"Femmes au foyer", une expression sexiste, un fond patriarcal.

"Femmes au foyer", une expression sexiste, un fond patriarcal.

 

Une radio (1) diffusait ce jeudi 29 octobre en matinée une émission sur les "femmes au foyer" en présence d'un sociologue Monsieur François De Singly.

On peut certes faire une émission sur les "femmes au foyer" et débattre du fait que ces femmes sont hélas méprisées (cf article du Figaro - 2) - ou, pour évoquer cette émission, qu'elles souhaitent néanmoins maintenir un cadre égalitaire mais c'est une chose de débattre de ce mépris (néfaste) ou de la difficulté d'avoir de l'égalité dans le séparatisme des tâches et c'en est une autre de faire "comme si" ces tâches domestiques étaient naturellement destinées aux femmes (il faut encore dire de nos jours à certains que c'est faux ! Au Figaro notamment ! ) car ce silence et cette naturalisation renforce la problématique patriarcale et les inégalités entre hommes et femmes.

Pour mémoire F De Singly est cet universitaire qui dans sa thèse "Fortune et infortune de la femme mariée" (3), thèse de sociologie de la famille (sa spécialité), avait montré en 1987  "que le prix de la vie conjugale est plus élevé pour les femmes que pour les hommes car une femme, à niveau de diplôme égal à celui d'un homme, s'investira moins dans sa carrière professionnelle dès lors qu'elle est en couple et se consacrera davantage à sa famille."

Pas une fois il n'a été remarqué dans l'émission citée - semble-t-il - qu'il valait mieux dire personnes au foyer ou individu-e-s au foyer, quitte à débattre ensuite que ces personnes étaient toujours et encore majoritairement des femmes, ce qui témoigne du maintien du patriarcat et ce malgré les réelles conquêtes féministes qui ont entamé (dans les pays ou les féministes ont pu agir) son poids et sa dureté ! Là, sur ces conquêtes féministes, on peut revenir à De Singly car ce qu'il nomme la "seconde modernité" semble bien être cette période de fortes conquêtes de divers droits par et pour les femmes contre le patriarcat.

Je cite 

Sous la "seconde modernité" qui commence dans les années 1960, la famille se transforme profondément, notamment du fait des changements de la condition des femmes. En effet les femmes deviennent plus autonomes :

  • Par une maîtrise plus grande de son corps, avec la contraception et le droit à l’avortement, obtenue sous la pression du mouvement des femmes
  • Par la possibilité du divorce par consentement mutuel
  • Par l’extension du travail salarié des mères
  • Grâce à la massification scolaire qui permet aux femmes l'accès à une plus longue scolarisation générale.
  • Grâce à la tertiarisation du travail.
  • Grâce à des politiques de conciliation entre le travail et la famille, de soutien aux familles monoparentales.

 

Mais si cette "seconde modernité" a fortement réduit la puissance du patriarcat, elle ne l'a pas aboli ! Il faut ajouter que tous les pays n'ont pas connu cette "seconde modernité" bien qu'il y ait eu large diffusion des idées et revendications du féminisme quasiment partout dans le monde. C'est qu'il y a eu des résistances sexistes et machistes vigoureuses, notamment avec un retour des courants religieux conservateurs et intégristes.  Il faut ajouter encore que cette période de conquêtes n'est pas stabilisée et qu'il existe des menaces et même des reculs conséquents .

 

Christian DELARUE

 

 

1) Femme au foyer : la honte ? / France Inter

http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-en-france-femme-au-foyer-la-honte

 2) Fortune et infortune de la femme mariée — Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fortune_et_infortune_de_la_femme_mariée

 3) Et si on arrêtait de mépriser les femmes au foyer?

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/03/07/31003-20140307ARTFIG00288-les-violences-faites-aux-femmes-8230-par-les-femmes.php

 

 

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