Pourquoi je ne manifeste pas pour sauver le climat ?

La pollution de l’air tue environ 130 personnes tous les jours en France, 1300 en Europe, et elle fait le bonheur de la Bourse. En quelques semaines, un simple virus biologique, le Covid-19, les met toutes à genoux, cherchez l'erreur !

Sans aucune marche, protestation ou manifestation, et à juste titre, des mesures exceptionnelles sont prises par le gouvernement pour endiguer le virus : « Quoi qu’il en coûteParce que la santé n’a pas de prix. » Quant au climat, « On ne peut pas changer le Système du jour au lendemain… » On ne peut pas changer un système qui régale les actionnaires.

Madame Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de madame la ministre à la Transition, déclarait au mois de décembre dernier : « La transition doit être radicale, pas brutale ! » Beau sujet pour une thèse de philosophie tongue-out

En 2018, la pétition L’Affaire du siècle, pour une justice climatique, a réuni 2 millions de signataires en un mois. Mais comme me disait un partisan de l’inaction politique : Qui sont-ils, que représentent-ils ? Bilan, un frémissement médiatique, un coup d'épée dans l'eau. En cause, toujours la même, le pouvoir financier qui ne voient que midi à sa porte, le pouvoir politique qui lui sert la soupe, et ce fameux plafond de verre qui le protège. À l’origine de la mortalité des abeilles et de l’effondrement du système biologique comme déjà argumenté.

Il n’y a aucune volonté politique à créer un monde qui dure, puisque leur seule volonté est de faire durer le plus longtemps possible ce système économique qui épuise la santé de la planète. Prenons un exemple au hasard… l’opposition aux pesticides née il y a 60 ans.

Malgré la contestation, les épandages n’ont jamais cessé d’augmenter, puisque c’est bon pour les affaires. Même le plan national Écophyto de 2008 qui visait à les réduire de moitié avant 2018, 700 millions d’argent public investi, a été un véritable succès pour les multinationales ; leurs ventes ayant augmenté de 24 % pendant toute cette période de réduction... Trop forts !

Mieux, les pesticides sont si bien amarrés à notre système agricole, qu’une application mobile se développe pour prévenir les riverains des pesticides de rentrer chez eux pendant les épandages. Et certains activistes voient ça comme une victoire, et ça l’est d’une certaine manière, puisque les pesticides ne reculeront jamais devant rien.

Que faire ?

En 2000 ans, jamais une seule marche ou manifestation pacifique n’a fait changer quoi que ce soit. C’est triste, mais c’est ainsi, c’est la nature humaine, la violence d’un pouvoir ne craint que la violence d’un contre-pouvoir. Et en qualité de non violent, difficile de prôner le combat physique. Toutefois, je concède que ma posture doit faire ricaner ceux qui tiennent les fusils et qui usent de la violence pour nous imposer un monde sans lendemains qui chantent.

Pourquoi marcher pour le climat le 14 mars ?

Greenpeace explique :  « Les catastrophes climatiques vont s’intensifier si l’on ne fait rien. » Comment ne pas partager ? « Jamais la planète n’a eu aussi chaud depuis 2000 ans. Partout dans le monde, les populations souffrent d’événements climatiques extrêmes. Rien qu’en France, la chaleur en 2019 a battu des records, les sécheresses ont décimé des forêts, et les incendies ont ravagé des milliers d’hectares de cultures. En Europe, l’été, les hautes températures et les pics de pollution asphyxient les grandes villes. À l’autre bout du monde, le Groenland fond, l’Inde manque d’eau, l’Amazonie disparaît et nos poumons brûlent. »

Petits rectificatifs. L’Amazonie ne disparaît pas à cause du climat, mais du climat financier... Les sécheresses ne déciment pas la forêt française, mais la monoculture d’arbres... Bref, dire que « pour enrayer la déforestation au 19siècle, nos ancêtres ont cru que l’exploitation des énergies fossiles serait la solution. À fond le charbon et le pétrole, et, deux siècles plus tard, la déforestation est repartie de plus belle, les énergies fossiles ayant au passage bouleversé le climat de la planète. Et sous nos yeux aveuglés, les sols nourriciers filent rejoindre les océans de plastique… » (Extrait de L’Art du bon sens paysan à paraître aux Éditions de l’Aube).

On marche pour sauver le climat, on agit pour sauver les réserves des banques, mais jamais pour sauver les réserves nutritives terrestres. Jamais, comme si le sujet était tabou. Un fait pourtant beaucoup plus grave que le bouleversement climatique, mais totalement passé sous silence, tout le monde préférant croire que les sols cultivables sont une ressource renouvelable !

Franchement, qui peut encore croire qu’une déforestation sans précédent pour conquérir de nouveaux sols nourriciers, et une libération du carbone végétal emprisonné dans la croûte terrestre il y a 300 millions d’années, n’allait pas plomber l’ambiance…embarassed

Qui peut encore croire que le seul fait de marcher allait mettre au pas les actionnaires des lobbys de l'automobile et du pétrole ?

Marcher pour être ou ne pas être

Quand vous ne marchez pas, ceux qui manifestent ne se gênent pas pour vous culpabiliser de ne rien faire. Pourquoi n’avez-vous pas défilé contre la réforme des retraites ? Sous-entendu, vous êtes pour. Pourquoi n’avez-vous pas marché contre les pesticides ? Sous-entendu, vous êtes pour Monsanto, contre les coquelicots ! Etc. Et vous, que faites-vous après avoir manifesté ? En dehors de manifester l'envie pressante de retrouver vos chaussons et vos petites habitudes...

Qu’est-ce qui différencie une crise sanitaire d’une crise climatique ?

Sachant que la crise climatique est par essence sanitaire et criminogène, la seule différence, c'est la santé de la Bourse. Et le jour où le soleil ne brillera plus pour elle, soyez certain que des décisions radicales et brutales seront immédiatement prises sans avoir besoin de nous manifester.

Et si vous vous obstinez à faire votre mauvaise tête, le concept d’Écologie souriante développé le 2 décembre dernier par le chef du gouvernement ne va pas arranger vos affaires...

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.