Portfolio

Offrons à nos élèves les clefs de compréhension du monde et de ses complexités...

Lorsque nous parlons de l'avenir du monde, c'est l'avenir de nos ELEVES que nous évoquons... Beaucoup ont tendance à l'oublier...
  1. "...Il peut être impossible de motiver positivement un élève qui a le sentiment d'aller à l'école, comme d'autres entrent dans une prison. Tel était mon cas. Même si ce terme va à nouveau vous fâcher, un enseignant a inévitablement aussi une fonction de maton !" Elysium (lu sur un forum).

    S'il n'est pas totalement faux de dire que certains élèves vont à l'école contraints et forcés (Par qui ? Par les professeurs ?), que certains professeurs se comportent en matons (avec des élèves qui parfois ont un comportement de taulards... On tourne en rond comme dans une cour de promenade...), l'immense majorité des enseignants de ce pays, et mes différentes rencontres et réflexions partagées m'ont amené à en interroger des centaines depuis 20 ans, est composée de femmes et d' hommes admirables qui n'ont qu'un seul "tort :

    être amenés à enseigner des matières dont les contenus présentent DES complexités qui évoluent, HORS l'école, quasi mensuellement, voire plus rapidement encore dans certains domaines...

    D'où un décalage absolument ahurissant entre l' "intérieur" et l' "extérieur", entre l'Ecole (au sens large et institutionnel) et le monde (au sens large aussi). Un monde que les élèves, devenus adultes, ne maîtrisent absolument pas, tant l'Ecole prend, peu à peu, de retard sur sa complexité. S'il n'est pas inutile de parfois ralentir , de s'éloigner du monde tel qu'il va (trop vite!), il est impératif de donner à l'école et à nos élèves TOUS les moyens nécessaires pour leur faciliter l'entrée dans le monde par la bonne porte: celle des compréhensions. Pas-à-pas et sans précipitation ni aliénation, via les officines douteuses vendant des devoirs de vacances comme d'autres des "chouchous" sur les plages surpeuplées du sud-est... Celles et ceux qui ne possèderont pas ces clefs verront le "train du monde" leur passer sous le nez. Ils seront alors d'éternels spectateurs.

    Et ce n'est pas parce que vous confierez un ordinateur à chaque élève de France que vous progresserez pour autant avec eux. L'ordinateur ? Mais c'est DEJA totalement intégré, voire dépassé, même s'il existe encore des familles privées de cet outil. Utiliser l'informatique (et les moyens techniques qui vont avec: ordinateurs, TBI, tablettes et j'en passe), soit! A condition de s'en servir pour enseigner des contenus qui soient autant d'outils offerts aux enfants, à TOUS les enfants, et leur permettant de posséder les clefs de compréhension, donc d'acquisition, d'un monde dont la complexité - LES complexités?-  est d'un tout autre ordre que celles d'hier.

    Entre le questionnement sur un robinet qui fuit ou sur l'explication d'un extrait de texte d'Hugo à "diviser en trois parties" (on a tous fait ça étant élèves dans les années 70/80 !) et les questionnements sur les problêmes de macro et micro économie, sur l'influence des Etas-Unis dans le groupe ALENA (en 3ème !), sur la place du narrateur coupé ou pas de la situation d'énonciation (en 4ème !), sur les différents acteurs du développement durable (en 5ème !), sur les mutations de l'économie française ces 50 dernières années (en 3ème !), sur les causes et conséquences de la faim dans le monde sub-saharien (en 6ème !), il y a un univers entier... Et je passe sous silence les énoncés d'exercices de mathématiques ou de sciences physiques...

    Tout ce que je viens d'énumérer, pour être très contemporain, est, ou sera très vite, totalement dépassé, notamment en matière économique, scientifique, géographique, physique, chimique et même mathématique me confiait récemment un mathématicien très en "lumière"... Quant à la littérature, il faudra m'expliquer en quoi le fait d'étudier Hugo et La Fontaine (ce dernier souvent TRES MAL expliqué d'ailleurs, les Fables étant présentées encore parfois et trop souvent comme de petites comptines moralisantes...), auteurs absolument nécessaires, ne pourrait être accompagné de l'étude d'auteurs contemporains comme Houellebecq ou Sollers (en lycée... je cite ces deux-là par goût certes personnel mais on pourrait en citer cent autres)... Loin de moi l'idée d'abandonner les classiques ! Ils sont incontournables ! A condition d'entrer, grâce à eux, dans le XXIème siêcle... Le propre des génies littéraires étant d'avoir toujours anticipé et donc d'autoriser cette projection vers demain par leur intermédiaire !

    Souvent on veut reproduire l'école d'hier, celle que nous avons aimée (je parle de l'école des années 60/75 dans mon cas), ou celle dont n'avons retenu QUE les bons souvenirs. Mais on ne refait pas l'Histoire à l'image de nos RE-constructions mentales. L'école a TOUJOURS émancipé, projeté, anticipé. Aujourd'hui elle reproduit, plus ou moins mal, les échecs et les inégalités d'une société car les décideurs politiques n'ont pas eu, lorsqu'ils auraient pu et du le faire, le COURAGE de la faire basculer VERS l'avenir! La faire basculer vers l'avenir, non pas pour s'y conformer sans recul, mais bien au contraire pour FORMER des citoyens capables d'exercer ensemble une influence sur ce monde, capables de le comprendre, donc de le maîtriser! Les réformes en cours, aussi perfectibles soient-elles, sont une chance à SAISIR! Et sans ralentir cette fois!...

    Lorsque nous parlons de l'avenir du monde, c'est l'avenir de nos ELEVES que nous évoquons...

    Beaucoup ont tendance à l'oublier...

    Christophe Chartreux

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.