Mon Didier et ma madame R., ou comment ne pas étudier médecine

A l'époque ou je logeais chez une madame R., non loin d'une autre bourgade où j'avais eu un ami de prénom Didier, j'eus la velléité de vouloir passer un concours en le préparant à distance.

Madame R. était veuve et sa grande maison fermait à clé. Oui. Quand nous y étions, quand nous y dormions, nous étions séparés de l'extérieur par des murs, des fenêtres vitrées, une toiture et des portes, mais les étudiants qu'elle logeait n'en ouvraient et fermaient, avec leur clé, qu'une seule. La porte d'entrée.

Nous étions à l'étage, et... mais je ne vais quand-même pas décrire un intérieur privé sans le déguiser un tant soit peu ? Non. Et, donc, il y avait un cours de tennis et une fontaine devant la maison, dans le parc, qui ne fonctionnait que les jours pairs. Oui.

Madame R. était connue pour faire des travaux de bricolage qui mettaient sa cuisine sens dessus-dessous et qui ne nous laissaient pas une minute de calme pendant ses retours de la banlieue nantaise avec la camionnette de sa voisine Monnette. Elles étaient fâchées depuis le mariage de Charles avec Camilla. Madame R. était moderne, du genre à voter pour le quinquennat, alors que Monnette, après avoir renié son communisme de jeunesse, montrait une tendance au conformisme et préférait dire que Charles avait mieux à faire que de penser à se remarier.

Mais, tout cela, je ne le savais pas en fait, car je préférais, moi, regarder Limoges à la télé. On captait si bien les ondes télés que les parasites ne nous gênaient pas. Pas plus que que le passage des oiseaux migrateurs de Bretagne vers le terres continentales, car lors nous n'avions que pluies acides et marées noires pour nous désoler.

Cependant, mon ami d'avant, Didier, très discret, pas du genre à faire grand bruit, avait pensé à bifurquer, et à commencer des études de médecine.

Mais, un professeur qui en était resté à la période des Yéyés, comme plus "adequate" que flirtant avec la crête de l'activté épidémique d'alors, qui n'était que grippe et, bien sûr, SIDA, et autres, la lui décrivait comme assez peu conforme à son goût pour la photographie de la voûte céleste.

Mais, comme j'avais abandonné les entraînements du club d'entartrage à cause de mon âge et de mon réel goût pour la crème chantilly (et oui, à l'Hôtel de Ville où Monette m'avait conduit - Oui, Madama R. si vous vivez encore, j'avoue que j'ai connu Monette - j'avais trouvé la liste des clubs et associations locales, et...  (mais c'est une autre histoire)) je me résolus à me dire que ce concours préparé à distance me ramenait trop à mes études secondaires.

Bref, et finalement, ni moi, je ne concourus, ni Didier n'étudia médecine, mais bien sûr, c'est par d'autres que je le sus, Didier étant très discret.

Il ne l'est pas resté, car je le vois beaucoup sur les réseaux sociaux.

Comme quoi, nos destinées sont parfois assez imprévisibles.

Lui et moi n'étions pas d'accord, au temps où nous étions amis, sur le meilleurs plat test dans les restaurants : je disais que c'était les lasagnes, il disait que c'était la bouillabaisse.

Christophe Gervot, écrivian, le 11 mai 2021.

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