Jean Castex comme métaphore de la macronie

Dès son entrée en fonction les médias l’avaient surnommé le couteau suisse du président Macron. La métaphore coutelière ne fonctionne plus, il est aujourd’hui le couteau de Lichtenberg, sans lame qui a perdu son manche.

Il n’a pas l’allant d’un premier de cordée à la conquête des sommets pyrénéens. On le verrait plutôt au camp de base chargé de l’inventaire des mousquetons ou à Lourdes vendre des bondieuseries au pèlerin de passage, tarte béarnaise sur le chef et gilet en peau de mouton sur le dos. Ce décalage avec l’allure fringante des cadres de la macronie nous l’avait rendu sympathique quand il avait été nommé premier ministre en juillet dernier. La tarte béarnaise de son prédécesseur était celle d’un officier des chasseurs alpins à la pose avantageuse sur un col savoyard. De la métaphore montagnarde à la métaphore guerrière qu’Emmanuel macron, martial, droit dans les yeux, nous servait en début de pandémie, Jean Castex c’est Bazaine enfermé dans Metz à l’automne 1870. C’est Pierre Fresnay , le capitaine de Boëldieu de la Grande illusion qui nous joue du pipeau sur le toit de nos prisons confinées. C’est Gamelin en mai 40 qui reculait de lignes en lignes de défense, submergé par un variant allemand : l’Escaut, La Somme, la Seine, la Loire, aujourd’hui le gave de Pau. C’est le colonel Blanchet de la 7ecompagnie fuyant sous les bombes de poste en poste, incapable de comprendre les ordres et contre-ordres de l’état-major, à moins de le préférer en Fernandel prisonnier qui se serait trompé de direction et qui aurait conduit sa vache en Autriche plutôt qu’en Suisse. On l’imagine claudiquer avec ses bottines trop petites, portant un Président colérique sur les épaules, qui lui tape sur le casque pour le faire changer de direction à tout moment. En définitive la métaphore cinématographique est certainement d’une meilleure efficacité heuristique, dirait Paul Ricoeur : la communication gouvernementale ces derniers mois relève autant des actualités Pathé-Gaumont de la drôle de guerre que d’’un blockbuster de propagande américaine filmant une réunion présidentielle de crise au Pentagone.

Dès son entrée en fonction les médias l’avaient surnommé le couteau suisse du président Macron. La métaphore coutelière ne fonctionne plus, il est aujourd’hui le couteau de Lichtenberg, sans lame qui a perdu son manche. Nommé pour ne pas faire d’ombre au président de la République, sur ce plan l’opération est réussie. La métaphore circassienne est plus féconde encore. Comme maniéré au pied de la corde du trapèze volant, en organisant une réunion parlementaire pour faire croire à une consultation des élus du peuple sur les décisions sanitaires, on le voit en faire-valoir de l’acrobate qui virevolte, hors sol, au sommet du chapiteau dans la lumière des projecteurs. Comme un nécromancien de foire, il présente des chiffres tronqués sur les évolutions de la pandémie pour ensuite, tel la poupée du ventriloque, vendre la voie sanitaire médiane que le funambule de l’Élysée veut tenter. Comme un tourneur d’assiettes, il se précipite d’un ministre à l’autre pour éviter qu’ils ne chutent à cause de leurs bourdes : Dupont-Moretti et ses abus de pouvoir, Blanquer et son déni de l’épidémie dans les écoles, Véran et ses palinodies, Vidal et sa chasse aux islamo-gauchistes dans les universités, Le Drian et ses Rafales aux commissions occultes, sans oublier Darmanin qui chante la romance sous le balcon de Marine Lepen. Comme un Auguste qui aurait succédé à Monsieur Loyal, on le voit se démener et chercher bruyamment dans le public le ministre facétieux qui aurait mangé dans un palais princier transformé en restaurant clandestin de luxe. Mais le premier ministre ne fait plus rire un public épuisé qui attend le prochain numéro du trapéziste, cette fois ci montreur d’ours picard, tenter d’effrayer les électeurs avec un plantigrade affublé d’un casque à boulons. A la fin du spectacle Jean Castex balaiera la sciure souillée de la piste après que les chevaux emplumés du parti présidentiel auront terminé leur tour de parade au palais Bourbon. Les spectateurs n’applaudiront plus, ils savent qu’à la sortie, une lettre de licenciement leur sera distribuée avec le programme de la prochaine représentation où sont écrites en lettres multicolores étoilées la réforme des retraites, les coupes sombres dans l’assurance chômage et la reprise des violences policières avec le retour des vastes contestations sociales qui se préparent.

Même si l’image du Titanic est convenue, Jean Castex y tient en même temps le rôle de chef de coursive des premières classes et de chef mécanicien. L’iceberg dérivant passe du statut d’arme du destin à celui de la figure emblématique de la fonte de la banquise. Toutes ces métaphores sont d’un bon rendement heuristiques avec Jean Castex pour la simple raison qu’il en est une à lui tout seul, celle du régime macronien : autoritarisme, perversion des institutions de la République, faillite de la haute administration publique et, comme monsieur Tout-le-monde qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez rouge de clown, avec l’idéologie libérale comme horizon indépassable d’analyse et d’action politique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.