Christophe Gervot
Blogueur engagé, psychanalyste praticien et chercheur, musicien auteur, compositeur, interprète, écrivain, artiste plasticien tous médiums et artiste digital engagé, également connu sous le nom de GoldenCangré, de Christopher Reed, et de Christopher Wordy Aliens, traducteur et formateur comme entrepreneur individuel, et Youtubeur à titre personnel.
Abonné·e de Mediapart

116 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 nov. 2021

Des pages introductives inédites à 'Sur la route, j'ai perdu quelque chose'

Quand j'ai commencé à écrire mon premier roman publié, j'ai commencé par écrire ces pages que je publie ici et que j'ai retranchées du texte publié chez Librinova. C'était une sorte de réserve à écrire sur cela. Aujourd'hui, je m'y suis replongé et je réalise combien j'ai changé par rapport à ces années d'écriture, comme ceux qui me connaissent maintenant peuvent en attester.

Christophe Gervot
Blogueur engagé, psychanalyste praticien et chercheur, musicien auteur, compositeur, interprète, écrivain, artiste plasticien tous médiums et artiste digital engagé, également connu sous le nom de GoldenCangré, de Christopher Reed, et de Christopher Wordy Aliens, traducteur et formateur comme entrepreneur individuel, et Youtubeur à titre personnel.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 J’aurais voulu…

… avoir une enfance dorée. Elle le fut, dorée, ces longs étés dans la campagne de Loire-Atlantique, c’est-à-dire : dans les terres, qu’aucune fraîcheur de Loire ou d’Atlantique ne venait distraire. La mer, elle était loin : 30 kilomètres, pour nous, enfants, ou pour nos parents si prudes et si terriens, que rien ne devait éloigner de leurs labeurs d’une vie. Aller à la mer, ce fut si rare, mais c’est là-bas pourtant que j’entrevis, là-bas marchant sur les plages, ou couchée sur le sable, la beauté, celle des corps. La Loire inondait les marais tout proches, mais jamais, enfant, je ne les traversai, sauf pour rendre visite à des parents par les routes goudronnées. Pas avant l’âge adulte, celui où la joie est déjà perdue.

… garder mes amis des premières années, celles où tout semblait permis. Jouer avec l’eau dans la grange du voisin. Penser à aller à l’école pour la première fois, à 5ans. Jouer encore avec les garçons du village, plutôt qu’avec les filles, mené par ma sœur.

… avoir un frère, plutôt qu’une sœur. L’aimer, me reposer sur ses épaules, l’embrasser sur les joues, l’admirer et le suivre, de près puis de loin. Un frère qui aide à grandir.

… que mon père me prenne par la main pour m’inscrire au club de foot, où jouaient tous mes camarades. J’étais bien maladroit au milieu d’eux, à l’école, sur le grand terrain de la commune et bien ignorant des règles subtiles du jeu.

… que ma mère n’ait pas une peur phobique de l’eau. Qu’elle ne soit pas phobique du tout. Qu’elle ne s’arrange pas auprès du médecin de famille pour me faire dispenser des séances de piscine.

… apprendre à lire par la méthode globale, voire mixte, au lieu de la méthode syllabique de ma vieille institutrice de CP. Ne pas recevoir de coups de règle sur les doigts si je m’étais trompé.

… ne pas devoir aller à la messe chaque dimanche. Ne pas devoir subir la parole naïve et réductrice des prêtres. Ne pas m’entendre dire par un abbé qui me serrait la main : « Christophe, ça veut dire : qui porte le Christ ».

Une chape de plomb s’abattit sur mon enfance, vers l’âge de cinq ans. Je n’ai pas encore fini de la soulever. Quand je m’aperçus que les mots sonnaient faux, ne rimaient qu’à réduire, au silence, moi, l’enfant, à me réduire, d’abord dans les murs bien réels d’une maison si vide, puis dans ceux d’une prison intérieure. Les mots qui isolaient, au lieu de lier. Et pas de mots pour séparer, me séparer, moi, de tout ça.

Je suis né au printemps 1968. La Révolution ne gagna pas la campagne de Loire-Atlantique. Seule, la grève que fit mon père aux chantiers navals. Mes parents m’éduquèrent dans les principes d’avant, sans qu’aucune liberté n’éclaire mes jeunes années.

Plus justement, ma mère ne pouvait m’accorder la liberté qu’elle n’avait pas eue enfant; mon père gardait jalousement le souvenir de la sienne, de peur de l’oublier.

J’ai rêvé que : j’étais emprisonné, avec mon père et ma mère. Puis mon père revenait au galop d’une course à cheval, dans les bois. Un bibliobus s’arrêtait dans l’enceinte. Ma mère s’y rendait.

Ma mère a le goût des livres, mon père a gardé le contact avec le désir.

J’aurais aimé ne pas perdre le sommeil à vingt-deux ans.

On me demandait, des familiers me demandaient ce que je voulais faire plus tard. Très tôt, dans l’enfance, je dis : pilote d’hélicoptère, ou : dessinateur de BD. De quoi s’évader.

On me demanda ça très tôt. Plus tard, au collège, je voulus, très sincèrement, devenir archéologue. Un oncle me rogna les ailes en parlant de la rareté du métier : un seul en Loire-Atlantique ! Et puis passer ses journées dans la terre, à fouiller, disait ma mère, c’est sale.

On me le demanda très tôt puis, longtemps, plus rien. Je ne savais pas. On se contentait de cette réponse. « Il a le temps ! »

Puis vint celui des décisions, après le bac. Je passai le concours d’entrée aux Beaux-arts, avec succès, mais choisis une école de publicité et d’arts graphiques. Deux trimestres puis j’abandonnai.

J’entrai à la fac, pour renouer avec l’esprit, devenir traducteur-interprète. Trois ans, puis je voulus enseigner. A cette époque, j’allais mal. Je me voyais tel Unamuno à Salamanque, universitaire, pas moins.

Longtemps on ne me demanda rien, alors je mis longtemps à me demander, moi, ce que je voulais de ma vie. J’ai tardé à me mettre en chemin, et, sur la route, j’ai perdu quelque chose.

Christophe Gervot, écrivain, le 3 novembre 2021

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Un passeur algérien raconte son « business » florissant
En 2021, de nombreuses personnes ont tenté de quitter l’Algérie et rejoindre l’Europe par la mer, débarquant à Almeria, Carthagène ou aux Baléares. Dans le sud de l’Espagne, Mediapart s’est s’entretenu longuement avec un de ces « guides » qui déposent les « harraga » (exilés) en un aller-retour. 
par Nejma Brahim
Journal — Logement
À Lyon, une école occupée pour aider une famille sans logement
Le collectif citoyen « Jamais sans toit » a commencé l’occupation de l’école Michel-Servet, dans le 1er arrondissement, pour témoigner son soutien à deux enfants scolarisés ici sans logement avec leurs parents. À l’heure actuelle, dans la métropole lyonnaise,  110 enfants et leurs familles sont à la rue.
par Faïza Zerouala
Journal — Énergies
Régulation de l’énergie : la politique du pire
En excluant la période de spéculation débridée fin décembre sur le marché de gros de l’électricité, la commission de régulation de l’énergie aurait pu limiter la hausse des tarifs régulés à 20 % au lieu de 44 %. Elle a préféré faire les poches d’EDF et transférer l’addition aux consommateurs après l’élection présidentielle.
par Martine Orange
Journal
L’action des policiers a causé la mort de Cédric Chouviat
D’après l’expertise médicale ordonnée par le juge d’instruction, la clé d’étranglement et le plaquage ventral pratiqués par les policiers sur Cédric Chouviat, alors que celui-ci portait encore son casque de scooter, ont provoqué l’arrêt cardiaque qui a entraîné sa mort en janvier 2020.
par Camille Polloni

La sélection du Club

Billet de blog
Génocide. Au-delà de l'émotion symbolique
Le vote de la motion de l'Assemblée Nationale sur le génocide contre les ouïghours en Chine a esquivé les questions de fond et servira comme d'habitude d'excuse à l'inaction à venir.
par dominic77
Billet de blog
« Violences génocidaires » et « risque sérieux de génocide »
La reconnaissance des violences génocidaires contre les populations ouïghoures a fait l’objet d’une résolution parlementaire historique ce 20 janvier. C'était un très grand moment. Or, il n'y a pas une mais deux résolutions condamnant les crimes perpétrés par l’État chinois. Derrière des objets relativement similaires, se trouve une certaine dissemblance juridique. Explications.
par Cloé Drieu
Billet de blog
Agir pour faire reconnaître le génocide ouïghour. Interview d'Alim Omer
[Rediffusion] l’Assemblée Nationale pourrait voter la reconnaissance du caractère génocidaire des violences exercées sur les ouïghour.es par la Chine. Alim Omer, président de l’Association des Ouïghours de France, réfugié en France, revient sur les aspects industriels, sanitaires, culturels et environnementaux de ce génocide.
par Jeanne Guien
Billet de blog
La cynique et dangereuse instrumentalisation du mot « génocide »
La répression des Ouïghours existe au Xinjiang. Elle relève très probablement de la qualification juridique de « crimes contre l’Humanité ». Mais ce sont les chercheurs et les juristes qui doivent déterminer et les faits et leurs qualifications juridiques, et ce le plus indépendamment possible, c’est à dire à l’écart des pressions américaines ou chinoises.
par Bringuenarilles