Gilets jaunes, forces d’alternance intra-systèmique et 1%

Les Gilets jaunes dans leur détermination à poursuivre la lutte reflète l’opposition ferme et résolue à ce qui apparait avec le Président Macron comme une radicalisation forte de la conflictualité sociale d’en-haut...

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Gilets jaunes, forces d’alternance intra-systèmique et 1%

Les Gilets jaunes dans leur détermination à poursuivre la lutte - aspect actuel - reflète l’opposition collective ferme et résolue de ceux et celles d'en-bas à ce qui apparait avec le Président Macron comme une radicalisation forte de la conflictualité sociale d’en-haut, ou pour être précis quand à l’antagonisme visé, une radicalisation de la lutte de la classe dominante - le 1% - contre le peuple-classe 99%,  et notamment les classes sociales modestes qui connaissent des « fins de mois difficiles » mais pas seulement les classes modestes. Aujourd'hui, 28 mars, les agents, de différentes catégories C ("modestes"), B et A (peu de problème de fin de mois) de la DGFiP sont en grève pour la défense du service public financier avec ses sites de proximité en campagne et ses emplois. Les services publics sont la chose du peuple-classe 99%, dans sa diversité !

Cette conflictualité sociale est tout à la fois POLITIQUE - avec l’affrontement des forces politiques d’alternance intra-systèmique (droite et PS) contre les forces politiques d’alternative anti-systémique (PCF, FI, NPA - écologistes de gauche) - et ÉCONOMICO-SOCIALE - avec le rapport social MEDEF-syndicats.

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Cette conflictualité, qui est menée au profit du 1%, existait avant Macron depuis fort longtemps, depuis 1983, avec la parenthèse de la victoire relative issue de l’imposition de la RTT à 35 heures hebdomadaires sans perte de salaire au patronat. Mais Macron, sous couvert d’un « en même temps » trompeur, en pousse la logique au point d’en faire un antagonisme social et national de très haut niveau.

Il a installé durablement, bien plus réellement que les écrits de Chantal Mouffe (par dessus l’épaule de Carl Schmitt) une puissante dialectique ami-ennemi qui ne favorise guère une solution de justice sociale, fiscale et territoriale. Il a réussit le tour de force de faire admettre tant pour la France que pour l’Europe que la « démocratie réellement existante » n’était plus acceptable, qu’elle n’était qu’un artifice de l’ordre dominant capitaliste sous sa forme néolibérale, à savoir libéralisations, financiarisations, privatisations, marchandisations, mais aussi extractivisme, productivisme, travaillisme (surtravail des uns, chômage des autres à la place d’une nouvelle RTT à 32H en Europe).

L’ordre capitaliste des « Trente glorieuses », avec ses compromis, ses pactes, ses régulations, n’existe plus depuis les années Reagan et Thacher qui a vu l’émergence (à la fin des années 70) d’un capitalisme dur et financiarisé, de plus en plus financiarisé. Ce capitalisme de régulation et de compromis entre les classes était lui aussi contestable - pas de mythe - car sous les régulations et les pactes on trouvait toujours une logique capitaliste opposée à celle des services publics, à celle de la satisfaction des besoins sociaux populaires via l’intérêt général, souci d’une administration qui usait de « sa main gauche » (de l'Etat) contre la logique capitaliste. Il y avait aussi les retombées de l’impérialisme et du colonialisme.

La « cohésion sociale et territoriale » n’étant que verbiage et enfumage on tombe dans « l’impossibilité de faire société » du fait de la radicalisation néolibérale et du macronisme. La période est bien celle du « libéralisme autoritaire » soit la libéralisation économique forte au profit du grand patronat complétée par la répression policière pour la faire passer mais aussi par un régime juridique d’interdiction relatif des manifestations. Le travail « au consentement » n’est plus possible. Il ne resterait que la soumission ! 

Le grand mérite des gilets jaunes est dans ce contexte de poser la nécessité d’une autre démocratie et d’une autre République, d’en finir avec les institutions de l’accumulation financière au profit du 1% . Evidemment c’est plus difficile à réaliser mais le pas vers cette « perspective autre » est appréciable. Il s’agit de pouvoir avancer démocratiquement, y compris avec les classes sociales les plus dominées et opprimées, vers une alternative systémique : moins de capitalisme prédateur, plus d’éco-socialisme ! Cette perspective ouvre vers une autre France, une autre Europe (pas celle de la Troïka et de l’oligarchie), un autre monde. Un monde ou les firmes multinationales ne soient plus à la manoeuvre contre les travailleurs et travailleuses et contre la nature. 

Christian DELARUE

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