Face à la crise que nous traversons, les jeunes cadres ont aussi un rôle à jouer.

Jusqu’à quand continuerons-nous, nous les diplômés de grandes écoles et d’universités prestigieuses, nous les jeunes cadres dynamiques du secteur publique et du secteur privé, nous les jeunes ingénieurs, chercheurs, commerciaux, consultants, managers, nous les favorisés, les privilégiés, les semi-vainqueurs de la mondialisation, nous les gens qui réussissons comme dirait le président de notre « start-up nation », plus start-up que nation dans la manière dont elle est gouvernée, à mener une vie dont les mots d’ordres sont bien-être individualiste, passivité vis-à-vis des enjeux collectifs de nos sociétés et un consentement aveugle à un système destructeur de tous les biens communs?

Victimes dès notre enfance d’une idéologie libérale transformant anthropologiquement l’Homme en un être égoïste, arrogant et méprisant, nous nous sommes enfermés dans une bulle qui flotte dans des Cieux où Dieu est désormais mort et qui s’éloigne d’une Terre où le Surhomme Nietzschéen n’est jamais né. Notre vision du monde est systématiquement ramenée à soi-même, excluant autant l’Autre que notre propre habitat commun, notre planète Terre.

Avec le contexte écologique récent, une prise de conscience gagne progressivement notre société et particulièrement les jeunes générations. Malheureusement, cela se traduit le plus souvent par des gestes « écoresponsables » individuels n’intégrant pas toujours une vision globale des enjeux politiques et sociaux-économiques associés. Quand notre modèle de société est mis en cause, il s’agit le plus souvent de désillusions sur l’épanouissement et la réalisation de soi à travers l’emploi. La solution ? Encore individualiste : conversion en coach en développement personnel, professeur de Yoga, influenceurs mode...Non pas que ces conversions soient inutiles, elles apportent du sens aux personnes et cela suffit selon moi pour les justifier.

La crise pandémique liée au Covid-19 que nous traversons aujourd’hui est une opportunité pour nous de réfléchir sur notre modèle de société capitaliste ultralibéral broyeur d’hommes et de l’environnement. Profitons de ce contexte unique pour questionner notre adhésion au culte du Veau d’Or, notre consentement à un système aveugle et aveuglant qui menace notre autonomie, notre liberté, nos prédispositions de solidarité et d’entraide, notre sens de l’engagement et enfin notre santé !

Reconsidérons le rapport de l’individu au collectif, retrouvons le sens des priorités et mettons notre qualification et nos compétences au profit de la construction d’une nouvelle société où l’accès à l’éducation est garanti pour tous, où les lits d’hôpitaux ne manquent pas, où la notion de service public comme organisation et planification collectives n’est plus combattue et stigmatisée par des intérêts individuels minoritaires, où les droits des plus précaires ne sont plus bafoués et où l’humain ne se résume plus à des calculs de rentabilité financière et à des modélisations Excel. C’est notre devoir à nous tous et particulièrement à nous les jeunes cadres, soyons dignes de nos privilèges !

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