Nul besoin d’une Arche pour survivre au Déluge qui s’annonce

Le dieu Capital et son épouse Mondialisation ont trouvé dans les prêtresses cathodiques, apostrophiques et bruxelloises de bons chiens de garde. Mais leur culte arrive à bout de course et ne se maintient que parce que les consommateurs se goinfrent encore alors qu’ils n’ont plus un rond. Comment cela se fait-il que tant d’individus ignorent la quête de sens ? L’humanité est mourante semble-t-il.

Depuis une bonne trentaine d’années mais surtout depuis l’an dernier, un séduisant pervers se pavane sur les plateaux de France Télémachin et autres groupes multinationalisés, éructant ses sophismes sans même un murmure contradictoire ; qui du sans-culotte se doit de rentrer au bercail au lieu d’arpenter les places rondes surmontées le plus souvent d’un édicule dépourvu d’utilité ; qui du manifestant révolté ne comprenant rien à rien devrait bien cesser d’astiquer ledit édicule et rentrer là encore au bercail ; qui du soit-disant citoyen emmailloté d’un gilet très moche et, comble de l’assistanat, il s’imagine que la République lui appartient et, donc, elle devrait se coucher ; qui du LBD, grenades et tueurs d’élite sur les toits d’immeubles contre les pancartes arborant quelques revendications dites sociales maniées par des crèves-la-faim relève proprement du protocole thérapeutique… Ce séduisant pervers mû par une intelligence assez médiocre car toujours sûr de ses positions, n’a visiblement qu’un souhait : nous planter, ancrer, enraciner toujours plus profond dans nos esprits sa doctrine religieuse – le dieu Capital amouraché de épouse Mondialisation dont les progénitures, Marché, Libre Circulation des Biens, Capitaux et Marchandises, forment la haute cosmogonie du XXIe siècle. C’est pourquoi il ne sert à rien de penser autrement. Et si le cas se présente, l’inquisition fait son office. Vous l’avez compris, ce pervers est un prêtre cathodique, apostrophique et bruxellois. Un prêtre ou une prêtresse du reste. Une définition s’impose.

Prêtre.esse cathodique, apostrophique et bruxellois.e Homme ou femme exerçant un ministère sacré dans la religion capitaliste et, en bon chien.ne de garde chargé.e du service liturgique, présidé par-là aux cérémonies cathodiques dans le but de détourner les espoirs païens du déluge qui s’annonce ici-bas, en les canalisant sur le culte du Grand Capital dont le siège du souverain pontife se trouve à Bruxelles.

Mais voilà… La cathode fait partie du monde d’hier. Tout comme l’est leur dogme. D’ailleurs, qu’en est-il de ce poison qui détruit la planète ? Car ce n’est pas le capitalisme qui sauvera notre bonne terre puisque c’est précisément lui qui l’assassine. Alors, sur quoi se fonde-t-il, l’infâme salope ? Sur l’idée saugrenue d’une nature avare. L’avarice de la terre nous obligerait à accroître la production, sinon ce serait la pénurie pour tous. Aussi, il nous faut accroître d’autant plus la fertilité que la démographie augmente. Or, que constatons-nous ? Une surproduction de biens. Nous produisons trop de biens qui, de fait, abaisse les prix via la mécanique de l’offre et de la demande. Plus il y en a, moins cela coûte cher. C’est de la rareté que la valeur se tire. Alors pourquoi ne pas consommer davantage ? Parce que les ressources de la planète sont limitées, nous le savons tous. Dès lors, le terme de croissance économique n’a plus de sens. Mais qu’importe, il faut poursuivre coûte que coûte. La fin du pétrole n’empêchera pas les industriels de défendre chèrement leur peau. Il faut maintenir la production à défaut de réduire notre niveau de vie. Encore que… S’il s’agit de réduire les « coûts » salariaux en appauvrissant la majorité des êtres humains, prenons ! Oui, prenons-les pour ce qu’ils sont, des cochons ! Qu’ils broutent ce que nous produisons encore plus vite grâce à l’apport de la technologie et celui de l’innovation scientifique. Gavons-les de viandes grasses, d’émissions de télévision débiles, de sports nécrosés par la mafia et d’informations journalistiques tronquées. Qu’ils en crèvent ! La richesse ne se crée-t-elle pas toujours sur le dos des pauvres ? Et la pauvreté ne se niche-t-elle pas au cœur de l’abondance ? La France n’a jamais été aussi riche. Et aussi idiote. Certes, c’est bien de l’avarice que provient toute cette souffrance. Celle des riches précisément. Les bénéfices sont traçables, ils portent l’étiquette dividende, salaire patronal et exil fiscal. Quand on pense que la Sécurité sociale a été créée dans une France ruinée. Oui, que les cochons crèvent, ils ont leur part de responsabilité dans le déluge qui s’annonce. Ou qu’ils prennent conscience de leur humanité. Mais que signifie ce terme, humanité ? En voilà une bonne question. Commençons par là.

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