lettre au premier ministre

Je suis une simple citoyenne qui ressent le besoin vital d'exprimer son point de vue sur les choix des hommes politiques face à la covid-19. J'ai cherché le moyen d'agir et le seul que j'ai trouvé est celui de m'exprimer tout simplement. Voilà pourquoi j'ai adressé une lettre au premier ministre et que je voulais la publier pour me libérer d'un poids, celui du silence.

le 29/10/2020,

Monsieur le ministre,

 

Voilà plusieurs mois que la population mondiale vit au rythme de l’épidémie de coronavirus avec des déclinaisons très différentes, d’un pays à un autre, des mesures envisageables.

Malheureusement, en France, les mesures prises sont très autoritaires, laissent peu place au débat et s’appuient exclusivement sur les sanctions (privation de liberté, masque imposé, amendes…). La communication faite aux citoyens se fait exclusivement par le biais des médias ce qui occasionne forcément un problème d’accès à l’information puisque nous ne faisons pas tous le choix de l’audio-visuel qui a une objectivité contestable.

Les informations données sont parcellaires et à charge. Les chiffres, les données, les témoignages véhiculées de manière intempestive ne génèrent que la peur et laisse peu de place à la réflexion et l’analyse. Elles ne font que culpabiliser la population qui ne serait pas assez sage et raisonnable. Or, depuis le début de cette épidémie, qu’a réellement fait le gouvernement ?

Revenir sur la politique d’austérité qui frappe la France depuis des décennies maintenant ? Aller chercher l’argent où il se trouve (taxation sur les transactions financières, retour de l’ISF par exemple) et équiper correctement les hôpitaux  au niveau matériel et humain pour éviter une surcharge des services de réanimation et obliger un personnel déjà à bout à choisir les personnes à soigner ? Lutter contre les ambitions folle de l’humanité qui réduit de plus en plus la frontière entre les milieux sauvages et les milieux « civilisés » et qui nous aurait peut-être mené à ce virus ? Limiter les déplacements internationaux qui ralentiraient d’éventuelles propagations de virus d’un état à un autre, tout en luttant contre le réchauffement climatique qui me semble pourtant une menace bien plus sérieuse en terme de mortalité que cette épidémie, et pour qui soit dit en passant, les états ne font rien ou si peu au regard de la gravité de la situation ?

Dans une démocratie, la population n’attend pas une figure paternelle qui déciderait à sa place en bon chef de famille. Une démocratie est plus forte si le débat est riche, éclairé et indépendant. A mon sens, les débats auxquels nous avons sans cesse droit manque d’intellectuels, de personnes de tous les horizons. Les mêmes discours sont assénés continuellement comme des vérités sans que quiconque ne s’y oppose réellement car les seuls opposants sont la plupart du temps tournés en ridicule, choisis pour leurs propos extrêmes.

Dans une démocratie, un homme élu avec si peu d’électeurs en réalité (si on tient compte bien sûr du taux d’abstention, des blancs et de la nécessité de responsabilité que ressentent une majorité d’électeurs lorsque le Rassemblement national est au second tour !) ne devrait pas avoir le droit d’abuser de ses pouvoirs sans aucun débat démocratique, sans que l’avis des citoyens ne soit consulté. Les citoyens sont infantilisés, au mieux, si ce n’est pris pour des imbéciles incapables de penser par eux-mêmes. A l’heure où, à juste titre, vous et votre gouvernement défendez la liberté de parole, la parole des citoyens est peu libre, sans cesse entravée,  si souvent mal traitée par les mêmes qui défendent la liberté d’expression, lors de mouvement de contestation notamment.

Je ne nie pas la gravité de la maladie pour certaines personnes et je trouve merveilleux ce que font les personnels soignants, la réorganisation qui a lieu, la solidarité entre les services, entre les hôpitaux, les cliniques, d’une ville à une autre, les échanges du milieu médical au niveau international. Cela dit, je trouve contestable d’en oublier tous les autres maux qui touchent la population. Les conséquences sont désastreuses pour les personnes atteintes de cancer, les personnes en attente de greffes, d’opérations nécessitant une réanimation, les personnes qui souffrent de troubles psychiques.

Quelles conséquences auront cette privation d’aller et venir, de rencontrer ses semblables, de faire du sport, d’aller dans les lieux de culture sur une population qui subit déjà tant de contraintes, tant de privation ?

Quelles conséquences les désastres engendrés par les choix du gouvernement auront sur les jeunes générations au niveau économique et social ? Des personnes qui n’auront pu s’instruire normalement, se socialiser librement, entrer dans le monde du travail sereinement ? Mes enfants ont déjà un avenir si incertain compte tenu des choix irresponsables qu’ont fait les responsables politiques depuis une trentaine d’années au moins, installant le capitalisme durablement malgré les conséquences désastreuses sur l’environnement (la chute de la biodiversité, l’impact sanitaire dû à une mauvaise qualité de l’air, de l’eau, à l’utilisation de produits toxiques, les catastrophes naturelles et leur mouvement de population et tant d’autres), sur l’égalité entre les hommes au niveau national et international, sur la fraternité entre les hommes. Ils ne se rappellent déjà même plus le monde d’avant le coronavirus, d’avant toutes ces contraintes.

J’ai commencé ce courrier il y a une semaine, et voilà qu’hier M. Macron prenait la parole pour justifier ces choix plus que contestables au regard des différents points que je viens déjà de citer et ajouter à nouveau des contraintes à un quotidien déjà bien difficile.

Voilà plusieurs mois que nous étouffons derrière notre masque pour aller travailler, que nos enfants étouffent derrière leur masque (et maintenant même les enfants à partir de 6 ans !) pour aller s’instruire. Et je ne parle pas des autres lieux fermés où nous devons le porter mais pour un temps moins long. Apparemment, c’est pour respecter les valeurs de la France, celle de la solidarité, vis-à-vis de nos aînés. Et nos aînés alors, ne doivent-ils pas être solidaires pour que leurs enfants et petits-enfants puissent vivre leur vie ? La solidarité, valeur magnifique, et pourtant si malmenée depuis de longues années.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce que je ne supporte plus de vivre de cette façon et d’imposer tant de contraintes à mes enfants alors que je réprouve vos choix et de ne pouvoir l’exprimer. Selon l’expression qui ne dit mot consent, c’est pourquoi je vous le dis : non, je ne suis pas d’accord avec la gestion de cette épidémie.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est également parce que comme notre président nous l’a rappelé hier soir, il y a plusieurs façons de gérer cette épidémie et il me semble que parfois il pourrait consulter la population. Un référendum ou autre moyen de consultation aurait pu être organisé pour que chaque citoyen puisse s’exprimer sur des questions si essentielles.

Beaucoup de citoyens acceptent l’idée que vivre sans liberté, ce n’est pas vivre. Beaucoup de citoyens acceptent l’idée que vivre comportent des risques, celui de tomber malade et même gravement.

Beaucoup de citoyens acceptent l’idée que vivre c’est également mourir.

Beaucoup de nos aînés préfèrent vivre en voyant leurs enfants et petits-enfants, en pouvant les embrasser que vivre loin d’eux.

Beaucoup d’aînés acceptent qu’ils aient vécu leur propre vie et que ce soit aux jeunes de vivre la leur… librement.

 

Je vous souhaite une belle journée,

 

Une citoyenne qui ne parvient pas à se résigner.

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