La fin du sexo-séparatisme prémoderne : de nouvelles violences contre les femmes

Evolution du patriarcat.

A GIDDENS et LA FIN DU SEXOSEPARATISME PREMODERNE :

DE NOUVELLES VIOLENCES MASCULINES CONTRE LES FEMMES.



C'est Anthony GIDDENS qui signale ce changement de la violence contre les femmes dans "Les transformations de l'intimité" (p152).

"Dans les cultures prémodernes, le contrôle des hommes sur les femmes ne se fondait pas principalement sur la violence qu'ils exeçaient à leur encontre. Cette domination était en effet assurée avant tout par le "droit de propriété" qu'ils détenaient traditionnellement sur elles, associé au principe de la stricte séparation  des sphères respectives. Si les femmes se trouvaient très souvent exposées à la violence masculine, notamment au sein du foyer, elles n'en demeuraient pas moins préservées des champs de bataille sur lesquels les hommes s'infligeaient les uns aux autres les pires violences. Voilà qui explique pourquoi, au sein du développement prémoderne de l'Europe, le viol prospérait "essentiellement dans les marges, aux frontières, dans les colonies, dans les états de guerre comme de nature "
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Pourtant, dans ce type précis de circonstances, il était assez rare que la violence s'exerce spécifiquement sur les femmes. Dans ces "marges", c'était la violence en générale qui était extrêmement prononcée, et le viol ne constituait qu'une activité parmi d'autres formes innombrables de brutalité et de massacres, impliquant avant tout des hommes aussi bien sous la forme des bourreaux que des victimes. Il était caractéristique de telles situations marginales que les femmes ne se trouvaient pas séparées des domaines masculins, comme c'était traditionnellement le cas, et que les hommes n'étaient pas en mesure d'assurer leur sécurité.

Dans les sociétés modernes, les choses sont tout à fait différentes. Désormais, les femmes travaillent et vivent dans des cadres publics et entièrement anonymes bien plus fréquemment que jamais auparavant, et les divisions "séparées et inégales" qui isolaient jadis les deux sexes l'un de l'autre se sont largement effondrées. C'est pourquoi il est bien plus logique à notre époque qu'il ne l'était autrefois de présupposer que la violence sexuelle exercée par des hommes est devenue un moyen de contrôle sexuel. En d'autres termes, une grande part de la violence sexuelle masculine provient à présent de sentiments d'insécurité et d'échec plutôt que d'une perpétuation sans encombre de la domination patriarcale.

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in La transformation de l'intimité

Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes. par Antony GIDDENS

Ed Le Rouergue / Chambon - 2004

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