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Billet de blog 9 juin 2013

Civilisation ou barbarie ? Un monde plus doux est possible !

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Un monde plus doux est possible !

Civilisation ou barbarie ? ou pour le dire autrement : Destructructivité (façon E Fromm) ou développement des "instincts sociaux" (façon Darwin) ? Posons pour sortir de l'idée hobbesienne et spencérienne que "l'homme est un loup pour l'homme" qu'un monde plus doux et plus solidaire est possible pour les humains de bonne volonté ! Il faudrait alors choisir, d'après Jean Ziegler entre Raison d'Etat et raison solidaire, celle des peuples-classe travaillant pour le bien commun. Vive l'altermondialisme !

Pour la construction d'un tel monde à partir de celui-ci, il n' y a pas que les fascistes et les personnes autoritaires à montrer comme objet d'une nécessaire réduction de leur pouvoir de nuisance ! Il faut certes relire ici la "psychologie de masse du fascisme" de Jean-Marie Brohm (1). Mais, du fait d'une "certaine "banalité du mal" nous sommes en quelque sorte tous concerné, bien que de façon très inégale puisque, bien évidemment, ceux et celles qui sont en position très dominante dans les divers rapports sociaux, sont les plus concernés. Ce sont pourtant eux qui tendent à échapper aux contrôles de la société.

Pour reprendre le propos d'un médiapartien (2), "Nous disposons aujourd'hui de toutes les analyses nécessaires pour pouvoir transformer la société en un monde plus "doux" et plus "civilisé. Toutefois, nous voyons bien avec les manifestations contre le mariage et ses expressions fascisantes qu'il y a, et qu'il y aura encore longtemps, des forces autoritaires, conservatrices, nostalgiques d'un État paternaliste à "tendance totalitaire" en France. Une partie de la bourgeoisie essaie d'instrumentaliser cette fraction radicale des classes populaires pour l'opposer à la frange la plus progressiste." Car effectivement dans la société, si l'on veut bien oublier un instant les rapports sociaux qui la clivent, on peut distinguer celles et ceux qui tendent vers le bien, vers le développement humain de tous et toutes, vers plus de justice sociale, vers plus d'émancipation humaine de celles et ceux qui ne cessent de pencher vers la régression, vers Thanatos .

Humanisation du monde !

C'est Erich Fromm qui recommandait dans un de ses livres de se garder de la "dureté de coeur" contre autrui. Cela ne concerne pas que les relations interpersonnelles dans ou hors travail car il faut penser surtout aux dispositifs juridiques et techniques qui durcissent les rapports sociaux sous prétexte de crise . Il est encore plus vrai aujourd'hui que jadis que le monde néolibéral récompense honteusement les rentiers et actionnaires et vénère les puissants constitués en oligarchie politico-financière alors qu'il se montre de plus en plus sans pitié à l'égard des plus faibles, des moins productifs.

La conception frommienne de l'être humain productif.

Erich Fromm, toujours, défendait l'idée qu'un être humain sain était productif. Il n'a pourtant jamais dit qu'il fallait produire beaucoup, n'importe quoi et n'importe comment ; non pas dans le seul sens d'une production de "qualité" - thème défendu par le management privé ou public et par les usagers et consommateurs - mais pour produire en respectant les humains et la nature. On en est loin! Bien au contraire, Erich Fromm fut un critique de la rentabilité à tout crin. De la technique aussi, quoique ici moins que d'autres.

Aujourd'hui, s'il était avec nous, il défendrait sûrement a production de valeurs d'usage écologiques contre le capitalisme productiviste. Il défendrait la RTT et le travail pour tous et toutes contre le travaillisme. Aujourd'hui, les affairistes font pression sur les politiques pour qu'ils instituent une retraite à 65 ans et un retour aux 39 heures de travail hebdomadaires. Le tout avec une masse salariale moindre et des profits plus colossaux pour la minorité des gros entrepreneurs! Contre l'Etat social issu des Trente glorieuses qui avait tenté un monde tout relatif de justice sociale au sein du capitalisme l'oligarchie néolibérale a construit un monde férocement inégalitaire, un monde de prédateurs contre les peuples-classe et la nature.

La critique du fétichisme et de la réification des êtres humains.

Avec Alain Bhir il nous faut aussi critiquer les dispositifs juridiques et techniques qui non seulement durcissent les rapports sociaux comme indiqué plus haut mais surtout se placent en surplomb des peuples-classes et des travailleurs et travailleuses. Ces dispositifs sont fétichisés, ie respectés comme des personnes (ou des dieux) ce qui a pour pendant de réifier les humains plus soumis, de les transformer en choses, en objet inerte, nécessairement docile. Cette critique mérite des précisions car certains dispositifs fiscaux ou sociaux sont nécessaires car ils sont une contrainte vers plus de justice sociale alors que d'autres non. D'ou la nécessité de disposer de quelques notions sur la justice sociale (3 ). Et d'étudier au plus près les dispositifs que les experts aux ordres de l'oligarchie nous préparent.

Pour des dispositifs durs, il faut des autorités dures!

Ici, au lieu de partir de la domination ou de la réification (au sein des processus de fétichisation comme ci-dessus) pour aller vers l'émancipation il va s'agir de partir de l'autorité (et de l'autoritarisme) pour aller encore et toujours vers l'émancipation. L'autorité n'est pas, comme on pourrait le croire, une "catégorie pauvre parce que trop englobante". C'est Katia Genel (4) qui le remarque à la lecture des théoriciens de l'Ecole de Francfort, qui "loin d'en faire un usage imprécis, cherchent à la définir à l'écart de la domination et de la contrainte".

C'est sur ce fil de pensée que j'ai évoqué, fort modestement, le sexoséparatisme musulman autoritaire en différence de la domination ou de la contrainte diffuse qu'il peut d'ailleurs promouvoir aussi à l'instar d'autres modes de dominations repérables ailleurs à propos des normes de la publicité, de la télévision etc...

L'autorité est à la croisée des chemins dit K Genel car elle mobilise aussi bien des connaissances issues du marxisme, que de la psychanalyse ou de la philosophie politique. Dans une théorie matérialiste elle renvoie à un mode de répartition du commandement et de l'obéissance. Le freudo-marxisme y inclura avec Freud l'intériorisation de la loi ou des normes sociales pour comprendre l'attachement psychique à la domination . Il s'agit là d'ouvrir des pistes pour sortir ce que l'on a appelé jadis la "servitude volontaire".

En analysant les phénomènes de servitude volontaire, de soumission à un chef, d'autorité dans la famille et dans la culture de masse, tels qu'ils se manifestent sous les yeux, les théoriciens critiques s'intéressent en fait aux différentes formes que peut prendre l'intériorisation de la domination sociale. Leur critique de l'autorité fait apparaitre les facteurs psychiques, sociaux, et politiques qui assurent la reproduction d'un ordre social irrationnel et barre la voie à l'émancipation. (couverture)

Christian DELARUE

1) Sur la psychologie de masse du fascisme

http://1libertaire.free.fr/Brohm02.html

http://www.anti-rev.org/textes/Brohm00a/

2) Propos d'un médiapartien in L'essence du fascisme et du totalitarisme

http://blogs.mediapart.fr/blog/habitus/270513/lessence-du-fascisme-et-du-totalitarisme

3 ) Justice sociale lire : Inégalités et exigences de justice sociale en France - Note C Delarue

http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article2752

4) Autorité et émancipation , de Katia Genel - France Culture

http://www.franceculture.fr/oeuvre-autorite-et-emancipation-de-katia-genel

Le plan de son livre : "Autorité et émancipation" Ed Payot 2013

1 - L'autorité, un objet central du programme de la Théorie critique

 2 - Le sujet psychique de l'autorité. Anthropologie, socio-psychologie et psychanalyse dans la Théorie critique;

 3 - Les enjeux politiques de la critique de l'autorité. La place de la politique et du droit dans la Théorie critique

 4 - L'autorité, entre critique de la culture, théorie esthétique et théorie de la connaissance

 5- L'actualité de la critique de l'autorité, L'école de Francfort et ses successeurs

 Un excursus aborde les rapports entre l'école de Francfort et Arendt (qui a une définition différente de l'autorité)

Lire aussi :

L’approche sociopsychologique de Horkheimer, entre Fromm et Adorno

http://asterion.revues.org/1611

Horkheimer, théoricien de l’autorité sociale | Humanite

http://www.humanite.fr/tribunes/horkheimer-theoricien-de-l-autorite-sociale-518417

Editions Allia - Livre - Études sur la personnalité autoritaire cf Adorno

http://www.editions-allia.com/fr/livre/296/etudes-sur-la-personnalite-autoritaire

nb) Au fond, l’expression d’Ecole de Francfort est trompeuse. Le programme de recherche original du courant chaud de la Théorie critique qui nous intéresse -et dont Jürgen Habermas se souvient manifestement très mal- a été ébauché dès 1922 : « Grève de masse, sabotage, vie internationale du syndicalisme, analyse sociologique de l’antisémitisme, marxisme, parti et masse, modes de vie des différentes couches de la société… » (Projet de l’Institut de recherche en sciences sociales de Francfort). En ce sens, nous ne définissons pas les thèmes qu’il s’agirait d’exposer, mais les sujets viennent plutôt à nous, à travers l’actualité lancinante ou par un manque de compréhension, ressenti par le collectif de rédaction. Au fil de la dizaine de publications de Variations, sorties en librairie et accessibles ici, nous avons abordé la troisième voie, le nouvel esprit du capitalisme, l’actualité de la Théorie critique, la question de la répression, le mouvement social, les frontières de la politique.

in VARIATIONS - Revue internationale de théorie critique

http://theoriecritique.free.fr/

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