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Billet de blog 25 mai 2020

DOSSIER MILICES: L’’ARMÉE SECRÈTE D’HAMED BAKAYOKO PRÊTE AU COMBAT EN CÔTE D’IVOIRE

Milices en Côte d'Ivoire! Dans cette seconde partie, nous parlerons du camp qui inquiète de plus en plus l’alliance Birahima Ouattara – Amadou Gon Coulibaly et contre lequel il amasse autant d’armes et déploie toute cette logistique de guerre. Il s’agit du camp du Ministre d’État Hamed Bakayoko, actuel Ministre de la Défense et ancien Ministre de l’Intérieur.

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DOSSIER : LES MILICES AU CŒUR DE LA RÉPUBLIQUE
 
2ème PARTIE : L’ARMÉE SECRÈTE D’HAMED BAKAYOKO SE TIENT PRÊTE AU COMBAT
 
Chers lecteurs,

Nous continuons notre enquête au cœur du Deep State ivoirien. Dans la première partie de nos investigations, nous avons vu comment Téné Birahima Ouattara, le frère cadet du Président Alassane Ouattara, a monté une milice de plusieurs milliers d’hommes et l’a équipée d’armes et de munitions. Nous avons également montré les photos d’une des caches d’armes de Birahima Ouattara et avons donné un aperçu de la liste des hommes et de l’armement à la disposition de ce dernier. Enfin, nous avons indiqué comment Téné Birahima Ouattara dit Photocopie avait aussi positionné ses hommes pour infiltrer les services de renseignement officiels et en prendre le contrôle.

Aujourd’hui, dans cette seconde partie, nous parlerons du camp qui inquiète de plus en plus l’alliance Birahima Ouattara – Amadou Gon Coulibaly et contre lequel il amasse autant d’armes et déploie toute cette logistique de guerre. Il s’agit du camp du Ministre d’État Hamed Bakayoko, Grand Maître de la Grande Loge maçonnique de Côte d’Ivoire (GLCI) depuis quelques années, actuel Ministre de la Défense et ancien Ministre de l’Intérieur. La troisième et dernière partie vous sera présentée demain.
 
Hamed Bakayoko voit d’un œil inquiet la folle course à l’armement à laquelle se livre le camp Photocopie - Gon contre lui. Il a suivi, grâce aux rapports des services de renseignements dont il avait le contrôle en tant que Ministre de l’Intérieur, la montée en puissance des milices privées de Téné Birahima Ouattara. D’un autre côté, il constatait la forte influence de Guillaume Soro sur l’armée. Hambak se sentait rabougri et faible. Il lui fallait rattraper son retard sur ses rivaux. Le tort du Président Ouattara et de son Premier ministre de l’époque, Guillaume Soro, était d’avoir sous-estimé la capacité de nuisance et la nocivité d’Hamed Bakayoko.
Dès les premières heures de l’installation du nouveau régime, il avait compris que pour compter dans la Côte d’Ivoire de demain, il lui faudrait s’appuyer sur une force qui lui serait dévouée. Et avec toute son énergie, il s’est attelé à la mise en place et à l’organisation de cette force. Guillaume Soro l’a compris bien tard et à ses dépens, mais le Président Ouattara semble tarder à l’admettre. Il s’y frottera tôt ou tard !
Hamed Bakayoko a entrepris patiemment la construction de sa milice privée et elle est plus complexe qu’il n’y paraît. Son organisation tourne autour d’hommes dont il s’est assuré la fidélité soit en parlant sous le maillet pour certains, soit en jurant sur le Coran pour d’autres. Une folle course au recrutement de fortes têtes s’est ouverte pour diriger ses troupes.
 
Ainsi, pour terroriser l’opposition et perpétrer des actes de barbarie contre les civils, il s’appuie sur des gros bras dont le chef est Cissoko Tidiane dit Tito. La mission de Tito est de recruter les loubards les plus violents d’Abidjan, notamment ceux d’Abobo, pour les mettre au service d’Hamed Bakayoko. Tito a ainsi recruté le nommé Sanogo Souleymane dit Soloba, un membre bien connu des syndicats de transport d’Abobo et propriétaire d’une équipe de football, le Stars Olympique Football Club dit Sol FC d’Abobo. Soloba a sous son contrôle une petite armée de loubards à Abobo. Parmi eux, il y a Keïta Bassam alias Toung Tsé bien connu des Abobolais. Ce sont les hommes de Soloba et de Toung Tsé, mis en mission par Tito, qui sont allés à Grand-Bassam pour terroriser la population, brutaliser les électeurs du candidat Georges Ezaley, casser les urnes et imposer par la terreur, la victoire de Jean Louis Moulot, le candidat du RHDP. C’était lors des municipales d’octobre-novembre 2018.
 
Le deuxième cercle de violence constitué par Hamed Bakayoko pour son compte est le groupe des Encagoulés, appelés ainsi en raison de leur mode opératoire. Les Encagoulés sont dirigés par Bazié Mathieu dit Nico, Burkinabé d’origine et autrefois alter ego de l’ancien Com’Zone Traoré Salif dit Commandant Tracteur.
Nico s’est séparé sans remords de son ami le Commandant Tracteur, pour aller faire allégeance au Ministre Hamed Bakayoko. Fort de ce ralliement, le Ministre envoya un détachement armé attaquer le domicile du Commandant Tracteur et le mettre aux arrêts. Son seul crime : avoir refusé de quitter Guillaume Soro pour lui faire allégeance.
 
Le réseau d’Hamed Bakayoko est constitué d’un autre cercle, celui dirigé par Diomandé Moussa dit Commandant Ziguéhi. Ce dernier et ses hommes sont chargés de couvrir et de sécuriser toutes les opérations illégales et trafics en tous genres d’Hamed Bakayoko. C’est le Commandant Ziguéhi qui protège les mafieux libanais et tous les trafiquants de drogue qui sont sous la protection d’Hamed Bakayoko. C’est également lui qui assure la protection des fumoirs. Cette manne sulfureuse ainsi acquise aide la générosité d’Hamed Bakayoko envers les artistes et autres personnalités publiques.
 
Le dernier cercle est celui des militaires. En prenant pour prétexte l'inertie des Forces de Défense et de Sécurité qui avaient refusé de réprimer dans le sang les « 8 400 » mutins en janvier et mai 2017, Hamed Bakayoko a réussi à convaincre le Président Ouattara de la nécessité de mettre en place une force militaire parallèle pour parer à toutes sortes de velléités de ces soldats frondeurs. Il les a présenté comme des éléments sous influence de Guillaume Soro, capables de faire, à tout moment, un coup d’État. Alarmé, Alassane Ouattara lui donna carte blanche pour agir. Les forces de l’ONUCI parties de Côte d’Ivoire, le Chef de l’État a consenti à lui céder leur site, bien approprié pour mettre en place sa stratégie. Ainsi, c’est l'ex-Hôtel Sebroko, situé sur l’ancienne emprise du quartier général de l’ONUCI à Attécoubé, qui a été retenu. Ce sera donc le lieu où Hambak va entraîner et équiper ses hommes.
Prenant appui sur le blanc-seing présidentiel le Ministre de la Défense va recruter ses hommes qui seront placés sous le contrôle du Colonel Inza Fofana, alias Grumann, Commandant du Groupement Ministériel des Moyens Généraux (GMMG) et originaire comme lui du Worodougou. Ce dernier a rapidement créé une façade appelée Unité de Lutte contre le Grand Banditisme (ULGB) dont nul ne connait avec précisions les contours et les missions, mais qui en réalité sert à masquer les activités de la milice secrète d’Hamed Bakayoko.
 
En effet, le Colonel Inza Fofana, Chef des opérations du CCDO, unité de lutte contre le grand banditisme et la criminalité urbaine, n’avait nullement besoin de créer une autre unité chargée de lutter contre le grand banditisme. L’ULGB est donc un masque pour abriter les activités suspectes d’Hamaed Bakayoko sans provoquer la colère du Général Doumbia Lassina, Chef d’État-major général des armées (CEMAG). Hambak a demandé au Colonel Grumman de travailler avec un individu sulfureux du nom de Traoré Amodi alias Amoudé, Malien d’origine.
Pendant l’opération de réunification de l’armée en 2007, Traoré Amoudé n’avait pas été retenu comme apte à figurer au sein des effectifs de l’armée nationale et avait été démobilisé. Pour affaiblir le Colonel Chérif Ousmane, contre qui il garde une haine féroce parce que ce dernier était un temps le préféré de la Première Dame, (il n’aime pas qu’on chasse sur son terrain autour du Président Ouattara), Hamed Bakayoko est allé jusqu’à obtenir une audience avec le Président de la République pour le compte du tristement célèbre Amoudé. Il a présenté ce dernier comme une panacée aux mutineries et surtout un moyen pour asseoir un contrôle définitif sur Bouaké, la ville rebelle.
 
Je voudrais ici relater rapidement les circonstances qui ont permis de rapprocher Traoré Amodi dit Amoudé et son parrain. Nommé Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité (MEMIS) en avril 2011, Hamed Bakayoko s’est dit qu’il se devait de faire ses preuves avec zèle. En effet, le Président de la République ne lui faisait pas réellement confiance pour tenir efficacement le poste, et pour cause.
L'enjeu était de taille et pour lui, toutes les stratégies étaient bonnes pour relever ce défi. Pour qui connaît Hamed Bakayoko, la fin justifie les moyens. En ce temps-là, Hambak ne pouvait s’aventurer dans le domaine militaire tenu fermement par Guillaume Soro.
 
D’ailleurs, tout le temps où ce dernier a été Premier ministre et Ministre de la Défense, aucune mutinerie n’a eu lieu et la troupe était plutôt tenue. C’est suite à son départ et à la récupération du ministère par le Président Alassane Ouattara lui-même que tout est allé à vau-l’eau. Ce dernier nomma dans un premier temps Koffi Koffi Paul et ensuite Alain Richard Donwahi comme Ministre délégué chargé de la Défense et laissa les questions opérationnelles aux mains de son petit frère Téné Birahima Ouattara. Le ministère de la Défense avait alors trois têtes : Alassane Ouattara – Téné Birahima Ouattara – Koffi Koffi Paul et ensuite Alain Richard Donwahi.
 
Profitant de certains évènements, le MEMIS Hamed Bakayoko a étendu son influence à l’Armée et mis en place une milice privée en recrutant au sein des anciens membres des Forces Nouvelles et des anciens soldats fidèles à IB. Une milice qui deviendra un véritable cauchemar pour ses opposants politiques. Voyons les circonstances qui ont favorisé la création de cette armée secrète.
 
Tout a réellement commencé en 2014. Le premier mouvement d’humeur des jeunes soldats fut vite maîtrisé et a été sans graves conséquences. Koffi Koffi Paul était alors Ministre délégué à la Défense. Profitant de ces remous, Hamed Bakayoko affirmera au Chef de l’État qu’il avait en sa possession des informations contre Guillaume Soro, qui n’était plus titulaire du poste depuis près de deux ans. Il a affirmé au Chef de l’État que connaissant le fonctionnement de « son ami Guillaume », il pouvait jurer que ce dernier n’était pas heureux de quitter tant de fonctions importantes et qu’il fallait s’attendre à ce qu’il encourage des mouvements d’humeur au sein de la troupe. À l’époque, il n’avait pas toute l’écoute du Président qui était convaincu que les rapports d’Hambak étaient mus par la jalousie. Hamed Bakayoko procéda alors par la stratégie de l’encerclement et de l’épouvante !

CHRIS YAPI NE MENT PAS.

(LA SUITE DEMAIN 26 MAI 2020)

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