Effondrement(s) : récit d'un monde souhaitable pour mobiliser la survie collective

Pour nous sauver du chaos, proposer d’autres mondes souhaitables est nécessaire. Voici des pistes précises pour y arriver, formant un ensemble ouvert et cohérent.

Atterrissage forcé

Ces dernières années sont marquées par la prise de conscience de deux menaces graves pour la survie de l’espèce. Le risque d’un chaos climatique d’une part et celui d’un effondrement brutale de notre civilisation.

Il est impossible de maintenir le réchauffement climatique sous un seuil compatible avec la survie de notre espèce sans l’abandon rapide des énergies fossiles. Or, les énergies renouvelables ne sont pas et ne seront jamais suffisamment efficiente pour compenser l’abandon forcé du pétrole, du charbon et du gaz. Nous devons passer par une Descente Énergétique — une baisse importante de la quantité d’énergie utilisable. L’effondrement de la civilisation thermo-industrielle est donc souhaitable et inévitable ; il faut se mobiliser pour que la Transition se passe le mieux possible — pour que l’atterrissage soit moins brutal.

Mobilisation et récits.

Réaliser une telle transition nécessite une mobilisation des citoyens y compris contre la volonté des États et des entreprises. En France et dans le monde, des organisations entendent réaliser cela — ANV COP21, l’Affaire du Siècle, les Jeunes pour le Climat et Extinction Rebellion.

Cependant ces organisations ne proposent pas pour le moment de récit mobilisateur (au sens où l’entend Cyril Dion dans son « Manuel de Résistance contemporaine »). Elles ne proposent pas de visions de ce que pourrait être un monde post-pétrole, laissant les tristes images apocalyptique (à la « Mad Max ») dominer les imaginaires. Il est très difficile de mobiliser des populations en leur disant « d’où on doit partir » sans proposer « où l’on peut aller ». Il est donc dommageable de ne pas réfléchir un peu plus aux alternatives que l’on propose. Enfin, un mouvement de mobilisation parvenu à son premier objectif peut parfaitement échouer en dernier ressort pour n’avoir pas pensé « l’après » — ce fut le cas, notamment, des printemps arabes.

Une réflexion et contribution

Considérant tout cela, j’ai écrit il y a trois mois un manifeste proposant, d’une part des analyses des nos dysfonctionnement sociaux actuels — écologique, politiques et économiques — et d’autre part des alternatives formant un projet cohérent — la « République Alternative ». En troisième partie de chaque chapitre des stratégies de Transition sont proposées. Le tout forme un récit proposé pour réaliser où nous en sommes, où nous pouvons aller, et comment.

Les alternatives « désirables » proposées — agroécologie, low-tech, tirage au sort des assemblées, fédéralisme libertaire, économie coopérative, université ouvertes, etc. — puisent dans de longues histoires de luttes, d’expérimentations et de réflexion. Certaines d’entre elles sortent peu à peu de la confidentialité, par exemple lorsque les groupes de gilets jaunes de Commercy évoquent le « municipalisme libertaire » terme jusque là connu d’un petit nombre d’anarchistes et d’universitaires.

Je ne suis pas encore parvenu à publier ce texte, que je crois toujours en cours d’amélioration. J’ai cependant le plaisir le plaisir d’en proposer ici une version abrégée, dans l’espoir d’en diffuser ces idées et d’ouvrir le débat. Une version complète avec mes coordonnées peut être lue ici : https://www.fichier-pdf.fr/2019/01/30/manifestedunerepubliquealternative/

La suite de cette article est une retranscription de ce manifeste, comprenant dans l’ordre, l’introduction, la partie « Transition énergétique » la partie « Politique », « Économie » et « Convivialité ».


Manifeste d’une République Alternative !

[Manuscrit — Février 2019]

Stratégie libertaire pour survivre à l’effondrement écologique et social

Introduction, Perspective Historique, Philosophie de l’agir collectif

[…] abrégé, figure dans le texte complet

Transition : Écologie, Industrie, Énergie

Nous sommes pris entre deux mâchoires : le chaos climatique si nous continuons avec le système actuel, l’effondrement subi si nous tardons à changer. Une transition rapide est donc nécessaire. Pour cela, il faut une analyse et une stratégie.

1. Pourquoi l’Effondrement ?

Extraction fossile et Chaos climatique

Notre système industriel est entièrement basée sur l’exploitation non-renouvelable des ressources. Les minéraux terres-rares, les sols, le pétrole, les écosystèmes… tout s’épuise en même temps. C’est le peak everything. Nous avons atteint le maximum de production de pétrole conventionnel en 2005, et tous les champs de pétrole déclinent — à l’exception provisoire des pétroles de schistes au États-Unis, très chers à produire. Brûler du pétrole ou du charbon produit le chaos Climatique. Si nous dépassons certains seuils de réchauffement, la planète commencera à se réchauffer brutalement toute seule — ce qui causerait l’extinction de notre espèce. Il faut absolument abandonner les énergies fossiles — qui de toute façon sont sur le point de nous abandonner.

Agrobusiness et 6e extinction de masse

Un des plus graves problèmes est que notre agriculture industrielle actuelle est entièrement dépendante du pétrole pour les machines, les engrais, la transformation et le transport des aliments. Comme le résume le chercheur « collapsologue » Pablo Servigne : « Nous mangeons du pétrole ». L’agriculture industrielle épuise les sol et détruit la biodiversité à coup de poisons chimiques et de déforestation. Elle est largement responsable de l’effroyable destruction de la biodiversité et des populations d’êtres vivants. Et lorsque la quantité d’énergie disponible baissera, l’agriculture industrielle nous condamnera à mourir de faim.

Descente énergétique

Pour nous sauver du chaos climatique et nous adapter à la fin du pétrole, nous allons devoir vivre la Descente Énergétique, c’est à dire que toute l’énergie aujourd’hui disponible va diminuer fortement, pour ne plus jamais ré-augmenter au niveau actuel. Les énergies renouvelables ne seront jamais assez efficaces pour compenser complètement la perte du pétrole, et nous allons nécessairement passer par une décroissance de notre « niveau de vie ».

Effondrement subi de la civilisation industrielle globale

La quantité d’énergie disponible va connaître une chute peut-être progressive, mais définitive. Ce phénomène s’accompagnera d’une hausse du coût des besoins de premières nécessité. Les plus pauvres seront d’abord les plus touchés. À défaut de l’instauration de nouvelles institutions réellement démocratiques, des troubles politiques auront lieu — émeutes, élections de dirigeants autoritaires. Les conséquences du réchauffement climatique accentueront les risques d’affrontements géopolitiques, ainsi que les migrations humaines des réfugiés climatiques. Celle-ci resteront cependant très probablement des migrations intra-continentales.

Notre fonctionnement économique et politique oligarchique trace la voie pour l’avènement dans un premier temps d’un « capitalisme (éco)-fasciste ». C’est à dire un régime politique autoritaire, qui se servira de justifications environnementales pour se maintenir, et maintenir de fortes inégalités sociales ; il est probable que beaucoup de régimes fascistes s’appuieront plutôt sur le nationalisme, le fanatisme religieux et le rejet des étrangers. Cette évolution politique tragique est inévitable si d’autres institutions ne supplantent pas les États et les entreprises actuelles.

À terme cependant, l’ensemble des systèmes industriels vont défaillir, causant de graves problèmes d’approvisionnement et de survie lorsque la production locale n’aura pas pu prendre le relais. Ce processus de désintégration ne sera pas uniforme partout. Il peut être lent ou brutal. Si nous ne nous adaptons pas, il sera très meurtrier, y compris en Europe. Un effondrement de civilisation peut tuer la grande majorité de la population — par les famines et les épidémies bien plus qu’avec les guerres. La prise de conscience de la tragédie actuelle passe par un réel processus de deuil et de bouleversement des imaginaires. Quand cela peut-il se passer ? Rien n’est certain. La période 2020–2030 est une estimation largement partagée.

2. Transition : adoucir l’atterrissage

Nous devons enrayer le réchauffement climatique et l’extinction de masse des espèces vivantes. Pour cela, la descente énergétique est nécessaire — il faut pour notre civilisation un effondrement involontaire ou une transition rapide. Dans les deux cas, la survie est collective. Le survivalisme égoïste et agressif n’est d’aucune utilité. Les observations lors des catastrophes naturelles montrent que la plupart des gens développent des capacités d’entraide et d’organisations très élevées, bien loin de la violence panique des « films catastrophes ». Dans cette partie, il sera vu quelques pistes techniques nécessaires pour survivre tous ensemble au proche effondrement de la civilisation thermo-industrielle.

A. Que puis-je faire ?

Diffuser les informations

De nombreuses personnes ignorent que nous allons devoir passer par un effondrement très proche, ou demeurent dans le déni. Un travail permanent d’avertissement doit être fait. Il ne faut pas hésiter à faire peur, et ne jamais oublier de parler d’entraide et de solutions.

Apprendre les techniques

Les citoyens ordinaires doivent apprendre les savoirs techniques qu’ils ont perdus et se préparer à les appliquer. Ainsi, il est possible de se former aux bases de la permaculture et d’apprendre à jardiner. Il faut aussi diversifier ses connaissances — en mécanique, en médecine, en énergie… Les savoirs les plus utiles seront ceux des paysans biologiques, des électriciens, des mécaniciens, des infirmiers, des professeurs. Tout ceux qui étaient jusqu’alors socialement déconsidérés. Cependant, ces savoirs techniques sont plus efficaces lorsqu’ils se conjuguent avec la compréhension de plusieurs domaines de savoirs « intellectuels ». Il faut promouvoir la pluralité des compétences pour favoriser la compréhension de la complexité, qui passe par un croisement des domaines scientifiques.

Se préparer à l’entraide

La survie ne passe pas par le survivalisme égoïste et le retrait du monde. Elle passe par l’entraide et l’organisation collective. L’être humain est naturellement doué pour s’organiser en cas de catastrophe, et cette capacité doit être cultivée. Contre notre culture moderne de la compétition, il faut valoriser la coopération. Cette coopération est maintenue lorsque la réciprocité, le sentiment de sécurité et de confiance sont préservés dans le groupe.

Un réel travail personnel est nécessaire pour se préparer à des temps très difficiles. Dans un monde qui va s’effondrer, il faut trouver les points de repères sur lesquels on va pouvoir s’appuyer pour trouver un réconfort stable. Il faut apprendre à écouter ses émotions et à les apaiser.

B. Quelle stratégie collective ?

La meilleure stratégie pour survivre au chaos climatique consiste à combiner : 1. les actes de préparation de la résilience. 2. les actes permettant d’accélérer la désintégration du système financier-industriel-pétrolier actuel. Car si la fin des énergies fossiles est tôt ou tard inévitable, il vaut mieux qu’elle soit accompagnée d’une préparation consciente et qu’elle se produise suffisamment tôt pour enrayer le chaos climatique.

Appliquer cette stratégie à un seul pays peut être déterminant pour l’ensemble du système financier-industriel-pétrolier mondial, si ce pays est suffisamment intégré dans les flux économiques mondiaux. Par exemple, une transition de la France intégrant une saisie ou un contrôle des capitaux, pour les rediriger vers le développement de la résilience, (dans le cas d’une transition volontaire et non d’un effondrement), déstabiliserait la Zone Euro et aurait une influence significative sur l’économie mondiale. Cela précipiterait la transition dans d’autres pays. Il ne faut donc pas avoir peur d’appliquer pleinement cette stratégie dans un seul pays : cela profitera finalement à l’ensemble de la population humaine.

C. Que faut-il revendiquer et faire ?

Résilience et décroissance solidaire

Relocaliser le pouvoir et la production

La capacité d’un système vivant à se maintenir malgré les perturbations s’appelle la résilience. Les systèmes étendus et centralisés étant les plus fragiles, la résilience passe par la relocalisation de toute la production, et sa décentralisation. Cela implique aussi que les systèmes soit composés de parties relativement autosuffisantes, capables de survivre lorsque les communications s’interrompent.

Notre système logistique et industriel actuel est horriblement peu résilient. Il fonctionne en flux tendu, sans stocks. En cas de pénurie, le manque sera donc très rapide — il n’y a que trois jours de réserves de nourriture à Paris. Il est donc nécessaire de s’assurer que des biens de premières nécessités — médicaments, préservatifs, nourriture, vêtements, énergie — puissent être produits et stockés sur l’ensemble du territoire. C’est aussi pourquoi la décentralisation du pouvoir et l’organisation autonome des citoyens est indispensable. Dans cet esprit, le mouvement des « Villes en Transition », initié par Rob Hopkins, vise explicitement à préparer les populations à la transition catastrophique vers un monde post-pétrole.

Low-tech

Les techniques ne doivent plus être High-tech mais Low-tech. C’est à dire, réparables, durables, et peu consommatrices de ressources et d’énergie. C’est l’avènement d’une technologie « conviviale », c’est à dire maîtrisable par son utilisateur, qui peut l’utiliser, la comprendre et la réparer.

Transports, énergie, logement

La voiture individuelle doit être abandonnée pour les transports collectifs, le train, le vélo et la traction animale. Les véhicules à moteur qui resteront devront être très légers. Le vélomobile, un vélo tricycle couché assorti d’une coque et d’une petit moteur électrique, sera développé. Il peut atteindre près de 40 et jusqu’à 100 km/h, en consommant une quantité minimale d’énergie. Nous pourrions en développer des modèles permettant transporter plusieurs personnes, et une carriole détachable. Il pourra être produit de l’énergie renouvelable, mais dans des quantités relativement faibles. Elle doit être réservée aux usages les plus vitaux. L’éclairage public doit être éteint. L’électricité, énergie « noble », doit être réservée à l’éclairage domestique, aux télécommunications et à l’électronique. L’isolation passive des bâtiments doit être systématisée pour se passer le plus possible de chauffage actif.

Agriculture

La priorité absolue de notre époque est de relocaliser la production agricole, et d’augmenter la part de la population pouvant travailler la terre. À terme, des dizaines de milliers, peut être des millions, de nouveaux paysans seront rapidement nécessaires. Cela va nécessiter de déconcentrer en partie la population, des villes vers les campagnes. Nous devons préparer un réel exode urbain, et un retour vers les villages et villes moyennes. Il faut par ailleurs pérenniser les champs autour des villes, et organiser la production agricole dans les villes, pour compléter la production des campagnes. L’île de Cuba a réalisé dans les années 90 une transition rapide vers l’agriculture biologique, face à une brutale pénurie d’énergie. La population affamée a commencé par cultiver de petits jardins. Le gouvernement décida alors d’organiser une diffusion des pratiques agroécologiques et de redistribuer les terres. Des aides ont été données pour l’installation de nombreuses petites installations. L’agriculture urbaine, dans de grands bacs, se développa. Grâce à une mobilisation de la population, le pays peut aujourd’hui se nourrir grâce à l’agriculture biologique de proximité. Cela demande un travail important pour former massivement de nouveaux maraîchers et paysans. À Cuba, la diffusion du savoir a mis les paysans et les universités à contribution, et a permis d’enseigner aux urbains.

Un changement radical dans les techniques agricoles permettra de nourrir la population et de restaurer les écosystèmes. Passer à une telle agriculture « régénératrice » permet également de stocker plus de carbone dans le sol, et donc de lutter contre le chaos climatique. Cette agriculture est très productive, y compris sur de petites surfaces, mais elle nécessite plus de main d’œuvre et de réflexion.

Voici quelques grands principes de cette nouvelle ère agricole :

- le bannissement des poisons chimiques. La replantation d’arbres et de haies dans les champs.

- La perturbation minimale du sol. Le labour ne doit plus être utilisé, car il dégrade le sol. La technique de semis direct doit être utilisée.

- La couverture maximale du sol, avec du paillis ou des plantes associées.

- Des rotations de cultures, associations de plantes et couverts adaptées. C’est la fin progressive de la monoculture, et le retour de la polyculture-élevage.

- la libération des semences autofertiles (paysannes), le développement des céréales pérennes, et des légumineuses.

- L’amélioration de l’efficacité énergétique des machines agricoles. Le développement de la traction animale. L’équipement des fermes en énergies renouvelables.

Changement de régime alimentaire

Il va être nécessaire de diminuer la consommation de viande — les recommandations de santé donnent 100 à 300 grammes par semaines pour maximum. Le Rapport EAT-Lancet de 2018 préconisait un régime basé sur la consommation de céréales complètes, de légumes, de légumineuses et de noix, accompagnée d’une petite quantité de viande, de produits laitiers et de sucre.

Élevage

Cependant une part d’élevage d’animaux doit être maintenue. Nous aurons toujours besoin d’exploiter les animaux, notamment pour leur énergie mécanique et leur production de fertilisant. Les pratiques d’élevage non-intensif — avec une bonne rotation des pâturages et une densité pas trop élevée d’herbivores — permettent de mettre en valeur des terres peu fertiles, et d’augmenter leur captage du carbone. Certaines pratiques comme le sylvopastoralisme permettent d’associer plusieurs productions sur un seul sol. Le retour à un élevage fermier — plus petit, avec beaucoup moins de têtes − permettra d’éliminer les souffrances dues à l’élevage industriel et de produire une viande plus rare mais plus saine.

Soutenir les paysans dans la transition

Il est nécessaire de préparer la transition de nouveaux paysans, pour nourrir la population en circuits courts. Il est souvent revendiqué pour cela une réorientation des aides de la Politique Agricole Commune — ou de son équivalent, si l’Union Européenne venait à disparaître. Les grandes propriétés sont peu favorable à l’agroécologie, et une redistribution des terres sera probablement nécessaire, pour créer des fermes de tailles moyennes. L’aide aux paysans pourrait aussi passer par des formes de protectionnisme agricole, c’est pourquoi la confédération paysanne revendique la fin des accords de libre-échanges. La fin du pétrole va nécessiter de recréer des services publics dans les petites villes et villages, pour préparer leur repeuplement lors de la transition. Enfin, il est d’une importance vitale de s’assurer de la proximité des villes avec des terres cultivées, dont il faut cesser l’artificialisation.

Rationnement

En cas de manque d’un bien, la meilleure méthode pour préserver la société et garantir la survie et d’appliquer le rationnement à part égales. Les inégalités brisent l’entraide dans un groupe. Yves Coche propose par exemple une « carte carbone » pour distribuer à chacun un quota égal (revendable et décroissant au fil du temps) d’énergie désensable. C’est une proposition parmi d’autre de décroissance solidaire et maîtrisée.

 

Politique

« Nous ne sommes pas en démocratie », la chose est entendue. Les mouvements pour une république plus démocratique sont sortis de l’ombre. Les institutions actuelles, bureaucratiques et centralisés, seront bien incapables de gouverner longtemps le chaos montant. La transition nécessite donc de construire, par l’organisation locale des citoyens, une République Alternative ; démocratique et adaptée au monde post-pétrole.

1. Échecs et mensonges actuels

L’élection

La démocratie est aujourd’hui confondue avec l’élection de représentants. Et pourtant, qu’elle soit proportionnelle ou majoritaire, elle ne revient qu’à changer une élite pour une autre. Le peuple décide tous les quatre ou cinq ans et est dépossédé de sa voix par une élite relativement stable entre-temps.

Ce sont toujours les appareils des partis qui prévalent, que l’élection soit majoritaire ou proportionnelle. Ils déterminent leurs idées en fonction des opportunités de l’opinion. Or l’opinion se fait et défait au fil des campagnes médiatiques. Il est assez facile de manipuler l’opinion et le vote lorsque l’on est riche et que l’on peut influencer les journaux. Les partis ne représentent pas beaucoup d’adhérents. Les électeurs s’abstiennent ou votent par dépits. Un jour ils votent pour celui qui n’a jamais été encore élu, et c’est bien souvent le pire des candidats qui vient au pouvoir.

L’élection est en soi un système conçu pour qu’un petit nombre gouverne. Elle était qualifiée « d’Aristocratique » par Montaigne au 18e siècle. Cette élection est représentative, les élus ne sont donc pas contraints de suivre les instructions de leurs électeurs — ce serait alors une élection à mandat impératif.

L’État

Il sera nécessaire d’avoir des lois, une justice, des services publics. Mais notre État moderne n’est pas la meilleure solution pour que cela soit fait par et pour les citoyens.

L’État moderne est la centralisation du pouvoir politique dans une institution verticale. Les décisions, souvent inadaptées au terrain, sont prises rapidement dans le cabinet du ministre. Elles redescendent la chaîne administrative pour être mal appliquées. Le gouvernement veut alors prendre de nouvelles lois et de nouveaux arrêtés, mais ne parvient pas à améliorer la situation. Ce gouvernement lointain et vertical gouverne des administrations, elle-même verticale et rigides. Les services publics et l’administration se trouvent hors de la décision des citoyens, des travailleurs, des usagers. Cette nature verticale et centralisée de l’État le rend inefficace pour entendre les citoyens et évoluer rapidement. D’autre part, il permet à des personnes de jouir d’un pouvoir considérable à sa tête, et de renforcer leurs pouvoir.

L’État n’est plus au service des citoyens. Ce sont les citoyens qui deviennent les serviteurs de l’État et du gouvernement. C’est le principe de la tyrannie. La structure centralisé, verticale, autoritaire de l’État est issue de la domination des rois et des empereurs. Elle n’est pas adaptée à la démocratie, et nous allons exposer plus loin l’alternative nécessaire à cette mauvaise idée.

2. Propositions

Nous allons maintenant proposer des institutions nouvelles pour la démocratie et l’organisation de la résilience.

__Les assemblées tirées au sort

La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Comment faire que le peuple se gouverne directement ? On ne peut exiger qu’il se réunisse en assemblée générale en permanence. Ce n’est pas pratique, il faudrait y passer la journée pour garantir l’équité du vote. Il existe cependant une solution pratique, et fort ancienne : une assemblée tirée au sort dans la population. Les grecs utilisaient cette solution dans la démocratie d’Athènes.

Le tirage au sort a été expérimenté très récemment avec les conventions de citoyens. Ces expériences ont montrés que les tirés au sort font généralement preuve d’un grand engagement, et recherchent le bien commun plutôt que leurs intérêts privés. Le philosophe Jacques Testard a qualifié cette capacité du joli nom « d’Humanitude ». Il y a bien sûr des abrutis et des fous. Il y a des gens dont les idées sont dangereuses. Mais dans une assemblée tirée au sort ils sont toujours minoritaires et incapables de nuire. En effet, la loi mathématique des grands nombres garantit qu’un ensemble suffisant tiré au sort dans une grande population est toujours représentatif. En d’autres termes, le hasard fait bien les choses.

Le tirage au sort ne produit pas l’arrivée au pouvoir d’une élite professionnelle. La qualité des décisions est généralement plus grande qu’avec une élite triée sur le volet, comme le constatait le philosophe grec Aristote. Les tirés au sort représentent la diversité du peuple. Ils ne peuvent pas être corrompus par des lobbys leur promettant de l’argent pour leur réélection. Ils sont aussi plus enclins à exprimer des points de vue différents.

L’Assemblée tirée au sort est renouvelée d’une fraction chaque année, afin de ne pas faire de rupture dans son fonctionnement. Les tirés au sort sont indemnisés et formés par leurs pairs. Il est préférable que le tirage au sort soit réalisé dans une liste de toute la population plutôt que dans une liste de volontaires. Car l’objectif est de donner temporairement le pouvoir à des personnes ne le souhaitant pas initialement, afin qu’elles soient complètement honnêtes. En cas de refus absolu de participer, il suffit de tirer au sort une autre personne.

Proposition d’Assemblée Citoyenne

L’institution souveraine d’un lieu libre, une Commune par exemple, doit être une assemblée populaire, ouverte à tous. Nous avons vu que s’il devient difficile de faire participer tous le monde (parce que la population est grande, par exemple), l’assemblée souveraine doit alors être une assemblée tirée au sort dans la population — et elle peut être associées à d’autres assemblées participatives, selon les circonstances changeantes.

Elle débat, cherche le consensus, et décide par vote. L’Assemblée tirée au sort entend directement les citoyens, par des requêtes soutenues par des pétitions. C’est l’idée importante de Referendum d’Initiative Citoyenne. Elle entend directement les associations civiles, et peut déclencher des votations pour trancher telle ou telle question. L’Assemblée peut être associé à un Congrès de représentants des entités fédérées, qui participe aux décisions et donne son accord — nous avons alors un parlement avec deux chambres, ou le Congrès tient lieu de Sénat.

La population peut aussi décider d’élire auprès de l’Assemblée tirée au sort une assemblée de représentants élus, de préférence au scrutin proportionnel. Mais cette assemblée élue doit rester simplement consultative et se limiter à émettre des propositions auprès de l’assemblée tirée au sort. Il est également préférable que la population puisse se prononcer périodiquement sur sa volonté de maintenir ou non une assemblée élue.

L’Assemblée nomme et révoque ses portes-paroles et les personnes chargées d’accomplir ses vœux, selon le principe du mandat impératif.

__Le mandat impératif et les exécutifs de conseils

Pour accomplir certaines tâches, toute assemblée peut nommer des porte-paroles ou des chargés de missions. Ils ne doivent pas être investi d’un pouvoir personnel illimité mais « gouverner en obéissant », selon la formule des Zapatistes. Ils doivent être étroitement surveillés par leur assemblée, qui décide de leur mission. Ils doivent être révocables à tout moment par une motion (signée par une partie des électeurs, un dixième peut être) et un vote — un referendum lorsque les électeurs sont tous le peuple. Il est peut-être préférable cependant que les élus soit responsable devant une Assemblée qui les élit et les contrôle, plutôt que devant le suffrage universel direct qui permet aux élus de manipuler le scrutin. L’élection au suffrage universel direct du président de la République Française à d’ailleurs beaucoup contribué à en faire un monarque. Il est aussi conseillé des mandats courts, et une rotation des tâches lorsque cela et approprié.

Plutôt que d’investir des chargés de missions guidés par un chef — un premier ministre qui nomme des ministres subalternes — il faut pouvoir nommer directement des titulaires, sans hiérarchie des uns sur les autres. Il faut donc un exécutif de conseil, un groupe de « ministres » sans réel Président. Ce régime « directorial » utilisé en Suisse, évite la personnalisation du pouvoir. On nomme directement la personne que l’on souhaite, au poste que l’on souhaite. Il n’y a plus de président, ni de premier ministre. Il n’y a que des conseillers responsables devant l’assemblée et indépendants les uns des autres.

__Les Services Publics participatifs et coopératifs

Les citoyens ne sont pas simplement représentés par tirage au sort. Ils agissent directement, en s’adressant aux assemblées, et en participant aux services publics. Une partie de l’État est transformée en un ensemble de Coopératives de Services Public, encadrées par la loi. Elles sont financés et mandatés par les Communes, les Régions ou la Fédération, au cas par cas.

Ainsi, les structures inutilement bureaucratique sont organisés de façon plus horizontale et plus efficace. Car elles consultent leurs membres et leurs usagers pour parvenir au meilleur résultat possible. Les coopératives de services publics sont fédérées. Ainsi, même si elles sont mandatés par des Communes et Régions différentes, elles peuvent s’entraider et gagner en efficacité.

__Le fédéralisme libertaire

Relocalisation

Plutôt qu’un État, central, vertical, absurde, nous voulons une réelle démocratie, respectant le principe d’autonomie. Les citoyens doivent donc pouvoir se gouverner localement pour garantir que les décisions sont adaptées. Ce principe de relocalisation est très important. Il ne faut pas en effet oublier que la transition écologique passe par une moindre utilisation d’énergie et de transport : d’où l’obligation pratique de s’organiser à échelle humaine ! Ce n’est pas une surprise, certaines villes sont aujourd’hui plus actives que les États pour les enjeux écologiques. Cette idée a aussi été développée dans le mouvement bio-régionaliste, qui promeut des régions relativement autosuffisantes et écologiques.

Il y a un fondement important à ce principe selon le quel il faut « penser global et agir local » : la taille de l’organisation influe sur son efficacité. Lorsqu’une organisation devient trop grande, elle perd en écoute. Elle ne peut plus traiter tout l’information qui lui arrive. La solution est alors de se diviser en plusieurs sous-ensemble coordonnés. Ainsi, les institutions locales de la base se rassemblent pour être plus efficaces sur un territoire bien plus grand.

Subsidiarité et exacte adéquation

Le pouvoir de décision reste « à la base », avec une autonomie de décision et d’exécution au niveau local — toujours pour garantir une décision faites par et pour les citoyens. Le pouvoir part de la base et va au sommet, lorsque cela est nécessaire (ascendant, « bottom-up »). La « base » ne confie au « sommet » que les tâches qui doivent être confiée à une entité plus grande. Et elle garde le pouvoir de reprendre ses compétences, et de faire prévaloir ses décisions. Ainsi, l’entité fédéré et l’entité fédérale coopèrent, mais l’entité fédéré reste la plus importante.

Une importantes part des règles doit être partagée par tous : respect des droits humains, de la Terre, de l’économie coopérative… ces valeurs et principes forment un Contrat Social détaillé et commun, dont l’enseignement est très important.

__République Fédérative

Voici une proposition pour concilier autogestion locale, démocratie réelle et organisation sur un territoire vaste — un pays, la France, ou peut-être un continent : l’Europe. Elle rompt avec la tradition de centralisation jacobine, pour une complète « décolonisation de province ». Cette proposition est bien sûr inspiré les encourageantes expériences menées au Chiapas par le mouvement Zapatiste depuis 20 ans, et par les idées du « Confédéralisme Démocratique » du Rojava Kurde. Il ne s’agit pas en revanche, d’un retour aux guerres entre cités moyenâgeuses : les villes sont fédérées et chacune des assemblée accueille en permanence des membres des autres assemblées, de Commune et de Région.

Commune libre

L’institution de base est la Commune. Selon ce que souhaitent les habitants, elle correspond à la ville, au village, à l’intercommunalité ou à la métropole. La Commune a des assemblées de quartier — ouvertes à tous — et des mairies locales élues, représentées au sein de l’Assemblé de la Commune. Cette Assemblée est composée d’habitants tirés au sort. Elle nomme et révoque un Conseil Municipal pour appliquer ses décisions. La Commune est autonome. Elle exerce à priori toutes les fonctions de la République, sauf la justice. Les Communes sont libres de s’associer pour des fonctions particulières.

Régions

Les Communes se fédèrent en Régions, et se rassemblent en son sein en groupes informels de département. La Région est structurée comme la Commune, avec un Congrès où sont représentées les Communes et son Assemblée tirée au sort parmi la population de toute la Région. Cette assemblée nomme et révoque un Conseil Régional, chargé d’appliquer ses décisions. La Région permet de s’organiser sur un échelon du territoire assez vaste, mais suffisamment restreint aux limites naturelles. La Région exerce les compétences que lui ont données — provisoirement — les Communes. Un système fédéral permet de répartir le budget entre les Régions riches et plus pauvres.

Fédération

Les Régions se fédèrent dans l’ensemble le plus vaste de la République, la Fédération. La Fédération a son Congrès des Régions, et son assemblée tirée au sort souveraine. Elle a son Conseil Fédéral pour proposer aux régions et aux communes des directives unifiées.

La loi est faite par les Communes, les Régions et la Fédération. Les assemblées jugent au cas par cas s’ils veulent une loi qui soit locale ou fédérale. Par exemple, les protections sociales sont les mêmes pour tout le territoire. Les Communes et leurs Assemblées participent à la réflexion des lois. En cas de désaccord, elles peuvent promulguer les leurs propres, dans la limite de la Constitution.

3. La révolution pacifique : nous instituer face au désastre

1. Idées stratégiques

Que puis-je faire ? Proposer un horizon.

Lorsqu’une protestation, plutôt que de se limiter à contester quelques iniquités, récuse le système qui les produits, elle devient une insurrection. Lorsqu’une insurrection affirme et propose un nouvel ordre, elle devient une révolution. Il faut donc affirmer sans cesse qu’il y a bien une alternative cohérente d’ampleur, face au monde actuel. Le récit d’un monde plus désirable permet d’aller beaucoup plus loin que le seul désespoir. Il faut donc propager — c’est le but de ce manifeste ! − l’idée que ce « monde d’après » serait beaucoup mieux pour tous le monde… et qu’il faut se battre pour cela.

Archipel : lieux, luttes, personnes.

Plutôt que d’attendre de former un grand mouvement monolithique, les partisans d’une République véritablement alternative devraient faire de cette idée un signe de ralliement disséminé dans des lieux et des mouvement divers. La meilleure stratégie est de créer un archipel de lieux et de mouvements partageant cette sympathie pour la République Alternative. De nature fédérative, elle est capable de commencer à exister dans des lieux disjoints. D’autre part, rien n’est plus encourageant pour les vrais écologistes que leur participation aux révoltes pour la justice sociale : les deux sujets sont intimement liés.

2. Archipel de tactiques

Les mouvements peuvent et doivent combiner plusieurs tactiques. L’organisation locale et l’organisation globale. À ce propos, le mouvement naissant « Extinction Rebellion » est un bon exemple : bien qu’il soit pour la décentralisation locale du pouvoir, il promeut pour commencer une Assemblée Citoyenne tirée au sort pour tout le pays. Cette assemblée serait chargée de décider des mesures de transition écologique d’urgence, tout en respectant la justice sociale. Cela renvoie à un élément clé de la stratégie : tout en espérant instituer une autre République, il faut préparer aujourd’hui même la résilience permettant de sortir des énergies fossiles. Les deux doivent être combinés.

L’action auto-satisfaisante

Pour échapper au spectacle et à l’impression lassante de « jouer à la révolution », la meilleure action est celle qui donne immédiatement une satisfaction à ces revendications. Le blocage du siège d’une entreprise nuisible, peu en faire partie.

Se saisir des lieux

Les luttes actuelles, notamment le mouvement des « gilets jaunes » en France, ont placés les idées de réformes institutionnelles sur le devant de la scène. Des occupants d’un rond-point à Commercy se déclarent « assemblée populaire ». Ils s’organisent pour débattre et ont décidés de se coordonner au niveau national avec les assemblées populaires d’autres ronds-points.

Avant ces ronds-points il y eut la ZAD victorieuse, et les mouvements de l’éphémère « démocratie des places » (place Tahrir, Occupy Wall Street, le mouvement 15-M, Nuit Debout). Les citoyens lorsqu’ils décident de donner corps à leur révolte, créent des institutions organisées, selon la culture de démocratie directe dont ils héritent où qu’ils (ré)-inventent. Ces institutions d’autonomie populaire sont locales, et l’expérience suggère que c’est lorsqu’elles peuvent s’enraciner dans la vie d’un territoire particulier qu’elles peuvent tenir tête au pouvoir de l’État. Les mouvements de la « démocratie des places » ont été dissous ou trahis, tandis que la ZAD et le Chiapas zapatiste, solidement établis dans leurs lieux et dans la vie locale, se tiennent toujours en alternatives vivantes.

3. Objectif final : Destituer les imbéciles, et nous Instituer

Les périodes de crises sont des périodes de remises en question des valeurs et des autorités. Si les gens sont convaincus d’avoir un modèle alternatif, et d’être capable de de l’appliquer localement et globalement, ils seront bien plus forts que les chefs de l’ancien régime.

1. gagner en légitimité pour rallier ou faire tomber les piliers du pouvoir

Tandis qu’ils chercheront toujours à garder leur pouvoir par plus d’autoritarisme et de gestion inégalitaire du désastre, nous pourrons leur opposer notre résilience. Peu à peu, nos institutions démocratiques deviendront plus crédibles que les leurs. Et la crédibilité d’un pouvoir politique se mesure souvent à sa capacité à fournir de la nourriture et l’électricité…

2. pour cela, nous instituer

Cela nécessite d’autre part que nous nous instituons comme la relève citoyenne face au désastre. Une assemblée, lorsqu’elle se constitue, est toujours « illégitime ». Le tiers-État n’a pas attendu l’accord du roi pour se proclamer « Assemblée Nationale ». Proclamons des Communes Libres, des Assemblées tirées au sort. Saisissons nous des lieux, comme l’exemple pratique des ZAD le montre. Proclamons l’abolition de l’ancienne économie, proclamons la fin de la voiture. N’ayons jamais peur du ridicule. Ce sont ceux qui nous mènent au désastre qui sont à jamais ridicules.

 

Économie

Où l’on sort du capitalisme sans regret.

1. « l’Horreur économique »

Les inégalités augmentent

26 personnes possédaient en 2018 autant que la moitié de la population humaine, et ces statistiques effarantes sont appelées à se répéter. Un biais psychologique pousse de plus les membres d’une société à sous-estimer le niveaux réel des inégalités. Les inégalités matérielles sont une source d’anxiété dans une population, qui se retrouve divisée entre dominés et dominants. C’est une source de surconsommation pour l’ensemble, qui veut parvenir au niveau de vie des plus riches.

Voici le paradoxe d’Easterlin : le bien être est lié au confort matériel, mais après avoir atteint un certain seuil de confort maximal, il stagne et décroît. Car l’humain estime ses avantages en les comparant avec les autres, et il se sentira pauvre dès que les autres deviennent plus riches. Les données observables confirment la vieille sagesse populaire selon lequel les richesses ne font pas le bonheur. Il vaut mieux donc un confort stable, sobre et égal pour tous, plutôt qu’une course à l’enrichissement. Mais la division du monde entre salariés et actionnaires, exploités et exploiteurs ne peut résulter que dans cette course absurde à la marchandisation de tout.

La croissance « infinie »

Les économistes classiques nous ont fait croire qu’une croissance infinie dans un monde fini était possible. C’est faux. Les richesses proviennent toujours de ressources matérielles et d’énergie. Or nous consommons plus que ce que la Terre peut renouveler. La croissance stagne de toute façon en Occident, et l’augmentation du coût du pétrole en est une des cause. Les économistes classiques prétendent que la « croissance verte » est possible grâce aux énergie renouvelables. C’est faux, elles produiront toujours beaucoup moins que les énergie fossiles.

Les entreprises sont possédées par un petit nombre de propriétaires et d’actionnaires, qui exploitent des salariés. Les propriétaires ont besoin que l’entreprise génère plus d’argent que ce qu’ils ont investi. Les banques font la même chose, en exigeant des intérêts sur leurs prêts. Notre système économique a donc besoin de cette croissance impossible pour vivre. Inévitablement, puisque cela est impossible il génère des crises et du chômage.

Tous les capitalismes vont dans le mur

Notre système actuel capitaliste va donc systématiquement concentrer les richesses et surexploiter les ressources. Le capitalisme est un système dans lequel les moyens de production — terres, machines, ressources naturelles, argent des dépôts − sont une propriété privée. Immanquablement, de fortes inégalités apparaissent très vite.

D’autres systèmes dysfonctionnent gravement, comme les tentatives « communistes » de capitalisme d’État, centralisé et absurde, de l’URSS. De manière générale, la propriété des moyens de production par une petite classe — les entrepreneurs ou le Parti unique — est une mauvaise idée. Nous devons abandonner ces systèmes oligarchiques et productivistes pour un système décentralisé et stable.

La démonstration par le micro-crédit

Les expériences du micro-crédit dans les pays pauvres démontrent que la diffusion des moyens de production est un moyen pour diminuer la pauvreté : un crédit permet au bénéficiaire d’acquérir un capital minime, qui augmente la productivité de son travail et la richesse produite. Dans le « tiers-monde » des centaines de millions de gens ont des auto-entreprises minuscules, sans autre « capital » qu’une balance ou un tapis. Il gagnerait tout à pouvoir se regrouper en coopératives et obtenir des prêts plus conséquents.

Ce n’est pas le capitalisme, possession des moyens de productions par quelques-uns, qui fait sortir des gens de la misère ; mais au contraire le partage des moyens de productions auprès des plus pauvres. Là où le micro-crédit voulait réaliser cela par la « petite propriété » — toujours, hélas, dominée par la grande propriété des multinationales… — nous pouvons aller bien plus loin en changeant la nature de la propriété.

2. une proposition : le mutuellisme

Une économie différente n’est pas si difficile à imaginer, car nous héritons d’une longue tradition de lutte des humains pour le partage des ressources, depuis les terres communales du moyen-âge jusqu’au entreprises autogérées du XXe siècle. Nous appellerons ici ce système « mutuellisme », par hommage à Pierre-Joseph Proudhon. Nous parlerons aussi d’œconomie plutôt que d’économie, pour marquer une différence avec l’ancien régime, et revenir à la racine grecque : oikos nomia, la bonne gestion du foyer.

__ Les Propriétés

« Quand tout est privé, on est privé de tout »

Pour avoir un système réellement juste, il faut profondément changer le droit de propriété des choses. Il est nécessaire d’avoir plusieurs propriétés différentes. Les biens personnels doivent être sous le régime de la propriété personnelle, qui correspond à notre actuelle propriété privée.

Les biens et services qui sont utilisées en commun, comme les possessions d’une entreprise, doivent appartenir à la communauté qui les utilise collectivement. Chacun de ses membres en a la propriété d’usage personnelle ou collective. Il peut utiliser, mais ne doit pas détruire, les vendre ou en confisquer les fruits.

Les terres cultivables, les moyens de production, la finance, les transports publics, le logement, les réseaux de communications… doivent être appréhendé sous ce régime de propriété d’usage — collective ou personnelle — qui donne le droit d’utiliser, mais pas de vendre, d’accaparer ou de sous-louer. Car nous avons tous droits d’utiliser ces biens, mais aucun de nous n’a le droit d’en priver les autres. Ainsi, le capitalisme est aboli.

__Les Communs

Un bien ou service possédé à plusieurs par une communauté démocratique qui en prend soin est appelé un Commun. Les moyens de production, les terres agricoles, Internet, l’eau potable… peuvent être des Communs. Le Commun est une façon universelle de s’organiser, efficace si l’on respecte des règles — selon les observations de l’économiste Elinor Ostrom.

– La définition claire des bénéficiaires et des limites de la ressource. Cela dépend évidemment de la nature de la ressources. Dans certains cas, l’humanité entière est bénéficiaire.

– L’adaptation des règles de gouvernance aux conditions locales, puisque chaque communauté agit dans un environnement spécifique : habitudes culturelles, degré d’incertitude climatique… ;

– La participation des membres à la définition des règles communes.

– La surveillance du respect des règles par les membres eux-mêmes ou leurs représentants ;

– L’existence de sanctions graduelles en cas de non-respect des règles ;

– L’accès facile et local à des mécanismes de résolution des conflits ;

– Le droit des membres d’élaborer leurs propres institutions sans remise en cause par un gouvernement externe ;

– Pour les communs de grande taille, l’organisation des activités de gouvernance sur plusieurs niveaux imbriqués.

__Coopérative et ouvrage

Les travailleurs s’organisent en entreprises coopératives, et remplacent les anciennes entreprises capitalistes. Ce sont des entreprises démocratiques, sans patrons, dans lesquelles les travailleurs ont tous un pouvoir égal sur la direction de l’entreprise. (« une personne, une voix »). Ils peuvent alors mieux aménager leurs conditions d’ouvrage, et varier leurs tâches. Ils peuvent se distribuer équitablement les revenus. C’est une idée là encore, ancienne et éprouvée. Les coopératives sont aujourd’hui représentées en France par les SCOP et les SCIC. Ce secteur n’emploie que près d’un million de personnes, pour deux dizaines de milliers de coopératives. Leur viabilité économique n’est plus à démontrer, de même que le caractère rationnel de leur organisation.

Les coopératives peuvent être tentées de surexploiter les ressources ou d’être malhonnêtes avec leurs usagers. Pour éviter cela, le chercheur et militant Benoît Borrits propose que les usagers de toute coopérative aient le droit de former une assemblée pour co-diriger la coopérative avec l’assemblée des travailleurs. La coopérative est alors guidée vers l’intérêt général des travailleurs et de toute la société. Elle devient un « commun de production ».

Le temps de travail doit, dans l’ensemble, être répartit et réduit au minimum nécessaire. Il est aussi souhaitable que le travail implique une plus grande rotation des tâches, un passage permanent des activités manuelles aux intellectuelles, des activités de répétition à celle de créations. C’est une idée humaniste très ancienne visant à l’épanouissement de tous et du passage du mauvais travail (de tripalium, instrument de torture) au bon ouvrage (réalisation d’une œuvre).

Quel que soit l’objectif, le passage à l’économie coopérative est la meilleure stratégie pour prendre le contrôle de l’économie. Beaucoup d’entreprises ne devront cependant pas être transformées en coopératives, mais purement et simplement abandonnées, si elles consomment et polluent trop, pour des buts futiles. On n’autogère ni une mine de charbon, ni une agence de publicité !

__Mutuelles de prêts et de salaires

Les coopératives existent depuis le 19e siècle, mais n’ont jamais triomphé car elles ont besoin d’une révolution économique complète. Les banques ne doivent plus être privées et lucratives. Ce doivent être des mutuelles gouvernées par des citoyens tirés au sort. Elles doivent recevoir les dépôts et prêter aux coopératives sans intérêt, en fonction de l’utilité sociale de la coopérative.

Les coopératives ne doivent pas posséder de fonds propres, pour éviter les dérives capitalistes — présentes dans certaines des grandes coopératives actuelles. Elles se financent entièrement par des emprunts auprès des banques mutuelles. Les membres de la coopératives ne seront plus par ailleurs des « propriétaires de parts » de leur coopérative.

Une partie du revenu de toute coopérative doit être prélevée pour financer les services publics. Une autre partie du revenu de toute coopérative peut être cotisée dans une Caisse de Péréquation qui redistribue la collecte aux travailleurs de toutes les coopératives. Une partie du salaire est alors mutualisé, ce qui favorise l’égalité et la solidarité en cas de coups durs — et évite que les travailleurs souffrent des concurrences entre leurs coopératives.

__Services Publics et Gratuité du logement

Les services publics gratuits doivent être assurés et défendus, pour la santé, l’éducation, l’eau et l’énergie, les transports, l’accès à la culture. Cette démarchandisation de la satisfaction des besoins essentiels permet une prospérité non-marchande, financé par la contribution de tous. Il est également désirable d’y ajouter le logement gratuit. En effet, l’accès au logement représente un coût absurde pour tous, uniquement « justifié » par le marché — on paye un logement qui ne coûte plus grand-chose puisqu’il est déjà construit ! Une commune doit de plus avoir le droit de créer un service public en « réquisitionnant » une activité pour l’exercer directement.

__ Et l’argent ?

L’échange d’argent permet une forme de réciprocité immédiate lorsqu’un bien ou service est fourni. Néanmoins, même si l’on décide de garder de la monnaie, des changements sont à faire sur celle-ci. La monnaie est aujourd’hui émise par les banques lorsqu’elle octroi un prêt. En d’autres termes, elle créent gratuitement de l’argent, que nous devons par la suite rembourser (!) — c’est l’absurdité de l’argent-dette. L’État paie lui aussi des intérêts sur cette argent-dette. L’émission de monnaie doit désormais être contrôlé par les citoyens, à travers les échelons de la Commune, de la Région et de la Fédération. Pour assurer la résilience des économies, il est préférable d’avoir des monnaies locales, complémentaires entre elles. C’est à dire qu’il y aurait, sur un territoire donné, plusieurs monnaies utilisables.

Il est également possible, comme le suggèrent Jacques Duboin, de créer des monnaies fondantes (qui perdent de la valeur au fil du temps), afin qu’elle serve à la consommation immédiate, et non plus à la spéculation.

3. Stratégie de la crise économique

Profiter de la crise pour reprendre et transformer l’économie

À la faveur d’une grave crise financière, nous pouvons reprendre l’économie. Premièrement, en forçant la reprise des entreprises par leurs salariés, sous un nouveau statut obligatoire de coopérative. Plus radicalement, en nationalisant toutes nos banques et en réinvestissant toutes leurs fonds dans les coopératives nouvelles, selon leur capacité à mettre en œuvre la transition vers les Low-tech. Les banques seront ensuite transformées en mutuelles non-lucratives.

Nous ferions alors défaut sur notre dette publique, et la Zone Euro plongerait. Mais c’est une bonne nouvelle ! Notre économie ne peut passer que par une crise pour être transformée. Si l’on décide de conserver l’argent, il faudra émettre en parallèle des monnaies locales complémentaires à l’euro et s’assurer de relocaliser toute la production utile, pour éviter une trop grande inflation.

 

Société et Convivialité

Tisser des liens

La convivialité est l’art de vivre ensemble en favorisant les liens heureux entre les gens. Nous tournons le dos à la consommation effréné et la réalisation de soi passera bien plus par la résonance que chacun cherchera avec le reste du monde — pour citer le philosophe Hartmut Rosa. Elle sera favorisée par la promotion d’une plus grande écoute des personnes, tant pour les autres que pour leurs propres émotions.

Tisser des liens entre les gens est en soi un épanouissement social. C’est aussi un chemin pour créer des communautés plus résilientes face aux catastrophes. Cela nécessite une réciprocité des droits et des devoirs entre les gens, et une réelle solidarité.

Préserver l’héritage humaniste

Les détracteurs de la décroissance craignent que nous ne vivions un retour au Moyen-Âge et à des valeurs violentes et patriarcales. Ce risque existe en effet. Un manque de redistribution des terres pourrait faire un nouveau féodalisme. L’effondrement encouragera les fanatismes religieux. Il faut consciemment se décider à préserver les avancées humanistes qui participent à l’émancipation : principe d’autonomie de l’individu et de sa réflexion, usage de la raison, détestation du fanatisme religieux, promotion du plaisir de vivre plutôt que de préparer sa mort, acceptation des minorités, tolérance.

La lutte pour l’égalité femme-homme et les droit des femmes ne doivent surtout pas abandonnés au prétexte qu’ils ne seraient pas « traditionnels ». Si le progrès techniquo-industriel va marquer une rupture importante, le progrès spirituel de l’humanité doit être poursuivi.

Accueil des réfugiés et Métissage

Bien qu’il s’opère un certain retour à une vie locale, doublé pour une part de la population par un retour à la terre, il ne s’agit pas de reconstituer des communautés fermées et bornées. Le métissage entre les cultures et les personnes doit être continué pour que nous puissions bénéficier de toute la richesse culturelle des mondes. Le pluriel est important. Nous passons de la Nation, unique majuscule autoritaire, à la Multitude, diverse et libre.

Le 21e siècle sera un siècle de migrations humaines. Le chaos climatique est d’ors est déjà la source d’une grande part des migrations. D’autre part, les habitants des pays d’occidents seront aussi contraints de se déplacer par l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle. Demain, nous seront tous des migrants, et peut être dans la peur de voir se refermer sur nous d’autres frontières de barbelés. Ces frontières, justement, sont très récentes : jusqu’au 19e siècle, la circulation entre pays était libre et les passeports quasiment inexistants — ils étaient réservés aux suspects. Par ailleurs, les flux de migrations restent et resteront très probablement intra-continentaux pour la plupart — « l’invasion » est un mythe. Au-delà de l’accueil des réfugiés, nous pouvons défendre l’ouverture des frontières. Les Communes n’auront pas de frontières fermées. Leurs citoyens seront citoyens du monde.

Éducation et Transmission

L’éducation doit bien sûr enseigner la coopération, le respect de la Terre et la compréhension de la complexité. Elle doit également mêler les apprentissages intellectuels et manuels. Il est désirable que toute la population, même celle voulant se consacrer à des métiers plus ouvriers, passent par des études supérieures. Pour cela, il faudra mélanger les diplômes en alternance et décloisonner les savoirs. On pourra alors, gratuitement et sans sélection, suivre des études mixtes « permaculture et ethnologie », « plomberie et psychologie », « électricien et histoire de l’art »… L’enseignement supérieur pour l’ouvrage et pour le plaisir et un moyen d’élever la compréhension d’une population. La transmission des savoirs par les anciens devra être revalorisée.

Démographie

La fécondité naturelle d’un couple est d’une dizaine d’enfants par femme, lors qu’aucune technique de contraception n’est employée. Jusqu’au XIXe siècle, le taux de natalité et de mortalité infantile étaient très élevés. Ainsi, la moindre amélioration de la situation matérielle provoquait une rapide augmentation de la population. Les énergies fossiles et la baisse de la mortalité infantile au XIXe siècle ont permis une augmentation considérable de la population — le taux de natalité baissant après le taux de mortalité.

L’Europe connaît un taux de natalité proche du taux de renouvellement de 2 enfants par femme. La population est donc stable. Il est important que cette situation — une faible mortalité infantile et un taux de natalité proche de 2 — perdure malgré la survenue de temps difficiles. Il faut éviter le retour au l’ère malthusienne, avec ses hausses et ses baisses douloureuses de la population en fonction des récoltes.

Le régulation naturelle de la démographie passe par un ensemble d’incitations. D’une part, l’accès des femmes à la contraception et aux études supérieures — qui retardent l’âge des premiers enfants. D’autre part, la décorrélation entre le nombre d’enfants et le revenu des parents. Par exemple, les systèmes publics de retraites permettent, aux enfants de ne plus être les seuls soutiens de leurs parents dans la vieillesse.

Laïcité

Aucun changement ne doit être fait vis à vis de l’idée française de laïcité telle qu’énoncée par la loi de 1905 — Une stricte séparation de la religion avec l’État. Et dans la société, une religion à caractère plutôt privée, ne monopolisant pas toutes les relations spirituelles entre les personnes.

Rapport à la Terre et au Vivant

Le terme réducteur d’environnement est délaissé pour celui de Terre et de Vivant. Notre dépendance vis-à-vis des écosystèmes doit être intellectuellement et spirituellement compris et célébré. Il est à ce titre très probablement judicieux de faire de la Terre un « sujet de droit » envers lequel l’humanité et ses collectivités politiques ont des devoirs. Cette approche, héritée des visions du monde de peuples indigènes d’Amérique du Sud, nous permet de dépasser l’idée occidentale selon laquelle la nature est un objet neutre et exploitable sans retenu. En pratique, elle permet à des communautés isolés de faire valoir leur droit à une « environnement sain » en parlant « au nom des droits de la Terre ». Un nouveau rapport au vivant passe simplement aussi par la fin de l’élevage industriel et le retour d’un élevage digne des animaux. Celui-ci s'inscrit dans un refus du réductionnisme de « l'antispécisme », qui entend prolonger la séparation occidentale entre l'humain et les animaux en voulant les exclure de ses activités et de son alimentation - ce que ne font pas les tribus animiste d’Amériques du Sud, qui respectent les équilibres de la Terre et des animaux sans s'interdire de les tuer et de les manger : ces peuples ont un rapport bien plus complexe, équilibré et subtil au Vivant.

Les loisirs et la fête

Puisque nous ne consommons plus à outrance, ni ne travaillons plus pour une croissance absurde, nous nous réaliserons dans la participation démocratiques et dans les loisirs. Nous avons eu une société de guerre de tous contre tous, nous voulons une société de tous avec tous. N’oublions pas que nous allons passer par des temps très difficiles, et qu’il faudra de fréquents moments de réjouissance pour se réconforter et continuer à faire société.

une Constitution Alternative

Ce texte est une Constitution Alternative proposée pour une autre République. Loin d’être figé et fixé, ce texte a pour vocation d’inspirer le mouvement d’émancipation — et de démontrer son caractère réaliste. Vous pouvez proposez à ce titre critiques et améliorations

à l’adresse : alter-constitution@protonmail.com

[…] abrégé, figure dans le texte complet

Conclusion

Arrivés à la fin du texte, nous pouvons affirmer fièrement une alternative absolument radicale mais pacifiste ; en propager le plan, les idées, les images. Cette ligne d’horizon est nécessaire pour la révolution qu’il faut accomplir. Le fracas de l’effondrement nous rattraperas. Mais là où les idées d’une survie solidaire, par la démocratie autonome, et par le partage des précieuses ressources de la Terre, auront été semées, nous saurons nous tenir debout.

Avec espoir, Vive la Commune !

Andéol Lê Quan Phong

Paris, février 2019

Sources

Techniques de réduction du chaos climatique

Drawdown, Paul Hawken, Domaine du possible, 2018

Collapsologie

Comment tout peux s’effondrer, Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Seuil, Anthropocène, 2015, 304 pages

Effondrement, Jared Diamond, Gallimard, Folio essais, 2009

L’Entraide, l’autre loi de la jungle, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, Les Liens qui Libèrent, 2017, 224 pages

L’âge des Low-techs, Philippe Bihouix, Seuil, Anthropocène, 2014, 336 pages

Agriculture

Permaculture, principes et pistes d’actions pour un mode de vie soutenable, David Holgrem, Rue de l’Echiquier, 2014, 584 pages

Nourrir l’Europe en temps de crise, vers des systèmes alimentaires résilients, Pablo Servigne, Actes Sud, Éditions Babel, 2014, 208 pages.

Le guide Marabout de la Permaculture, Andrew Mikolajski, Marabout, Côté Jardin, 2018, 216 pages

Démocratie et Anarchisme

Décoloniser les provinces, Michel Onfray, J’ai Lu, 2018

Le municipalisme libertaire, Janet Biehl, Écosociété, 2014

Du principe fédératif, Pierre-Jean Proudhon, Tops Eds H.trinquier, 2014

Les principes du fédéralisme, Collectif, Tops Eds H.trinquier, 2017

L’Humanitude au pouvoir, Jacques Testard, Seuil, Documents, 2015, 160 pages

Petite histoire de l’expérimentation démocratique — Tirage au sort et politique d’Athènes à nos jours, Yves Sintomer, La Découverte, Poche, 2013, 290 pages

La société contre l’État, Pierre Clastres, les éditions de minuit, 1974

Histoire

Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, Yuval Noah Harari, Albin Michel, 2015, 512 pages

Une Histoire populaire des États-Unis, Howard Zinn, Agone, Mémoires Sociales, 2003, 810 pages

Une Histoire populaire de la France, Gérard Noiriel, Agone, Mémoires Sociales, 2018, 830 pages

Futurs désirables

La voie, pour l’avenir de l’humanité, Edgar Morin, Hachette Pluriel Références, 2012, 544 pages

Petite histoire de la révolution française, Grégory Jarry et Otto T, FLBLB, 2015, 128 pages

Écotopia, Ernest Callenbach, Rue de l’Échiquier, 2018

Économie

Au-delà de la propriété, pour une économie des communs, Benoît Borrits, La Découverte, L’Horizon des Possibles, 2018, 250 pages

Commun, Pierre Dardot et Christian Laval, La Découverte, 2014, 400 pages

Le Capital, Karl Marx, Verlag von Otto Meisner, 1867

Repenser la pauvreté, Abhijit V. Banerjee, Esther Duflo Les Livres du nouveau monde, 2012, 432 pages

Stratégie non-violente

Comment faire tomber un dictateur quand on seul, tout petit et sans arme, Srdja Popovic, Matthew Miller, Payot, 2015

Manuel de résistance contemporaine, Cyril Dion, Domaine du Possible, 2018

Blogs

La pompe à phynance, Frédéric Lordon

https://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-

Association Autogestion,

https://autogestion.asso.fr/

Low-tech Lab,

http://lowtechlab.org/wiki/Accueil

Low tech Magazine

https://www.lowtechmagazine.com/

Vers une nouvelle constitution française,

http://www.vuncf.org/

A2C, le site de l’agriculture de conservation,

https://agriculture-de-conservation.com/

PopulAction, Base d’information sur la démocratie directe et les assemblées locales d’habitants,

http://populaction.com/

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