Les néonicotinoïdes tuent aussi les vers de terre.

Le 10 septembre, j’ai informé madame la ministre de la Transition écologique que les néonicotinoïdes menacent autant les abeilles que les vers de terre selon une méta-analyse publiée en 2014. Extraits du courrier.

Le ver de terre, figure de proue des sols vivants et durables, l’un des premiers marqueurs de leur bonne santé. Mais voilà, le site Terre-net.fr, plutôt pro-pesticides, titrait le 24 juin 2014 au sujet des néonicotinoïdes et du fipronil : « Une menace pour les oiseaux et les vers de terre autant que pour les abeilles. »

Et il relayait une méta-analyse qui, basée sur les conclusions de quelque 800 études publiées dans le monde ces 20 dernières années, mettait clairement en évidence que ces produits étaient aussi dangereux pour les abeilles que pour les vers de terre et leurs prédateurs, impactant leur mémoire, leur goût, leur fécondité et leur capacité à creuser des galeries. « Les preuves sont très claires. Nous sommes face à une menace qui pèse sur la productivité de notre milieu naturel et agricole » précise le docteur Jean-Marc Bonmatin, chimiste et chercheur au CNRS d'Orléans, l’un des auteurs de l’analyse.

Madame la ministre, dans un contexte où beaucoup de nos sols nourriciers sont aujourd’hui gravement malades et victimes d’érosion, la prochaine réautorisation des néonicotinoïdes sur la culture de la betterave devrait être regardée, non pas seulement en direction des abeilles, mais aussi du côté des vers de terre et de la vie des sols.

À la page 131 de notre ouvrage ci-joint, Patrick LAVELLE, professeur émérite de la Sorbonne et ancien directeur du laboratoire d’Écologie des sols tropicaux de l’IRD, figure mondiale de la géodrilologie, qui a relu et commenté le manuscrit, écrit : « J’ai été surpris, il y a un an, au cours d’une sortie de terrain dans des champs de pommes de terre en Hollande, où il y a plus de pommes de terre que de sol au moment de la récolte, de voir une belle densité d’Allolobophora chlorotica et Aporrectodea caliginosa dans des champs sans couverture végétale au mois de juin, mais qui avaient reçu de la matière organique compostée. »

Sachant que la faim est la première cause de mortalité de la biodiversité, et que les vers de terre n’y échappent pas dans les espaces cultivés, si en dépit de la toxicité et la rémanence des néonicotinoïdes, il n’y avait aucune autre solution que leur réautorisation temporaire, alors oui, pour compenser la perte de vies, des apports de matières organiques pour nourrir les vers de terre et les vies minuscules sont une solution en attendant des jours meilleurs pour la nature... Etc.

Sauver le ver de terre


ISBN 978-2-9573766-0-5 300 pages. Format poche. Prix : 8,80 €. Sortie le 19 sept. © Christophe Gatineau ISBN 978-2-9573766-0-5 300 pages. Format poche. Prix : 8,80 €. Sortie le 19 sept. © Christophe Gatineau

 

 Après l’Éloge du ver de terre publié chez Flammarion en 2018, le 19 septembre prochain sort : Sauver le ver de terre, l’un des premiers marqueurs de la biodiversité, une édition soutenue par l'Office français de la biodiversité dans le cadre de Mon projet pour la planète, un appel à projet initié le 6 juillet 2017 par monsieur Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, lors du lancement du Plan climat.

Et Sauver le ver de terre était le projet arrivé en tête de la catégorie des projets pour la reconquête de la biodiversité lors de l’élection citoyenne organisée par le ministère. Découvrir le projet. Télécharger le communiqué de presse.

 Sommaire

  • Lettre à monsieur le président de la République
  • 12 août 2019, réponse du ministère de l’Agriculture
  • Gouverner, c’est prévoir
  • Mon projet pour la planète
  • Le plafond de verre
  • Le ver de terre butine
    — La drilosphère
    — Le nectar racinaire
  • Classification
  • Les enchytréides, ces vers de terre méconnus
  • 13 mai 2019, monsieur le Président
  • 28 mai 2019, monsieur le Ministre
  • 3 mars 2020, la fin des paysans
  • La charrue est-elle en cause ?
  • Le sol, cette ressource naturelle non renouvelable
    — Ils rajeunissent les sols
    — Qu’est-ce que la résilience agricole ?
  • L’agriculture, une activité calorivore
    — La guerre de la calorie
    — Pour illustrer sa puissance de feu
    — Le repos du guerrier
    — Ce qui fait bouillir la marmite
  • Lettre à ma fille Maud, par Xavier Mathias
  • La popularité des vers de terre avant et après Darwin, par Éric Blanchart et Christian Feller
  • Un environnement toxique
  • Écotoxicité, par Céline Pélosi
  • Restaurer des populations affaiblies
  • Ces nouveaux vers mangeurs de vers de terre
  • Un Homme, ça va, trois…
    Dr Cyril G. Hopkins
    — Produire de la nourriture
    — Pourquoi détruit-on les écosystèmes ?
    — Comme des enfants, nous jouons avec
  • Coup de projecteur sur Pierre Joigneaux
  • Et la lumière fut
  • Rôle des vers de terre dans la formation de la terre végétale, par Charles Darwin

Si cette suite devait faire passer un seul message, quel serait-il ? Qu’il est urgent de réconcilier l’agriculture et la nature en réparant ce lien qui a été rompu.

Ver de terre © Christophe Gatineau Ver de terre © Christophe Gatineau

Et pour finir, la question qui tue : les pesticides tuent-ils les vers de terre ?

— Pour faire simple, il y a des agriculteurs qui épandent des pesticides ou qui sont en bio et qui ont plein de vers de terre dans leurs sols, mais il y en a encore beaucoup trop qui épandent des pesticides ou qui sont en bio et qui ont très peu de vers de terre dans leurs sols.

En effet, si un agriculteur utilise des pesticides mais nourrit la vie de ses sols, soit par une fertilisation organique ou la technique de l’interculture, une technique héritée du Moyen-âge et qui consiste à faire une culture pour nourrir les habitants du sol entre 2 cultures pour nourrir les humains, il concoure à la biodiversité. La nourriture est un préalable à la vie. Ensuite, cela ne veut pas dire que les pesticides soient sains, c’est un autre problème, la preuve avec les néonicotinoïdes.

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