coup-là!). Il manque l’analyse des biais qui peuvent expliquer ce nombre de décès signalés après vaccination en 2021 (a priori, d’abord le statut médical du vaccin : c’est une nouveauté, on y fait beaucoup plus attention ; ensuite, et probablement surtout, les polémiques dans le public sur la vaccination anti-covid : les médecins se sentent obligés (ou sont obligés par les familles) à déclarer des évènements, des décès qu’ils n’auraient pas eu l’idée d’imputer à la vaccination, le VAERS lui-même incite à déclarer le maximum de choses, quitte à ce que ce soit fait n’importe comment ; enfin, l’âge des patients vaccinés, même si Laurent Muccielli et al. insistent sur la comparaison avec la grippe, beaucoup plus pratiquée aux E.-U. qu’en France… mais comment ? on passe à la pharmacie un peu par hasard, on se fait vacciner s’il n’y a pas d’attente, sans formalité, il est possible que ni le médecin ni le conjoint ne soit au courant si l’on meurt le lendemain… et puis on en revient à un biais précédemment évoqué, qui songera à un lien possible avec une vaccination complètement entrée dans les mœurs ? Il y a probablement d’autres biais que je n’imagine pas et que le VAERS identifiera peut-être après enquête sur ces déclarations). Quant au tableau du délai entre l’injection de le décès rapporté, il montre qu’on s’interroge davantage sur un décès survenu quelques jours après que sur un décès survenu plus tardivement.

Le deuxième problème est que ces données a priori peu fiables ne sont pas mises en regard avec le nombre de décès attendus dans une population équivalente non vaccinée. Y a-t-il une surmortalité liée aux vaccins ? Ce n’est pas dit. Donc tout ça pour rien. Les tableaux suivants partant des mêmes bases, je ne vais pas aller plus loin.

Bref, mon impression est celle d’un petit groupe de personnes qui se sont emballées trop vite et dont les relations ensuite ont entretenu cet emballement. On a dit que leurs propos étaient particulièrement dangereux parce qu’ils risquaient de détourner des gens sérieux de la vaccination. Peut-être. On a dit aussi que Laurent Mucchielli était sorti de son domaine de compétence. À mon avis, pas tant que ça. Je crois qu’il est dans les cordes d’un sociologue tel que lui de faire une analyse sérieuse de ce genre de données. Qu’il ne l’ait pas fait ici jette un doute sur les travaux qu’il a effectués dans le cadre de son métier. Je suis persuadé qu’ils sont parfaitement rigoureux, eux. Mais ça me fait un peu mal que cette histoire puisse laisser penser à quiconque que le point de vue de l’anonyme boucher de Tourcoing sur la délinquance est aussi fiable que celui de Laurent Mucchielli.

Alors, une petite piqûre !

Même si l’on croyait Laurent Mucchielli (et al.), on serait obligé de constater que les vaccins contre le covid aux États-Unis ont causé 2 fois moins de morts qu’en France la décision d’Emmanuel Macron de reporter le troisième confinement de février en avril (sans avouer que c’était un confinement, on ne se refait pas). Pourtant, ça n’a pas bronché dans la population française.

Je croyais qu'on pouvait faire une note en bas de page, mais je ne sais comment ; la voici : l’article de Nathaniel Herzberg du Monde du 18 juin n’est pas en accès libre. On peut le consulter via une bibliothèque (à domicile si elle permet l’accès à distance). La réponse du médiateur du journal à une critique est toutefois accessible et intéressante.

Mais il est inutile d’intégrer Mucchielli et alii et leurs erreurs à la suite de notre réflexion. Rozenn Le Saint (article déjà cité) est probablement plus proche de la réalité. Cette réalité, je vais la résumer telle qu’elle m’apparaît en ce mois d’août 2020 :

- le covid 19 a tué en France l’année dernière environ 10 fois plus qu’une forte grippe (mais, avec des confinements, des « gestes barrières » qui n’ont pas existé en Europe lors des épidémies de grippe, même lors de la grippe de Hong-Kong dont la 2ème vague a fait 31 000 morts…)

- l’âge moyen des morts du covid est jusqu’à présent à peu près le même que celui des morts de la grippe

- le covid laisse des séquelles à long terme graves à environ 1/10 des malades, et ces séquelles atteignent des personnes jeunes

- il n’y a pas de saisonnalité nette

- le virus du covid mute fréquemment et il est à craindre qu’apparaissent des variants plus dangereux pour des personnes plus jeunes, des variants résistant aux vaccins actuels

- plus le virus circule, plus il mute

- il y a des accidents vaccinaux, ils sont en faible nombre mais probablement un peu plus nombreux que pour les vaccins antigrippaux

- la pharmacovigilance permet d’orienter le choix des vaccins en fonction des personnes et de repérer de probables contre-indications

J’en conclus que la vaccination est nécessaire à l’échelle mondiale, qu’en France elle doit être obligatoire et que le « pass sanitaire » est dangereux.

L 1111-4

Les opposants à l’obligation vaccinale s’appuient notamment sur l’article L1111-4 du code de la santé publique qui prévoit que le patient donne son consentement libre et éclairé à tout acte médical.

Heureusement. Il s'agit là des rapports entre un médecin et un patient. Obligation vaccinale ne signifie pas vaccination de force.

Mais l’obligation vaccinale existe déjà sans qu’elle ait fait pousser les hauts cris. 11 vaccins sont obligatoires selon l’article L3111-2, des obligations spécifiques pour les personnels de soins y compris dans les EHPAD sont mentionnées à l’article L3111-4, la vaccination contre la fièvre jaune est obligatoire pour toute personne de plus d’un an en Guyane (L3111-6). Ces obligations coexistent avec l’article L1111-4 et jusqu’à présent, si la dictature sanitaire a été dénoncée, c’était à bas bruit.

D’autres obligations se se soumettre à des actes médicaux existent dans divers domaines et ceux qui refusent sont condamnés, pas forcés de s’y soumettre : recherche d’alcoolémie, recherche des empreintes génétiques, et que dire du test covid exigé des sans papiers pour permettre leur expulsion par avion ? Autant la recherche d’alcoolémie au volant et la prise d’empreinte génétique dans les affaires sexuelles paraissent justifiées, autant le reste relève d’une société de contrôle sans vraie borne… comme le « pass sanitaire » auquel il ne sera pas compliqué d’ajouter une fonctionnalité permettant de savoir où chacun d’entre nous a borné son « pass » (et si on vendait ces données pour des études de marché, on pourrait concurrencer Google).

Quelle obligation vaccinale ?

L’obligation vaccinale bien comprise est double :

- obligation pour la population concernée de se faire vacciner

- obligation pour les pouvoirs publics de faciliter la vaccination de chacun.

Mais elle n’est pas triple : il n’y a pas d’obligation pour des tiers de contrôler la bonne vaccination du public.

Son organisation peut être imaginée comme suit :

1° aide et incitation

- Contact entre les ARS et les médecins traitants autour de la liste des patients de chaque médecin qui ne sont pas vaccinés. Note des contre-indications, répartition de la responsabilité de prochain contact avec chaque patient entre le médecin et l’ARS directement (au choix du médecin). Vérification des coordonnées des patients.

- Liste des patients inscrits à la sécurité sociale qui ne sont pas vaccinés et n’ont pas de médecin traitant. Tentative de contact direct par l’ARS.

- Partenariat avec les associations et organismes d’aide aux personnes sans domicile fixe.

- Partenariat avec les services d’urgences

À ce stade, le contact avec le patient doit informer de l’obligation, proposer un RV de vaccination (ou une consultation préalable pour les patients sans médecin traitant), répondre aux questions médicales qui peuvent être posées.

2° rappel de l’obligation

Pour les personnes qui ont refusé un RV lors du premier contact, pour les personnes qui ne s’y sont pas rendues. Proposition d’un second RV. Annonce des sanctions possibles.

3° sanction

pour les personnes qui n’ont toujours pas souhaité se faire vacciner, établissement d’un PV d’infraction, lancement de la procédure de recouvrement. Il serait judicieux que la loi prévoie une amende minorée pour les personnes qui ont commencé leur vaccination (première dose) dans les 8 jours.

Il est à noter qu’une procédure de ce type coûte de l’argent, qu’il convient probablement de recruter du personnel et de l’assermenter (puisqu’il a accès au moins partiellement à des dossiers médicaux). Il est à noter aussi qu’une loi d’obligation vaccinale et le lancement de ce genre de procédure auraient pu intervenir dès le début du mois de juin. Je me souviens qu’on nous prévenait que la situation en Angleterre à ce moment serait celle de la France 2 mois plus tard. Sans doute experts et médias avaient-ils oublié de prévenir le gouvernement

Mais pourquoi a-t-on choisi le « pass sanitaire » ?

Le système choisi par le pdt Macron coûte sans doute autant qu’une bonne obligation vaccinale mais moins à l’État. Les structures accessibles uniquement aux porteurs du sésame doivent payer les contrôles. C’est notamment le cas des hôpitaux qui embaucheront des vigiles pour le contrôler. Un avantage de plus : si le système du « pass » est abandonné, on pourra diminuer leur budget d’autant sans nuire davantage à la qualité des soins.

Le « démerde toi toi-même » qu’il inclut permet de ne pas se préoccuper exagérément des plus fragiles : c’est ainsi par exemple que les plus de 80 ans sont moins vaccinés que les 70-80 ans. Si ça pouvait nous aider à nous débarrasser de quelques fragiles et trop vieux sans trop avoir l’air de les négliger, ce serait tout bénef.

Le flicage de tous par tous est un vrai projet de société et de ce point de vue, le « pass » est un grand bond en avant. Couplé aux vraies lois liberticides prises sous prétexte de lutter contre le terrorisme et pour défendre les valeurs de la République, il fait sens.

Enfin, il permet quelques absurdités qui doivent faire comprendre au citoyen qu’il faut obéir sans réfléchir.

J’arrête, je suis en train de m’égarer dans le complotisme.

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