Lourd. Léger. Libre. (un extrait de mon troisième roman)

Ce troisième roman, 'Lourd. Léger. Libre.' est en cours d'écriture.

Lourd. Léger. Libre. (extrait de 'Lourd. Léger. Libre' lu par l'auteur) © Christophe Gervot

(Extrait du premier chapitre)

Baptiste s’est préparé à ce voyage en consultant un plan de Paris et sa banlieue, en mettant dans un sac 3 sandwiches faits maison, une banane et une bouteille d’eau. Il a dormi, s’est douché et vêtu. Il est parti avec de l’avance pour parer à d’éventuels bouchons sur la route.

J’ai mal dormi. J’éteins la radio, je me lave le visage et je me rince les dents à l’eau tiède. J’ai fait tout ça, après avoir bu un café au lait et mangé une banane, avec les volets clos. Pourtant j’aime la lumière. Tiens, j’ouvre les persiennes de la cuisine. Il fait beau, quelques voitures passent en bas. La radio a parlé de la Palestine et d’un nouveau plan israélien pour Gaza. Il faut que je parte. Je vérifie tout et je fonce en mettant mon blouson. Je n’ai pas vraiment fait d’effort pour m’habiller. Voilà, j’arrive à ma voiture. Par où je passe pour aller vers Paris ? Ah, oui, sortie Est.

Il est arrivé jusqu’au périph’ sud, les jambes un peu raides, a bifurqué vers Montrouge, en banlieue immédiate. Il a trouvé le foyer de La Poste qui lui propose une chambre et a pris l’ascenseur jusqu’au 5ème. Là, Luisa l’a briffé sur les conditions de séjour et lui a montré sa chambre, côté rue.

« Le tarif n’est pas cher pour la Région parisienne, et pas la peine de chercher en arrivant. Tu vas – je te tutoie, je tutoie tout le monde, c’est La poste, faire ta période d’essai et après tu verras si tu restes ici ou si tu préfères ton propre logement. Y en a qui restent, et d’autres qui préfèrent pas, ou alors ils sont en couples et ne peuvent pas vraiment rester. Tu vas voir.

Assez bruyante, la chambre, mais pas tant que ça, le 5ème y pare. En face, il y a des immeubles couleur de pierre, des murs à revêtements blancs, des fenêtres à garde-corps de métal peint et des toits en tôle gris. Gris-bleu. Luisa lui a montré les cuisines, l’espace laverie et lui a dit que finalement, il ne serait pas affecté à Bagneux le lendemain, mais resterait à Montrouge. « Ce sera plus facile. »

Alors il s’installe dans cette chambre, place ses livres sur l’étagère, prépare son lit, va faire un tour dans l’immeuble. Il y rencontre un collègue qui lui dit que lui, il a apporté sa télé, dans sa chambre, un autre qui vient des Comores et qui cuisine des plats de là-bas, ce qui lui fait envie, à lui qui ne fait que frire de la dinde et des pommes de terre rissolées vite fait ce jour-là, achetées pas loin. Il y a des jeunes qui commencent, comme lui, et d’autres qui on déjà de l’expérience et qui sont toujours là, au foyer.

Dans sa chambre, étendu sur le lit alors que la lumière du jour tombe et que, l’instant d’avant, les immeubles d’en face semblaient encore vides pour la plupart – rien d’allumé – il se dit que quand même les circonstances de sa vie ne sont pas toujours simples. Mais il se lève d’une impulsion et d’un mouvement pour s’approcher de son sac à dos. Il y a apporté un cahier, un bloc-notes et son agenda de l’année universitaire écoulée. Avant de quitter sa ville d’alors, celle où il a travaillé avant, il a aussi eu sa dernière séance avec un psychanalyste - dernière par force, plus possible d’y penser, il faudra trouver un autre analyste – qui lui a dit : « ça a l’air poétique, vous allez écrire sur ça… » mi-interrogatif mi-sentencieux.

- Peut-être » il lui a répondu. La mention de sa ville d’affectation avait déclenché ça.

Et là, dans le soir, il allume le plafonnier et prend son cahier, et son crayon de bois. Il écrit.

Christophe Gervot, écrivain, artiste auteur d'oeuvres numériques vidéos, artiste plasticien tous médiums, à Missillac, le 14/7/2021.

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