Autour d'un texte non raciste mais religiophobe

Discussion autour d'un texte de Denis COLLIN.

Discussion autour d'un texte de Denis COLLIN.

Denis COLLIN philosophe marxiste développe une position différente de la mienne. Elle ressemble assez - me semble-t-il, à celle d'Yvon QUINIOU lui aussi philosophe marxiste.

Certains à gauche n'ont pas la même position que moi, militant antiraciste (moins préoccupé par la critique philosophique d'un dogme posé par des groupes humains que par les logiques essentialisantes ou non) qui veut "casser les camps et communautés" en marginalisant les intégrismes religieux à combattre comme réactionnaire. Parole donc à ceux qui s'en prennent frontalement à l'islam comme à d'autres religions sans procéder à distinction interne de type islam - islamisme ou intégriste - croyant non intransigeant. Tous ne prennent pas la précaution de se dire antiraciste comme le fait ici Denis Collin . On a même très souvent une critique essentialiste qui débouche in fine sur des rejets implicites ou explicites. Le MRAP en discute et s'y oppose. Mais ce n'est pas le cas de tous .

 Denis Collin écrit dans un texte récent sur Viabloga : "Il est absolument nécessaire de s’attaquer à toutes les formes de discrimination raciste. Cela ne souffre pas de discussion. Mais la critique voire la haine à l’endroit d’une religion, en l’occurrence l’islam, ne peut être une « discrimination raciste » puisque les musulmans ne forment ni une race, ni un peuple, ni une ethnie. Un musulman pakistanais, un musulman tchétchène ou bosniaque n’a pas grand-chose à voir avec un musulman marocain. Sinon une croyance plus ou moins commune. Le racisme consiste à discriminer les humains pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils croient ou font. Mépriser les escrocs n’est pas faire du racisme anti-escrocs, de « l’escrocophobie » !

Comment les escrocs de l’islamophobie sabotent la lutte contre le racisme - D Collin

http://la-sociale.viabloga.com/news/comment-les-escrocs-de-l-islamophobie-sabotent-la-lutte-contre-le-racisme?

Pour les antiracistes les musulmans ne forment effectivement ni une race, ni un peuple, ni une ethnie mais le propre du racisme est de transformer en race ce qui ne l'est pas. Le raciste va "raciser" les musulmans. La tendance à voir les musulmans comme une communauté favorise cela . Les musulmans (et leurs défenseurs non musulman parfois) se voient eux-même souvent (pas toujours) comme une communauté relativement homogène quoiqu'ayant une diversité interne mais une unité qui ne brise pas cette homogénéité.

Communauté - diversité - intégristes

M COLLIN, vous dites : Un musulman pakistanais, un musulman tchétchène ou bosniaque n’a pas grand-chose à voir avec un musulman marocain. Edwy Plenel disait aussi dans son livre que les musulmans étaient divers. Mais ni l'un ni l'autre ne va jusqu'à poser une fraction des musulmans comme intégriste dans toute nation tant au Pakistan qu' au Maroc ou ailleurs , chez les Sunnites comme chez les Chiites ou autre courant historique de l'islam, et ce en reprenant l'analyse de l'intégrisme sous le prisme de l'intransigeantisme, de l'oppression corporelle sexyphobique ou du sexoséparatisme. On trouve aussi des musulmans souples, non psycho-rigides dans chaque nation.

Essence ou comportement - Porter un signe ou être son signe.

Le racisme consiste à discriminer les humains pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils croient ou font. On ne doit pas alors distinguer selon les croyances. Il faut être religiophobe pareillement. Et si l'on interpelle une musulmane voilée comme fait récemment alors il faut dire qu'il se s'agit pas de viser une essence musulmane, autrement dit sa "musulmanité" (tout aussi hypothétique qu'une judéité ou catholicité selon moi) mais une personne qui a une pratique ou un comportement , une personne PORTE un signe ostensible de religion comme d'autres portent un badge syndical. Une telle interpellation est très certainement hors logique de pénalisation d'une expression alors qu'une interpellation d'une musulmane voilée après un discours stigmatisant sur l'islam risque fort de vos mener devant les tribunaux. J'ajoute qu'il est profondément injuste et intolérable d'attribuer un privilège aux religions en faisant qu'un signe porté serait un élément essentiel de religion ! 

On peut détester les catholiques en raison des actes de l’Église catholique, de l’inquisition à la couverture des curés pédophiles.  On n’est pas devenu pour autant un raciste antichrétien, un « cathophobe » ! On rétorquera que le judaïsme est une religion et que l’antisémitisme ne serait donc pas un racisme ! C’est absurde car les Juifs, historiquement, ne sont jamais attaqués en raison de leur religion, mais en raison de leur appartenance à un peuple, lié par des coutumes et liens familiaux étroits, par une culture (dans le cas du « Yiddishland », par exemple), bref une « communauté de vie et de destin (ce qui définit, selon Otto Bauer, une nation).

Mon appréciation : Détester - publiquement - un groupe de croyant.e.s en raison des actes monstrueux de ses représentants historiques ou actuels c'est risquer l'accusation de racisme car il s'agit d'une généralisation abusive à tout un groupe et pas seulement à la fraction coupable . On en revient au mécanisme d'essentialisation qui vise un ensemble ou un groupe humains croyant, mécanisme qui refuse de ne pas tenir compte de la diversité d'interprétation des croyant.e.s : tous ne sont pas réactionnaires !

Les juifs haredim sont visés comme croyants intégristes, comme les musulmans sexyphobiques !

Reprise de son extrait : En outre les Juifs constituent une très faible minorité de l’humanité. Depuis 3000 ans, ils n’ont jamais envahi personne, n’ont jamais fait de razzias pour piller les biens et trafiquer des esclaves et donc toute comparaison entre le judaïsme et l’islam  est hors de propos – sauf pour faire remarquer leur grande proximité idéologique religieuse, la sharia étant en gros un copier/coller de la loi mosaïque… Ce dernier point, d’ailleurs, pourrait être creusé, certains auteurs soutenant que l’islam est à l’origine une hérésie du judaïsme christianisé fortement présent en Arabie.

Cependant, il existe bel et bien un racisme qui vise les humains pour ce qu’ils sont. Bien qu’en net recul, ce racisme existe toujours dans notre pays. Par exemple, le racisme vise les Noirs parce que la couleur de leur peau est tenue comme une marque de leur être. Une Africaine que je connais bien et ses enfants métis ont eu à subir le racisme, les vexations, même à l’école et même de la part de certains professeurs. Et pourtant, elle est chrétienne et ses enfants n’ont pas plus de religion que ça… Un Noir du Sénégal, musulman, ne sera ni plus ni moins discriminé qu’un Noir chrétien du Congo. Et un Libanais chrétien sera éventuellement considéré comme un « bougnoul » comme les autres, indépendamment du fait qu’il ne soit pas musulman. C’est aussi le racisme qui vise les Juifs et conduit bien des familles à déménager pour que leurs enfants ne sont pas stigmatisés parce que « Feujs ».

Le MRAP lutte contre toutes les formes de racisme, le racisme antisémite qui perdure, le racisme anti-arabe et anti-maghrébin qui s'est déployé avec les migrations tout comme le racisme contre les noirs.  Depuis 2003, sous la double initiative de Vincent GEISSER et de Mouloud AOUNIT, le MRAP lutte aussi contre l'islamophobie et ce après bien des débats vifs entre majorité et opposition interne pendant plusieurs années. Mais l'islamophobie ne doit pas être le cache-sexe de l'interdiction de critique de la religion et notamment de ses pratiques.  

Aoun © CD Aoun © CD

 Dans un texte ancien mais repris récemment à cause des dérives sémantiques, j'ai distingué une islamophobie raciste qui essentialise l'islam et les musulmans d'une islamophobie qui ne l'est pas et qui veut juste maintenir la critique de la religion, critique  du dogme mais aussi des pratiques intransigeantes (donc intégristes) mais aussi d'autres pratiques jugées réactionnaires.

 

Denis Collin semble y répondre à sa façon. Extrait :

La première accusation, donc, que l’on peut lancer aux promoteurs de l’escroquerie de « l’islamophobie »[1], qui identifient race et religion, c’est qu’ils pervertissent la lutte antiraciste et apportent de l’eau au moulin des racistes « canal historique ».

En second lieu, le prétendu antiracisme des escrocs de l’islamophobie ne vise pas des authentiques agressions contre les musulmans, celles dont le ministère d’intérieur nous indique qu’elles sont au plus bas, alors qu’explosent les agressions antisémites – agressions dont une bonne partie vient de ces soi-disant discriminés par l’islamophobie. Ce que les escrocs de l’islamophobie désignent sous ce terme d’islamophobie, ce sont, d’une part, les réactions aux provocations qu’ils organisent - pensons à l’affaire du burkini – et d’autre part la critique de l’islam – comme dans la fameuse affaire des caricatures de Mahomet. Autrement dit, ils veulent, premièrement abolir les lois républicaines qui règlementent les lieux publics ainsi que la loi de 2004 sur les signes ostentatoires à l’école qui n’est, elle-même, que la reprise d’une circulaire de Jean Zay datant de 1936. Les fameuses « mamans voilées » ne sont que les agents (conscients ou non) de ces provocations pour réintroduire le voile à l’école. D'autre part, ils veulent que soient criminalisées toutes les pensées hostiles à l’islam. Ils n’ont rien contre les caricatures montrant le pape en train de sodomiser une bonne sœur (ils sont donc tolérants) mais n’acceptent pas la plus petite blague sur le prophète et le soi-disant Allah…

Le fond de l’affaire va donc au-delà simplement de la question laïque et des règles de cohabitation entre conceptions du bien dans une société pluraliste, pour parler à la manière de Rawls. Ce qui est en cause, c’est tout simplement la liberté de penser. Bref si on suit ces gens, ils vont finir par brûler derechef le Traité théologico-politique de Spinoza (heureusement, ils ignorent sans doute jusqu’à son existence). 

On le voit, toute cette prétendue lutte contre l’islamophobie n’a aucun rapport avec le racisme et la lutte antiraciste. C’est une opération politique de prise de contrôle des habitants musulmans – ou réputés musulmans – de ce pays par une organisation politique internationale, les Frères musulmans opérant sous divers faux nez. On voit clairement se dessiner les manœuvres qui conduiront un jour ou l’autre à la réalisation du scénario du livre de Michel Houellebecq, Soumission. À moins que la résistance ne s’organise et que les intellectuels, les professeurs en premier lieu s’engagent pour la liberté de penser et que les républicains s’attachent à arracher les faux nez des Frères musulmans.

Fin de citation.

En France il n'y a pas de délit d'opinion sauf pour le racisme qui n'est plus une opinion mais un délit . Et ce délit coute très cher à celui qui s'en voit accusé . Ce n'est pas une petite peine ! Mais là n'est pas mon propos final. 

Il y a donc intérêt pour certaines forces religieuses et leurs appuis de placer le blasphème désacralisant et défétichisant ou l'aversion pour la chose religieuse sous la catégorie de racisme. Cette position avance en droit semble-t-il , mais n'est pas sans obstacle. La notion d'injure est relative explique Mme Calvès dans son livre "Envoyer les racistes en prison"(Ed LGDJ dec 2015 coll Exegeses). Elle doit être publique (cf le "un çà va, c'est quand il y en a beaucoup que..." groupe pointé sans distinction mais pas en public).

A ce jour dire que les musulmanes voilées intransigeantes sont des intégristes d'un l'islam particulier, notamment dans certains lieux ou la loi n'est pas encore intervenu (lieu de la République à respecter) ne relève pas du racisme. C'est au contraire une lutte nécessaire pour faire avancer la laïcité à la française et poser de nouveaux jalons (cf Le Grand Soir)

Christian DELARUE

Militant altermondialiste (ATTAC - CADTM) et antiraciste (MRAP), indocile aux intégrismes religieux montant

auteur d'une contribution sur ce sujet dans l'ouvrage collectif "URGENCE ANTIRACISTE - Pour une démocratie inclusive" (Ed du Croquant 2017) 

(modalités de l'inclusivité pour des intégristes religieux : politiques d'intégration a mobiliser et bornes contre les signes religieux ostensibles en lieux à protéger)

 

MRAP-ATTAC © CD MRAP-ATTAC © CD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En défense des « salopes » sans voile stigmatisées par les intégristes

 

Extrait de "Les femmes sans voile accusent " sur Marianne

 

Elles en ont marre. « Marre de l'indifférence, de la connivence, de la condescendance » avec lesquelles, en France, les « néocommunautaristes » traitent le combat des femmes de culture musulmane « qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l'égalité et de la dignité ». Près de chez elles, à Aubervilliers, les hommes osaient demander à l'une « de se couvrir pour être une bonne musulmane » : c'était l'été et elle sortait bras nus. Une lycéenne, sous influence salafiste, crachait à l'autre, son enseignante qui lui expliquait que le voile ne figurait nullement dans le Coran : « Je peux vous tuer pour ce que vous dites ! » De la rue au café où elles n'étaient pas les bienvenues, les menaces s'empilaient pour les belles aux yeux noirs. On les sommait à toute vitesse de rejoindre le troupeau massé sous le voile de la servitude volontaire. « Et nous n'étions ni à Alger ni à Kaboul ! Ça se passait à quelques stations de métro du centre de Paris... »

https://www.marianne.net/societe/les-femmes-sans-voile-accusent-0

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