Du peuple objet au peuple sujet. C Delarue 

Des avants-gardes, pas des états-majors ! A Bihr

 



samedi 14 juillet 2012
http://amitie-entre-les-peuples.org/spip.php?article2410


En soi / pour soi : Deux textes sur la mobilisation.

Du peuple objet au peuple sujet .

Le peuple-classe (1) dans sa diversité et ses contradictions est l’objet sociologique (97 % de la population) de l’adresse faite par les groupes de projets politiques pour l’émancipation (recherche-action, contenu de fond, articulation des thèmes, etc) et les acteurs collectifs de mobilisation (stratégies et tactiques).

Ce sont les partis politiques de gauche et écologistes (plus ceux avec un projet d’alternative que ceux inscrits dans l’alternance systémique), les syndicats de classe (CGT, FSU, SUD, FO), mais aussi certaines ONG, les chercheurs indépendants, ATTAC, la Fondation Copernic, le CADTM, le CRID, Contretemps, Fondation Rosa Luxembourg, Réseau Transform, les "économistes atterrés", Espaces Marx, Mouvements, etc... qui assurent cette fonction stratégique de convergence des acteurs mobilisés et de construction des alternatives, celles capables de dépasser le système dominant.

La mobilisation passe classiquement par les urnes et/ou par la rue. On voit avec la situation en Grèce que les mobilisations sociales importantes peuvent buter sur un cadre institutionnel sclérosé qu’il faut changer. Il n’y a pas qu’en France ou le changement de République est à l’ordre du jour !

Autre chose encore. Dans le cadre de la démocratie politique, les urnes ne sont plus l’alpha et l’omega. Une réflexion nouvelle réhabilite l’usage du tirage au sort dans un cadre plus ou moins large. La discussion est très animé chez les spécialistes de la question ! Par ailleurs, ne l’oublions pas il existe un au-delà de la démocratie politique qui certes peine à voir le jour que ce soit sous le terme de "démocratie sociale" dans les entreprises ou de démocratie participative dans les quartiers ou de démocratie socialiste dans un cadre élargi qui dépasse celui des entreprises. Les altermondialistes évoquent eux de façon globale une alterdémocratie qui n’est en fait que le besoin d’un dépassement qualitatif et quantitatif de la démocratie restreinte actuelle. Vu de façon dynamique et non statique, il importe de remarquer que le néolibéralisme s’accompagne d’un mode de gouvernance de plus en plus autoritaire qui montre aux peuples assujettis une démocratie de façade.

Enfin, il faut penser au-delà de la Nation et de l’Europe. A ce propos, le peuple-classe est aussi le cadre de prédilection de la plupart des organisations agissant pour la solidarité internationale entre les dits peuples (classe). Ces projets sont variables et se combinent diversement : social, environnemental, démocratique, antisexiste, antiraciste, laïque, etc.

Christian DELARUE

1) Revue Mouvements : Classe dominante et oligarchie contre peuple souverain et peuple-classe. Pour lier combat social et solidaire et combat démocratique

http://mouvements.info/Classe-dominante-et-oligarchie.html






Voici extrait un peu ancien qui défriche la question d’un point de vue libertaire. Il s’agit d’un extrait « Du « grand soir » à « l’alternative » » d’ Alain BIHR in Les Editions ouvrières 1991

Source : Bellaciao le samedi 3 juin 2006 - 19h57 via CD

Des avants-gardes, pas des états-majors !

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article28885

Le titre de cette section se veut volontairement provocateur. Il vise à braver le tabou entourant la notion d’avant-garde qui, au sein des traditions anti-autoritaires (libertaire et conseil liste notamment) dont cette étude se réclame (1), a servi à identifier leur ennemi mortel : le léninisme . A tel point qu’oser évoquer la seule possibilité d’une avant-garde apparaîtra à plus d’un au mieux comme une inconséquence, au pire comme une trahison.

Et pourtant, des avant-gardes politiques sont inévitables  : les inégalités de développement (dans les luttes, dans l’organisation, dans la conscience de classe, dans l’élaboration d’un projet politique autonome) qui apparaissent au sein du mouvement ouvrier et du mouvement social en général, et qui reflètent en définitive celles de la société globale, placent certains des éléments (certaines couches ou catégories, mais aussi certaines organisations) dans une position plus avancée que le reste du mouvement . Et elles sont souhaitables dans la mesure précisément où ces éléments avancés se proposent de réduire ces inégalités, donc de faire progresser le mouvement ouvrier et le mouvement social dans son ensemble en les portant à leur propre niveau.

De cette précision résulte immédiatement la nécessité d’opérer une distinction nette entre avant-gardes et état-majors. D’une manière générale, une avant-garde politique est la pointe la plus avancée d’un mouvement social. Regroupant un certain nombre de « francs-tireurs » lui servant d’éléments détachés, elle doit avoir pour vocation d’explorer l’horizon de ce mouvement, de reconnaître et de baliser les terrains sur lesquels il lui faut avancer, d’élaborer en conséquence des propositions stratégiques et tactiques qu’elle soumet à la discussion et à la délibération collectives en son seins. Mais cela ne lui confère aucun droit à prétendre le diriger en s’instituant en commandement en chef pour finalement se substituer à lui. Une avant-garde ne doit donc pas chercher à diriger le mouvement dont elle est la pointe avancée ; elle doit se contenter de l’éclairer, de le conseiller, de l’instruire, mais aussi réciproquement de l’écouter et d’apprendre en retour de sa part. Car « l’éducateur a lui-même besoin d’être éduqué »... et les avant-gardes doivent se préparer à recevoir quelquefois de rudes leçons de la part du mouvement auquel elles sont censées ouvrit la voie.

L’avant-garde se situe donc dans le mouvement, elle en est la tête chercheuse, la pointe avancée, comme nous l’avons dit. L’état-major se situe au contraire hors du mouvement, il cherche à le piloter en fonction d’une stratégie ou d’un plan de bataille élaboré de l’extérieur.

A la précédente distinction s’en ajoute aussitôt une seconde : celle entre avant-garde de fait et avant-garde de droit. L’avant-garde ne se décrète pas, elle ne peut pas s’auto-instituer, s’autoproclamer comme un état-major politique. Au contraire, elle doit se dégager et s’imposer comme telle au sein même du mouvement, en apportant à chaque fois la preuve de la justesse de ses orientations par sa capacité à les faire partager par l’ensemble du mouvement, à animer ses luttes. En ce sens, plutôt que d’une avant-garde constituée, il conviendrait plutôt de parler d’un pôle d’avant-garde, nécessairement diversifié et mouvant.

Car, de ce qui précède résulte aussi la pluralité nécessaire des avant-gardes. Du fait des choix qu’implique à tout moment un combat politique, du fait aussi de la complexité des problèmes théoriques et pratiques qui se posent au mouvement ouvrier dans toute situation historique, du fait ensuite de la multiplicité essentielle des possibles qui s’ouvrent devant lui, du fait enfin de la diversité essentiel des traditions politiques et idéologiques constituant l’héritage et le sol nourricier des avant-gardes, les options stratégiques et tactiques sont inévitablement elles-mêmes multiples et diverses à chaque fois. Et il est bon en ce sens que le mouvement ouvrier et social dans son ensemble ait toujours la possibilité de choisir entre plusieurs options politiques, qu’il puisse les confronter en les jugent à leurs actes et à leurs résultats.

Ce qui suppose évidemment la tolérance réciproque entre avant-gardes opposées et rivales, et un haut niveau de démocratie au sein du mouvement ouvrier et social, garants de la richesse et de l’efficacité de la discussion collective en son sein.

Il en résulte enfin la relativité de la notion d’avant-garde. Relativité dans « l’espace » : car telle organisation qui peut être à l’avant-garde du mouvement sur telle question théorique ou pratique se retrouvera à l’arrière garde du mouvement sur telle autre question. Relativité dans le temps : la finalité de ces avant-gardes ne doit pas être de se pérenniser en se rendant indispensables et en affaiblissant en conséquence l’ensemble du mouvement, mais u contraire de travailler à se rendre inutiles en amenant l’ensemble du mouvement à son niveau . Ainsi, le but de toute avant-garde doit être d’œuvrer à se supprimer comme avant-garde.

En ce sens, toute avant-garde se doit de gérer une contradiction. D’une part elle se doit de chercher à influencer le mouvement ouvrier et social dans son ensemble, de lui proposer (mais non de lui imposer) des orientations stratégiques et des modalités organisationnelles. Et, d’autre part, ses interventions ne peuvent avoir d’autre but que de favoriser l’autonomie de ce même mouvement, son autodétermination et son auto-organisation. C’est précisément pour être en mesure de dépasser cette contradiction que les avant-gardes ne doivent pas se considérer comme détentrices d’une vérité absolue, de la formule unique et définitive de la lute des classes, mais rester ouvertes sur l’inventivité du prolétariat en lutte, en rectifiant chaque fois que cela est nécessaire leurs propres conceptions programmatiques ou stratégiques en conséquences. .../...

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