La guerre israélo-arabe des récits

A l'occasion de son discours devant le 37ème congrès sioniste, le 20 octobre 2015, Benyamin Netanyahu a déclaré: « Le Mufti de Jérusalem (...) s'est rendu à Berlin [en 1941]. Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs à cette époque, il voulait expulser les Juifs. Et Haj Amin al-Husseini est allé voir Hitler et lui a dit : « Si vous les expulsez, il vont tous venir ici [en Palestine] ».

A l'occasion de son discours devant le 37ème congrès sioniste, le 20 octobre 2015, Benyamin Netanyahu a déclaré: « Le Mufti de Jérusalem (...) s'est rendu à Berlin [en 1941]. Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs à cette époque, il voulait expulser les Juifs. Et Haj Amin al-Husseini est allé voir Hitler et lui a dit : « Si vous les expulsez, il vont tous venir ici [en Palestine] ». « Alors que devrais-je faire d'eux ? », a demandé Hitler. « Brûlez-les », lui a-t-il répondu. » Une version révisioniste de la Shoah que Gilbert Achcar  professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l’université de Londres a démenti dans son livre passionnant: Les Arabes et la Shoah (Actes-Sud 2009) dont je reproduis ici le 4e de couverture. 

 

Le conflit israélo-arabe ne se réduit pas aux guerres menées sur les champs de bataille du Moyen-Orient. Il comprend aussi une autre dimension, une guerre à coup de récits opposés et de négation des récits des autres, tournant autour des deux traumatismes à l’origine du conflit : la Shoah, la destruction des Juifs d’Europe, et la Nakba, le déracinement des Arabes de Palestine. S’appuyant sur une vaste documentation, Gilbert Achcar se livre à un examen approfondi des réactions arabes à l’antisémitisme et au nazisme, en soulignant leur grande diversité politique et idéologique.

Avec un souci constant d’objectivité et de distance critique, il traite tant de l’époque de la montée du nazisme et de la Shoah que des périodes qui se sont succédé depuis la Nakba jusqu’à nos jours, brossant ainsi un tableau captivant de l’histoire arabe contemporaine. S’il dénonce vigoureusement les attitudes antisémites ou négationnistes qui se sont manifestées au sein du mouvement national arabe, notamment palestinien, l’auteur réfute aussi, documents à l’appui, les interprétations caricaturales d’une certaine propagande pro-israélienne qui cherche à faire croire que les Arabes ont soutenu en bloc le nazisme et qu’ils sont antisémites par vocation religieuse. Ce livre constitue une ardente plaidoirie pour une reconnaissance pleine et mutuelle de la Shoah et de la Nakba, condition indispensable, selon l’auteur, pour que s’établisse un dialogue sincère entre Arabes et Israéliens – en prélude à une paix véritable, plus urgente que jamais.

Né en 1951 et originaire du Liban, qu’il a quitté en 1983, Gilbert Achcar a été enseignant à l’université de Paris-VIII, puis chercheur au centre Marc-Bloch de Berlin, avant d’être nommé professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l’université de Londres. Auteur traduit en plus de quinze langues, il a notamment publié Le Choc des barbaries (2002, 2004) ; L’Orient incandescent (2003) ; La Guerre des 33 Jours (2006, avec une contribution de Michel Warschawski) ; et, conjointement avec Noam Chomsky, La Poudrière du Moyen-Orient (2007).

Les Arabes et la Shoah

 

 

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