Gilets jaunes Acte 14 : ça sent mauvais... l'antisémitisme chez les gilets jaunes

C’est une nouvelle forme de violence qui a émaillée l’acte 14 du mouvement des gilets jaunes ce samedi 16 février à Paris. Alors que la manifestation se déroulait dans un calme relatif, des propos antisionistes à caractère antisémites, proférés à l’encontre du philosophe Alain Finkielkraut ont suscités de vives réactions de l’ensemble de la classe politique.

Des gilets jaunes place des invalides lors de l'acte 14 des gilets jaunes le 16 février 2019 à Paris © Christian DROUET Des gilets jaunes place des invalides lors de l'acte 14 des gilets jaunes le 16 février 2019 à Paris © Christian DROUET

 

Des kilomètres à pied, ça use les souliers.

C’est une longue marche qui s’est déroulé samedi 16 février dans Paris lors de l’acte 14 du mouvement des gilets jaunes. Bien que cela fasse exactement 3 mois ce week-end que les gilets jaunes marchent dans les rues, cette dernière randonnée fut particulièrement physique.

Entre les courses pour s’engouffrer dans les rues avant que les CRS bloquent les voies, les sprints au milieu des gaz lacrymogènes pour fuir les charges de la BAC (Brigade anti criminalité), et la longueur interminable du parcours de la manifestation, l’épreuve tient plus au triathlon, qu’à la petite promenade du weekend.

Sous un beau soleil d’hiver, 5 000 gilets jaunes (selon le ministère de l’intérieur) se sont lancés dans une marche de quasiment 8 heures non-stop entre l’arc de triomphe et… l’arc de triomphe. Passant par l’assemblée nationale, le boulevard Saint Michel, Montparnasse et bien d’autres rues encore, le cortège a déambulé toute la journée dans la capitale.

Entre midi et 20h, une seule vraie « pause » a eu lieu place des invalides ou l’on pouvait facilement voir à l’œil nu qu’il y avait bien plus de manifestants que les fois précédentes. La semaine passée ils étaient 51 400 en France contre 41 500 ce samedi, mais cette baisse de mobilisation au niveau national ne se fait pas sentir à Paris.

Un gilet jaune arrivé de Caen, reconnaîtra que s’il est venu manifester à Paris « c’est parce qu’à Caen, il ne se passe plus rien, les gens ne sont pas comme ici, ils ne veulent plus bouger ». Il n’en est pas à sa première manifestation et ses « revendications restent les mêmes depuis le début ».

Les mois passent, les revendications restent.

Les gilets jaunes « ne lâchent rien » face à un gouvernement qui reste sourd à leurs demandes.
Comme chaque samedi depuis 3 mois ils réclament des mesures pour le pouvoir d'achat, contre l'injustice fiscale et sociale, et bien sur l'instauration du RIC en toute matière (Référendum d'initiative citoyenne).

Les seniors sont revenus manifester, mais les têtes grises qui se mêlent au capuches noires des black blocs, ont tout de même du mal à tenir la cadence. La marche est rapide, même un peu trop rapide parfois, si bien qu’on les croise assis sur les rebords des trottoirs ou sur les bancs publiques tout le long du parcours.

Quant aux blacks blocs, difficile de les approcher. Très méfiant des médias, ils se contentent de répondre aux questions par de laconiques « Tout va bien, il ne se passe rien, on est juste là pour manifester, on ne va rien casser, on n’est pas là pour foutre la merde ».

D’autres, plus agressifs, insultent les journalistes qui les filment ou les photographient en train de jeter des projectiles sur les forces de l’ordre. Car de légers heurts ont tout de même éclatés sur la place des invalides, qui a rapidement été évacuée par les forces de l’ordre bien rodés à cet exercice hebdomadaire.

Bien qu’émaillé de heurts, cette journée de mobilisation a été de loin la plus calme depuis le début du mouvement. Très peu de blessés, aucune main arrachée, aucun éborgné, les policiers ont manifestement décidé « d’y aller mollo » selon un Street Medic. Car celui-ci n’a eu à déplorer que « quelques blessures légères dues à des chutes », et bien sûr à quelques à charges de CRS.

 

Gilets jaunes : Acte 14 Paris, toujours motivés mais quelques heurts © Christian DROUET

Ce qui aura marqué ce 14éme rendez-vous des gilets jaunes n’aura finalement pas été un énième blessé par LBD ou par grenade de désencerclement ni même une vitrine brisée ou une voiture brûlée, mais plutôt un autre type de violence qui jusque-là passait quasiment inaperçu : l’antisémitisme.

Ce n’est pas la première fois que des propos antisémites se sont fait entendre lors d’une manifestation des gilets jaunes mais cette fois-ci les cris d’insultes à l’encontre du philosophe Alain Finkielkraut ont fait écho à une statistique inquiétante publiée quelques jours plus tôt.

+74% d’actes antisémites en 2018.

L’agression qui s’est déroulée prés de Montparnasse a été filmée et diffusée un peu partout. On y voit des gilets jaunes agresser verbalement le philosophe. On entend : « Barre-toi, sale sioniste de merde », « grosse merde sioniste », « nous somme le peuple », « la France est à nous » « Tu es un haineux, tu vas mourir, tu vas aller en enfer, dieu il va te punir ».

Le principal suspect est un gilet jaune barbu, connu des services de renseignement pour avoir évolué en 2014 dans la mouvance radicale islamiste d’obédience salafiste selon le Huffingtonpost.

S’en est trop.

Le hashtag #CaSuffit est créé et de nombreuses personnalités réagissent sur les réseaux sociaux, les médias relient l’information sur les télévisions, les radios et les sites internet. Les journaux en font leur une, toute la classe politique réagit vivement, et le président appel personnellement Alain Finkielkraut pour lui apporter son soutien.

 

Rassemblement contre l'antisémitisme à Paris place de la république le 19 février 2019 © Christian DROUET Rassemblement contre l'antisémitisme à Paris place de la république le 19 février 2019 © Christian DROUET

Le premier ministre accompagné de 19 membres du gouvernement, décide de répondre à l’appel lancé quelques jours plutôt par Olivier FAURE (PS). Tous ont rejoint les quelques 20 000 personnes qui se sont réunis à Paris et dans toute la France pour dénoncer la recrudescence des actes antisémites.

Mardi 19 février en début de soirée place de la république à Paris, ont notamment été aperçus :
La maire de Paris, Anne Hidalgo (PS),
le chef de file de Génération.s Benoit Hamon,
la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse (LR),
le secrétaire national du PCF Fabien ROUSSEL,
des députés LREM et des représentants de la France insoumise

Ce sont quatorze partis, rejoints par de nombreuses autres organisations qui ont participé à l’événement. Les 2 anciens présidents, ont également été de la partie.

Pour François Holland « l'antisémitisme est un fléau » et l’heure est au rassemblement de tous les français contre l’antisémitisme « L'antisémitisme ce n'est pas l'affaire des juifs, c'est l'affaire de tous les Français. »

Pour Nicolas Sarkozy c’est plutôt une question d’autorité : «Je fais confiance aux autorités pour prendre les décisions nécessaires, mais il y a vraiment maintenant une question d'autorité. » Il ajoutera « L'état doit répondre, je suis sûr qu'il le fera, mais il faut le faire maintenant et avec une fermeté extrême. »

Il faut reconnaître que la situation est grave car le matin même près d’une centaine de tombes juives recouvertes de croix gammées et de graffitis antisémites ont été découvertes dans le cimetière de Quatzenheim (Bas-Rhin). « On prendra des actes, on prendra des lois et on punira », a déclaré Emmanuel Macron, qui s’est rendu sur place pour constater les dégâts.

C’est aussi l’occasion pour le président de rappeler sa volonté de légiférer contre la propagation de la haine sur les réseaux sociaux et de renforcer la prévention par la pédagogie.

 

 

 

 

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