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Billet de blog 14 janv. 2021

Le CLASSISME de Warren Buffett et des riches classes dominantes.

Le CLASSISME de Warren Buffett et des riches classes dominantes.

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Le CLASSISME de Warren Buffett et des riches classes dominantes.

Guerre de classe des classes dominantes contre chaque peuple-classe avec double exploitation, celle de la force de travail humain et celle de la nature, dont le carnisme, l’extractivisme, etc.

Warren Buffett est connu pour sa fameuse formule (1) évocatrice du « classisme » : « La lutte des classes existe et que ce sont les riches qui sont en train de la gagner » et ce dans de nombreux pays, pas qu’aux Etats-Unis ou le « we are the 99% » a fait émerger la nécessaire lutte de chaque peuple-classe contre le 1% et ses classes dominantes. Ce classisme a donc été porté par des femmes et des hommes (surtout des hommes) beaucoup moins riches que lui mais néanmoins très en guerre de classe des riches contre le peuple-classe de chaque pays et surtout contre les prolétaires des 99% qui vendent leur force de travail pour vivre.

I - Classisme multiforme

Le classisme n’est qu’un aspect de la domination. Mais la domination de classe est très importante partout . L’immense majorité des sociétés dans le monde, dont celle française, sont des sociétés de classes, au sens où coexistent en chacune des groupes sociaux inégalement dotés et ayant des intérêts objectivement divergents et même franchement opposés car si certains gagnent, c’est très souvent parce que d’autres perdent. Et c’est la République sociale qui s’efface, faute de gauche digne de ce nom pour la construire !

Le classisme est tout à la fois mondial et national. Sur le temps long de ces 40 dernières années, ce pouvoir de classe au profit d’une minorité tant au plan mondial qu’au plan national correspond à ce qu’on a appelé la « thatchérisation du monde » (2).

Le classisme, n’est pas que politique de casse de l’Etat social, casse des statuts protecteurs des travailleurs et travailleuses du public (casse du statut de la Fonction publique - FPE, FPH, FPT) et du privé (code du travail), casse des législations de l’aide sociale ou du logement social, il est aussi propos méprisant ou stigmatisant « de classe » (ex de Macron contre des gens de classe modeste - gilets jaunes). Il faut donc retenir ces deux sens et pas qu’un seul. Mais un langage faussement reconnaissant comme « technicienne de surface » peut très bien accompagner une pratique managériale très dure sur les conditions de travail : le nombre élevé d’heures, l’intensité du travail, la faiblesse des salaires, bref les paramètres classique de l’exploitation de la force de travail.

Concernant la « lutte des classes » et notamment l’idéologie et les pratiques des classes dominantes : Comme le dit Vincent Gaulejac à propos de cette formule de Warren Buffet (sur Atlantico en 2012 sous le titre « Warren Buffett a-t-il raison quand il affirme que la lutte des classes existe et que ce sont les riches qui sont en train de la gagner ? » ), « la lutte des places n’a pas effacé la lutte des classes ». La lutte des places se voit certes plus aisément que la lutte des classes, souvent cachée, pas toujours, sous la surface de l’eau de l’iceberg : il faut donc un minimum d’esprit critique pour aller la saisir sous ses multiples formes. Car comme le racisme et le sexisme le classisme se déploie sous des formes diverses non réductibles à des injures de mépris social . Ce mépris social n’est qu’un aspect du classisme, juste ce qui se voit au-dessus de la surface de l’iceberg.

Au plan des conséquences, les inégalités économico-sociales issues du « classisme » sont très importantes : les riches sont beaucoup trop riches et les pauvres, trop pauvres .

Les riches et les grands propriétaires de moyens de production et de distribution (grand capital) ne cessent d’accumuler des richesses depuis plusieurs décennie : nous renvoyons là soit à ce que les économistes critiques (ATTAC, CADTM, Fondation Copernic, Economistes attirés, etc) nomme le néolibéralisme, soit à ce que syndicalistes et autres chercheurs nomment la « thatchérisation du monde » .

II - Bien positionner les riches : pas que les milliardaires, ni trop bas.

A noter que plus les revenus sont importants, plus la source se « financiarise » et est liée au patrimoine et non plus à l’activité professionnelle.

En-haut : Les riches ce ne sont pas que les ultra-riches, soit les milliardaires et les patrons sur-rémunérés du CAC 40, mais l’ensemble des riches du 1% d’en-haut de chaque pays ou nation. Le 1% est donc lui-même divisé sur deux plans : « horizontalement » pour montrer une stratification interne des niveaux de richesse et « verticalement » - d'ou le pluriel à "classes dominantes" - pour distinguer des types de pouvoirs, de statuts, pouvoir de gestion et de commandement ou pouvoir de propriétaire de biens de production (groupe d’entreprises ou une seule entreprise capitaliste).

En-bas : Les riches ne sont pas les gens aisés  : François Hollande a pu dire qu’on était riche au-dessus de 4000 euros par mois (soit environ les au-dessus des 95% ). Ce niveau de revenu mensuel, sans regarder le contenu du patrimoine indique juste l’appartenance aux « gens aisés » et pas des riches. La barre des 90% est un peu plus bas vers les 3400 euros par mois. Si vous êtes payés plus de 3 400 euros (soit environ 2 X le salaire médian), vous appartenez aux 10% les mieux rémunérés. Pour faire partie du gratin – les 1% les mieux payés –, il faudra afficher - pour un célibataire - une feuille de paie supérieure à 7 817 euros par mois (en 2016 nouvelobs-rue89).

Ce niveau de revenu, vers 3500 euros par mois, peut s’accompagner d’un défaut de bien immobilier (pas de propriété immobilière) et d’un défaut de revenus financier (portefeuille d’actions inexistant ou très faible). Ce niveau de revenu peut aussi intervenir tard dans la carrière et donc être source d’une faible accumulation dans le temps (épargne réelle mais pas importante). Il importe donc, au regard de ce cumul de faits, de ne pas amalgamer gens aisés et les riches du 1%. Les individus appartenant au dernier décile, le 10% (sauf le 1%) forme lui un groupe hétérogène des « gens aisés » bien différent des riches du 1%. On trouve ici aussi bien des cadres moyens et supérieurs que des patrons d’entreprises que des professions libérales . Le fait d’être en général propriétaire (pas toujours, pas tous) de sa résidence principale voire d’une résidence secondaire en plus (pour les 5% d’en-haut surtout pas exclusivement) et surtout de ne pas connaitre les fins de mois à zéro ou presque signe l’appartenance à cette tranche économico-sociale qui bénéficie d’une solvabilité certaine dans les rapports sociaux de consommation, donc face aux marchés des biens et services.

Polémique sur les propos de Holland - Vidéo Dailymotion
Avec intervention de feu Bernard Maris
https://www.dailymotion.com/video/xz7gm

III - Comportement politique : le dernier décile fait-il bloc social avec le 1% ? 

Politiquement une fraction de cette strate sociale sert de classe d’appui aux riches du 1% et vote à droite (droite ici comprise comme droite de l’argent, de la libre entreprise, du marché concurrentiel avec peu d’Etat sauf policier-répressif, pas droite conservatrice en moeurs). Une autre fraction de cette strate subit la « thatchérisation du monde » et vote à gauche . Comme il y a des gauches , c’est difficile de préciser. Le PS relève d’une gauche intra-systèmique au sens ou elle veut une République sociale et laïque « intégrée » , comprenez qui ne remette pas en cause le système capitaliste dominant et sa logique de rentabilité et de profit quasi-généralisé. Les services publics et la Sécurité sociale sont en principe intégrés à cette République sociale ainsi que le principe de justice fiscale avec « moins pour en-haut et plus pour en-bas » et notamment les impôts sur les grandes fortunes et la lutte contre les paradis fiscaux. L’ESS (économie sociale et solidaire) est aussi intégré mais quid d’une nouvelle RTT à 30 heures hebdomadaire sans perte de salaire pour les 99% d’en-bas. Qu’en pensent Martine Aubry et les socialistes ayant défendus les 35 heures dans les années 2000 ? La "décroissance matérielle et énergétique »qui suppose une certaine planification ainsi quel’a défendu par exemple Aurélie Trouvé porte-parole d’ATTAC (cf 3 - Entretien de 2019 sur la société post-capitaliste avec des journalistes de Regards - PJ et PPV) ne semble pas être portée par toute les gauches.

IV - Sur la volonté de réduire par la loi les écarts de rémunérations

Ou ? Partout ou que dans le public ? 
Quel niveau ? Avec un rapport de 1 à 20 (fréquemment posé) mais souvent vu comme insuffisant d’ou d’autres propositions : de 1 à 15 voire de 1 à 10 et donc si, par exemple le minimum de rémunération mensuelle est 1000 euros alors le maxi sera 10 000 euros.

La question s’est posée en 2012 pour les entreprises publiques avec une proposition de loi tendant à encadrer les écarts de rémunération au sein des entreprises publiques et privées (http://www.senat.fr/leg/ppl11-543.html)
Laurence Parisot, pour le MEDEF, a souhaité que cette mesure ne concerne que les entreprises publiques, ce qui est notoirement insuffisant, eu égard à l’ampleur des revenus indécent

Yvan du Roy en novembre 2013 signale que : "le gouvernement français a décidé en juin 2012 d’encadrer les rémunérations des dirigeants des entreprises publiques, sur une échelle de 1 à 20 comparé au salaire moyen. Soit 450 000 euros maximum – 37 500 euros par mois – pour les PDG d’Areva, d’EDF ou de La Poste. Promise par François Hollande avant son élection, la mesure est entrée en vigueur en 2013. Nos voisins suisses pourraient même aller plus loin encore, puisqu’ils doivent se prononcer par référendum populaire, le 24 novembre prochain, sur une restriction de l’écart des salaires au sein d’une même entreprise de 1 à 12.

in « Ecarts de rémunérations entre salariés et PDG : quelles sont les entreprises françaises les plus inégalitaires ? » sur Basta !
https://www.bastamag.net/Ecarts-de-remunerations-entre

Le grand écart des rémunérations entre salariés et patrons à travers le monde
https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/11/23/20002-20131123ARTFIG00235-le-grand-ecart-des-remunerations-entre-salaries-et-patrons-a-travers-le-monde.php

L’Assemblée renforce l’encadrement de la rémunération des patrons
https://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/05/26/25001-20160526ARTFIG00156-l-assemblee-se-penche-sur-l-encadrement-de-la-remuneration-des-patrons.php

Hollande face à la baisse de la rémunération des grands patrons du public
https://www.bfmtv.com/politique/elysee/hollande-face-a-la-baisse-de-la-remuneration-des-grands-patrons-du-public_AN-201205120010.html

La démesure des rémunérations patronales, et ce qu’il y a derrière - Olivier Petijean - octobre 2020 - Observatoire des multinationales
Des rémunérations patronales qui planent en haute altitude, des dirigeants dont les intérêts sont totalement alignés sur ceux des marchés financiers, des entreprises qui mentent sur la vraie mesure – abyssale – des écarts de revenus en leur sein... Tel est le tableau que dresse le deuxième chapitre de l’édition 2020 de « CAC40 : le véritable bilan annuel »
https://multinationales.org/La-demesure-des-remunerations-patronales-et-ce-qu-il-y-a-derriere

Inégalités : une question politique de plus en plus structurante - Bernard Marx sur Regards.fr
http://www.regards.fr/economie/les-choses-lues-par-monsieur-marx/article/inegalites-une-question-politique

Christian Delarue
Syndicaliste CGT Finances publiques
auteur de Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe | (dans Mouvements en juillet 2012)
http://mouvements.info/classe-dominante-et-oligarchie-contre-peuple-souverain-et-peuple-classe/

1) Le 25 mai 2005, Warren Buffett déclare sur la chaîne de télévision CNN :

« Il y a une guerre des classes, où ma classe gagne de plus en plus, alors qu’elle ne le devrait pas (It’s a class warfare, my class is winning, but they shouldn’t be). En effet, Warren Buffett affirme à l’occasion que les riches ne se sont jamais aussi bien portés (« We never had it so good ») et qu’il serait ainsi judicieux d’élever les taxes les concernant. »
Il déclarait aussi :
« il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner8. »

2) La thatchérisation du monde et l’extrême-droite économique : un trajet vers la ploutocratisation du monde. Christian DELARUE - Amitié entre les peuples
http://amitie-entre-les-peuples.org/La-thatcherisation-du-monde-et-l-extreme-droite-economique

3) Document pdf sous « Aurélie TROUVE porte-parole d’ATTAC sur Regards »
http://amitie-entre-les-peuples.org/Aurelie-TROUVE-porte-parole-d-ATTAC-sur-Regards

http://amitie-entre-les-peuples.org/Le-CLASSISME-de-Warren-Buffett-et-des-autres-Christian-Delarue

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