Hublo, une nouvelle voie d’eau dans le Titanic hospitalier

Après une grève de plus d’un an des agents hospitaliers et la démission de la fonction de chef de pôle de nombreux médecins, les DRH du secteur de l’hôpital public chamboulaient les plannings des soldats en guerre contre la Covid-19. Dans le même temps, le secteur privé s’est emparé de la gestion du personnel hospitalier afin de faire des bénéfices dans un contexte sanitaire sans précédent.

Les bulletins de salaire des agents hospitaliers du CHU d’Angers ont été ce mois-ci accompagnés d’une newsletter ventant les mérites de Hublo, une application téléchargeable sur son propre téléphone portable depuis la plateforme éponyme. L’intérêt ? « Mieux maîtriser [son] temps de travail » ou « compléter [sa] rémunération pour certaines missions ». Bref, l’intérêt des salariés est de recevoir des « offres de missions » après s’être inscrits gratuitement, ouf ! Un ouf de dérision tant il est stupide d’adresser des missions intérimaires à des infirmières, aide-soignantes et agents de service hospitalier déjà en poste. Mais que l’on se rassure, ces salariés pourront désormais mieux profiter des « journées de récupération » (sic).

Quelle réalité se cache derrière ce déploiement ? Faut-il y voir un projet industriel ? Commercial ? Ce dont il est question relève surtout d’une fusion1 d’intérêts privés : l’entreprise Whoog (Sophia Antipolis) et MedGo (Paris). En mutualisant leurs logistiques, c’est 11 agences régionales2 qui ont vu le jour sur le territoire français durant la crise sanitaire. Oui. Durant la crise sanitaire. Ainsi, Guéric Faure et Antoine Loron, les fondateurs de Hublo et respectivement ceux de Whoog et MedGo, approuvent l’opération : « La fusion entre deux start-up est plutôt rare, c’est pour nous la meilleure voie pour amorcer une nouvelle phase de développement ». En pleine crise sanitaire l’intérêt privé prime, dont acte.

Newsletter présentant Hublo aux salariés du CHU d'Angers, octobre 2020. (pdf, 718.9 kB)

À bien y réfléchir Hublo s’adresse avant tout aux DRH plus qu’aux salariés. « La plateforme 100 % en ligne pour gérer ses remplacements et recrutements en toute simplicité » leur permettent de « lancer des missions en 1 clic » (sic) comme de se « lancer dans l’aventure Hublo » (resic). Une prestation de service à laquelle ont déjà recourt 1500 établissements (cliniques, EHPAD, centres hospitaliers)3, mais à quels tarifs ? Quels sont les tarifs que pratique la société Hublo ? Quels étaient d’ailleurs les tarifs de Whoog et MedGo depuis 2015 pour la première, 2016 pour la seconde ? Questions d’autant plus légitimes qu’il s’agit-là de l’utilisation de l’argent public. De l’utilisation de l’argent public durant la crise sanitaire.

Sur les dires de ses fondateurs, MedGo était une réponse apportée au diagnostic sur lequel nous pouvons tous nous retrouver par ailleurs : « un fort taux d’absentéisme inhérent à la pénibilité des métiers concernés ». Or, c’est la réponse qui pose question. Peut-on encore croire aux contributions des sociétés privées dans le secteur de l’hôpital public quand il s’agit de résoudre des problèmes liés aux mauvaises conditions de travail ? Comment peut-on voir cette fusion d’intérêts privés qui prend la main sur la gestion du personnel hospitalier en pleine crise sanitaire ? Que tous se rassurent, la réalité ubuesque de la « pleurniche permanente hospitalière4 » rejoint celle qui consiste à demander aux personnels soignants de se jeter par un hublot afin de mieux profiter des journées de récupération.

 

1 https://business.lesechos.fr/entrepreneurs/racheter-fusionner/0603477720266-sante-whoog-et-medgo-fusionnent-pour-former-hublo-339067.php

2 Ibid.

3 Selon les fondateurs.

4 Le chien de garde CALVI, in L’info du vrai, Canal+, 13 mars 2020.

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