Instituteur : sportif, créateur et terrien

Le roman familial est souvent composé d'énigmes. Mon rapport à ce dernier, du fait de la langue française ; reste délicat. Néanmoins, parfois des brèches de saveurs "symboliques" partagées avec un oncle se dévoilent. L'abandon, puis l’adoption peuvent créer des visions voilées de la famille. Au reste, il y a des échanges - transférentiels - qui peuvent marquer. Tel est cet hommage !

Chapelle Saint-Jean, Saint-Jean-de-Coquessac Chapelle Saint-Jean, Saint-Jean-de-Coquessac
L’enracinement de Philippe B.

L’été dernier alors que ma compagne et moi étions en vacances à Saint Cyprien sur mer, je tachais de réfléchir et de me documenter sur la IIIème République et ses hussards noirs. Dans l’héritage, de Jules Ferry il s’agissait alors de « fantasmer » une école républicaine en 2016. Bien sûr, cet égarement était anachronique. Cependant, la découverte de la trilogie de Jules Vallès – perçue à partir d’une période déterminée : la financiarisation du monde dès 1895, cela portait à imaginer une république des lettres. Dans ma famille paternelle plusieurs instituteurs ont forgé ma culture d’adoption. Formés  dans les Ecoles Normales d’Instituteurs durant les années 70 moult héros de l’éducation de cette communion d’êtres dans la famille nommée Gerbaud ont joué un rôle identificatoire dans ma vie. J’en appelle notamment à Philippe B., instituteur, sportif assidu, inventeur.  Voilà 30 ans, ce dernier me faisant découvrir entre deux séances de lecture des vestiges gallo-romains. Philippe aurait pu être chercheur en archéologie. Nous (re)faisions des mondes – découvertes sur des lieux cultes du Gers… Le mystère des pierres m’envoutait. S’il eut été question d’étudier à l’université, certainement le destin des rapports familiaux aurait pu être différent. Mais, je ne sais ?

La grande Histoire et la petite histoire

Durant les années 70 / 80 / 90 / 2000, jusqu’à 2017, la lutte des classes – héritée de Jean Jaurès, de Léon Blum et de la « vraie gauche » post SFIO a-t-elle au moins existé ? Autrement dit, la culture des classes a-t-elle déjà existé chez les pauvres (ouvriers, employés, petits cadres) ? Inconsciemment, oui, car justement dans la famille, parler de « culture des classes » reste tabou. Là, est la raison pour laquelle d’une manière non-consciente engrammée (fixer dans le système nerveux sous forme de traces) – on ne pense qu’à cela. De mon côté : abandonné, adopté, handicapé visuel, élève moyen en difficultés scolaires, déclassé dès le départ ; je fus un paradigme vivant du « sans racines ». Mon oncle de Lomagne (Commune du Tarn et Garonne), lui-même si fils unique comme je peux l’être – me semble toujours enraciné dans son terroir du pays de l’ail. L’inverse radical de moi s’incarnait en lui… En dépit de quoi, artiste, héritier de son grand-père peintre, attaché aux valeurs d’une gauche « épargnée » par mai 68 mais néanmoins conciliant élan de liberté et rigueur pédagogique, cet homme honnête, domestiquant un corps vif par l’activité physique, loyale, toujours à l’écoute et très serviable où Philippe reste le membre de la famille (sur plus d’une cinquantaine d’individus) avec lequel je puis partager encore quelques horizons.

La territorialisation vs la déterritorialisation ?

Du côté de la famille B. des amis de proximité ont adopté deux enfants originaires du Salvador. Jimmy et Douglas – proches de l’inénarrable écrivain réactionnaire et conservateur, sympathisant du Front National vivant à Plieux : Renaud Camus. Cet homme incarne toutes les valeurs face auxquelles je lutte sans vergogne ! Renaud Camus, qui fut tristement proche de la famille R. C’est la territorialisation même, d’une psychologie fasciste. Mais l’artiste- écrivain n’est pas que cela… Un soir, sur Facebook il dit ironiquement, en 2012 : « Votre syntaxe est trop complexe, je ne comprends pas ! ». Ainsi, Mathieu François Du Bertrand, de son vrai nom Jimmy R., ancien poulain de Renaud Camus, incarna des années durant les valeurs que je combats… En espérant que ce dernier contre-révolutionnaire ait pu dé-rigidifier son corps, avec le temps : j’y crois toujours… Du coup, Philippe – ami proche de la famille R.- pu suivre les créations du jeune écrivain MFDB devenu critique d’art. Des années durant, j’ai oublié – suite à mes études d’art, de philosophie et de sciences humaines - que l’art était mort, depuis ada, les surréalistes et le situationnisme lettriste. Au XXIème siècle, l’art n’existe plus. La seule manière matérialiste de s’adonner à l’art, étant de se révolutionner soi-même.  Mathieu, rêvant du Salvador, se sentait surtout plus parisien que tout royaliste français de souche. Et moi, au milieu de ces rencontres insolites parisiennes, défendant à tous crins : la transgression, la révolte urbaine, l’insurrection, les barricades et tout autre signe de cette « déterritorialisation » (i-e : La déterritorialisation est un concept créé par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans L'Anti-Œdipe en 1972 qui décrit tout processus de décontextualisation d'un ensemble de relations qui permet leur actualisation dans d'autres contextes. Par exemple, dans l'Anti-Œdipe, Deleuze et Guattari font l'éloge de Freud pour avoir libéré le psychisme, par un processus de déterritorialisation, au moyen du concept de libido. Ils lui reprochent, en revanche, d'avoir reterritorialisé la libido sur le terrain du drame œdipien). A présent, dans un contexte enraciné social et politique ; où puis-je me situer ?

Après tout, Philippe B. reste un homme de l’enracinement. Il est, du reste, par excellence ; celui qui échappe à une identité figée. Connaissant par cœur la géographie des Pyrénées de la carte et du territoire longuement parcourus, à travers son être. Cette poétisation de la terre, par le pas alerte, donne souvent un désir de départ... Face à lui je reste ignorant tout autant que « non dupe, errant » Certainement, dois-je manquer de proximité avec la Terre ? Un jour, je partirais sur les grands chemins ! 

 

 

 

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