Comment l'état français veut en finir avec la psychanalyse et le lien social, 2

Le psychanalyste se préoccupe du particulier : de la singularité de son patient

Le psychanalyste se préoccupe du monde dans lequel ses patients et lui-même évoluent

Commentaire de la citation : « La seule définition de l’action morale possible est celle dont Kant donne la formule bien connue – Fais en sorte que la maxime de ton action puisse être prise comme une maxime universelle. (…) Traduire Allgemeine par universel pose une petite question, car c’est plus près de commun. (…) Agis de telle façon que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir comme principe d’une législation qui soit pour tous. » (Lacan J. Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, Coll. Champ freudien, p. 93

 

A – Politique et psychanalyse, du côté du général

I - Le psychanalyste se préoccupe du monde dans lequel ses patients et lui-même évoluent

La pratique de la psychanalyse, qui implique la libre parole pour les patients, et dont les communications publiques des psychanalystes et parfois des analysants ou analysés, doivent, pour toucher au tranchant de ce qu’est la psychanalyse, être possibles sans que leur rapport aux pouvoirs politiques leur impose une quelconque censure ou altération de leur doctrine ou de leur pratique, est nécessairement liée à un régime politique démocratique.

De plus, que serait une séance d’analyse où le patient s’extrairait des milieux et des cadres familiaux, d’entourage, scolaires… dans lesquels il est né, a grandi, a fait des choix pour lui-même et quant à son implication sociale ?

« On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille / On choisit pas non plus les trottoirs de Manille / De Paris ou d'Alger pour apprendre à marcher / Être né quelque part / Être né quelque part, pour celui qui est né, / C'est toujours un hasard / (Nom'inqwando yes qxag iqwahasa) / (Nom'inqwando yes qxag iqwahasa) »1

Et que sont tous ces milieux, sinon dépendants du cadre social général et politique des périodes qu’il traverse ?

« Est-ce que les gens naissent égaux en droits / À l'endroit où ils naissent ?/ (Nom'inqwando yes qxag iqwahasa)»2

Par exemple, les enfants qui sont allés à l’école primaire dans les années 70 ont connu et profité de la réforme qui a institué la mixité dans les classes. Sans doute ont-ils profité aussi, et les élèves actuels aussi, de la réforme instituant le « collège unique ». Partager des moments avec des enfants de l’autre sexe, et de plus des enfants vivant dans le plus loin que la rue ou le village, et plus tard côtoyer des jeunes de toutes origines sociales, le plus souvent, et surtout « réussissant », selon les normes scolaires, plus ou moins bien leur scolarité et recevant tous de leurs professeurs des connaissances ordonnées selon les mêmes « programmes », sans doute était-ce, est-ce une chance.

 

Le discours psychanalytique, porté par les psychanalystes et ceux qui s’orientent, dans d’autres champs, de la psychanalyse, n’est sans doute pas sans conséquence sur le cadre social où il peut perdurer ou se développer. De nos jours, encore, des psychanalystes agissent comme membres des comités d’éthique, sur la bioéthique, par exemple, ou sur les lois qui régulent les questions de genre. D’autres s’attèlent à défendre les orientations psychanalytiques dans des champs connexes, comme la psychiatrie. Je pense ici au groupe inter-écoles qui a mis à mal le DSM.

Mais les rapports du maître avec la psychanalyse, des maîtres anciens ou du maître moderne, ont souvent été conflictuels. Le pouvoir politique rêve de maîtrise. Nous avons connu, en France, en 2003, l’instauration de l’évaluation des psychanalystes par le gouvernement de Jacques Chirac, sous l’action de M. Accoyer. Les psychanalystes, notamment ceux de L’Ecole de la Cause freudienne, s’y sont opposés, et j’ai participé, alors à l’un des « Forums des psys » organisés en France, comme analysant. Il y était question d’évaluer les psychanalystes, sous couvert de protection du public contre les charlatans. Apparemment, la régulation au sein des associations de psychanalystes, qui se donnent leurs règles de fonctionnement, ne suffisait plus. Mais que proposaient les gouvernants à la place ? Et par quoi l’ont-ils remplacée ?

Dans le Séminaire, Livre VII, Lacan nous parle de l’utilitarisme de Jeremy Bentham, dont la philosophie consiste à ne reconnaître pour mobile des actions humaines que l’intérêt qu’elles représentent. Mais nous pouvons aussi écrire sur le « panoptique », qui donna, et ce fut sans doute, en dehors de ce que décrit Georges Orwell dans 1984, longtemps, sa première réalisation, des « maisons pénitentiaire(s) aménagée(s) de telle sorte que le surveillant puisse voir chaque détenu dans sa cellule sans être vu lui-même. »3 Nous savons que la vidéo surveillance des espaces publics a fait son chemin dans nos sociétés « modernes » et que, si l’opinion de gauche s’est souvent opposée à leur déploiement, les élus de toutes tendances ont fini, progressivement, par en équiper leurs villes et villages.

Pendant le quinquennat de François Hollande, face au terrorisme qui s’est attaqué, notamment à des parisiens attablés en terrasses de cafés, de restaurants, ou à des policiers, militaires ou à un prêtre, et aussi en réponse à l’assassinat d’enfants juifs sous Nicolas Sarkozy, l’état d’urgence a été décrété et a permis que règnent en France des lois d’exception, comme le maintien en résidence surveillée de personnes seulement soupçonnées d’opinions divergentes. La loi sur le renseignement a été modifiée. Voici ce qu’un communiqué de presse d’Amnesty International France, dont j’ai été membre, m’a appris de cette loi :

 

« COMMUNIQUÉ DE PRESSE D’AMNESTY INTERNATIONAL France, 20 mars 2015

Créée en 1961, Amnesty International est un mouvement mondial et indépendant de plus de 7 millions de membres et sympathisants qui œuvrent pour le respect, la défense et la promotion de tous les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Amnesty International a reçu le Prix Nobel de la paix en 1977.

Projet de loi sur le renseignement.

La France donne un blanc-seing au renseignement

Le projet de loi sur le renseignement présenté en Conseil des ministres hier, jeudi 19 mars, légalise des pratiques de surveillance extrêmement larges et intrusives sans pour autant exiger un contrôle du juge, garant des libertés individuelles.

«Par ce projet de loi, la France autorise la surveillance de masse pour la prévention du terrorisme sans contrôle judiciaire ni recours effectif pour les victimes de surveillance» dénonce Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International France.

Sans contrôle préalable judiciaire indépendant, le projet de loi légitime non seulement la mise en œuvre par les services de renseignement de techniques de surveillance ciblée mais aussi, dans le cas de la « prévention du terrorisme »,la mise en œuvre de techniques de surveillance de masse, imposée à des opérateurs privés. »

Notons que cela constitue sans doute une nouveauté, corrélée au mouvement de privatisation des télécommunications et des Fournisseurs d’Accès Internet.

Pourtant, « Toute surveillance doit être ciblée, fondée sur des soupçons plausibles et soumise à un contrôle judiciaire préalable », rappelle Geneviève Garrigos. « Ces mesures apparaissent ainsi comme illégales et disproportionnées et constituent une violation grave du droit au respect de la vie privée».

En amont des débats au Parlement prévus le 13 avril prochain4, Amnesty International interpellera les députés sur les préoccupations suivantes :

- L'introduction de techniques illégales de surveillance de masse.

Dans le cas où le Premier ministre estimerait qu’une menace terroriste serait révélée, il pourrait alors, sans aucun contrôle, décider de la levée de l’anonymat de données collectées de façon automatique par les opérateurs. »

Il s’agit là d’avoir accès aux factures des clients d’opérateurs de téléphonie, et bien sûr, de les écouter (rappelons-nous de la gaffe de Christiane Taubira, dont un journal de la presse papier avait agrandi les minutes des écoutes d’un mis en examen dont j’ai oublié le nom, à partir d’une intervention filmée de la Ministre de la Justice.)

Continuons :

«Amnesty International interpellera les députés sur les préoccupations suivantes : 

- La création d'une présomption de surveillance légale. » (Au lieu de la présomption d’innocence)

« Le projet de loi légalise des pratiques très intrusives de surveillance ciblée, en ne prévoyant qu’un contrôle juridictionnel a posteriori. La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), nouvellement créée, n’a pas de réel pouvoir de contrainte ou d’interpellation.

 

- Les nouveaux champs d'intervention des renseignements définis de façon trop vague.

Le cadre d’intervention prévu par la loi pourrait ouvrir la voie à la mise en œuvre de mesures de surveillance contre une très large partie de la population. » (Pourquoi donc ?)

« - L'absence de recours effectif pour les victimes de surveillance illégitime devant le Conseil d’Etat.

La procédure est opaque et prévue à huit clos, ne permettant pas aux parties de se confronter. »5

Il semble que le pouvoir politique n’est pas exempt d’accès de paranoïa, et de toute façon, d’abus de pouvoir, voire plus.

Depuis 2012, de façon très claire, je puis témoigner que moi, psychanalyste, j’ai fait l’objet d’écoutes massives et de lecture de mes échanges internet, voire de mes sms.

Certes, j’avais pris part, par ces moyens notamment, à la campagne de François Hollande pour les présidentielles, en y incluant des messages à l’intention de ses collaborateurs proches pour défendre la psychanalyse et aussi sa prise en compte dans l’accompagnement de l’autisme. Cause à effet ? Sans doute, mais pas seulement. J’y reviendrai plus loin.

 

II – Les répercussions possibles sur des sujets des politiques dont ils dépendent

Sur le territoire de l’ACF-VLB, à Nantes/Saint-Nazaire, un groupe de praticiens a abandonné sa participation aux travaux du courant dominant pour créer une association indépendante, bien que recevant très régulièrement des intervenants de l’Ecole de la cause freudienne : « Culture, Arts, Psychanalyse » (CAP).

Ils développent un travail important.

L’un de leurs membres, Arnaud pellé, a publié en octobre 2016, sur le site de CAP, une intervention qu’il fit dans ce cadre. Il a encadré l’équivalent des « Soirées d’étude clinique » de l’ACF-VLB, sur la schizophrénie notamment.

Il développe dans ce texte, articulés à la théorie, les effets sur des sujets schizophrènes en institution de la vidéo-surveillance généralisée dans la ville de Nantes :

« Il y a quelques années, un comité politique a décidé d’installer à Nantes des panneaux indiquant que nous étions surveillés. Pour éviter toute ambiguïté, il était précisé que cette surveillance visait notre sécurité. 

(…) De là se dégage une articulation logique entre la caméra — l’objet qui regarde — et la cause de sa présence : la protection, le « prendre soin de ». Une frontière est ainsi tracée tout autour de la ville. Franchissez‐la et l’on prendra bien soin de vous ! Le préciser n’est pas inutile car comme l’on sait, les bonnes intentions sont suspectes.

(…) Cette suspicion a eu pour effet la création d’un autre comité, une sorte de contre‐comité — un comité de défiance.

(…) Se réapproprier l’espace ! Je souligne cette formule puisqu’elle fait valoir l’élément d’intrusion dont nous reparlerons tout à l’heure via le stade du miroir. En effet, il semble qu’il y ait dans les bonnes intentions un effet d’assiégement sur le sujet protégé. Par conséquent, vouloir la sécurité des autres, c’est obtenir une lutte sur un axe duel — c’est-à-dire sur un axe imaginaire —, un rapport au savoir orienté par un transfert négatif (avoir à l’œil) et troisièmement, un effet d’assiégement (d’intrusion).

(…) Penser faire le bien, le bien de l’autre pour qu’il ne soit ni castré, ni manquant, ni déficient, ni handicapé, cela a‐t‐il des effets paranoïdes ?6 C’est évidemment une question centrale puisque toutes les nouvelles lois médico‐sociales indiquent qu’il nous faut répondre aux besoins des usagers en suivant les recommandations de bonne pratique — recommandations de quelques autres qui savent ce qu’il faut faire. »7

Arnaud pellé met en garde, ou plutôt constate les effets de ces politiques :

« Par conséquent, il ne faudrait pas que ces recommandations deviennent délirantes. »

Arnaud Pellé fait ensuite le lien avec le stade du miroir, «  fondateur de la fonction du « Je », qui structure le « Je », qui crée le « Je ». (…) L’image du corps pour un jeune sujet se présente d’abord sous forme de fragments, c’est-à-dire comme une dispersion angoissante. Le stade du miroir est cette circulation libidinale qui permet à l’enfant de s’identifier primordialement à « la forme visuelle de son propre corps » , c’est une captation par l’image de la forme humaine qui conduit tout sujet à une période de transitivisme, dit normal, au cours de laquelle il se confond littéralement avec son semblable », écrit-il.

« Tous confondus ! Autrement dit, la structure première du « Je » est d’être confondu avec le « je » des autres… Tous confondus, cela veut dire aussi, tous un peu délirants, sans bord, sans limite, sans boussole… « Je est un autre » / « Je est dans l’Autre » / « Je est partout » / Sauf là où je pense qu’il est ! Là où « je » pense, je ne suis pas. S’amorcent ensuite les identifications secondaires. C’est la conquête de l’identité ! Ce qui veut dire que l’enfant commence pour structurer son « je », pour pouvoir dire « je », à prélever les éléments qui l’intéressent sur son semblable (…). C’est ce que l’on appelle « L’éveil de son désir pour l’objet du désir de l’autre. Ici, précise Lacan, le concours primordial (au sens de la rencontre des autres) se précipite en concurrence agressive ». 

(…) Alors comment supporter qu’un ensemble d’individus, soutenu par une institution, se mette en tête de penser votre projet en fonction de l’idée qu’ils ont de vos besoins ! C’est insupportable ! Si bien que les sujets que nous accueillons dans nos établissements sont contraints, de structure, d’être plus ou moins soupçonneux sur ce qu’on peut leur vouloir. C’est d’ailleurs une question que nous pourrions dire universelle — Que me veut l’Autre ? (…) Pourquoi m’a-t-il regardé ? Cela peut aller d’une simple question à la constitution d’un délire.

(...) C’est pour cette raison que Freud a distingué plusieurs modalités de réponse, c’est-à-dire plusieurs versants transférentiels, notamment du côté de la psychose — le délire de jalousie, d’érotomanie, d’interprétation, de persécution, etc. — soit tout autant de réponses que le sujet peut élaborer à partir de cette question insupportable, au sens de ne pouvoir être supportée par aucune réponse, en tout cas par aucune réponse universelle. La seule réponse possible étant celle très particulière qu’un sujet élabore et qui constitue son cas. »8

Dans un deuxième temps, Arnaud Pellé distingue la réaction des névrosés de celles des psychotiques.

Alors, en effet, comment céder devant les «recommandations » et les lois sécuritaires, sinon à risquer de confondre tout le monde avec tout le monde et d’y perdre la confiance que le passé de l’aire politico-linguistique à laquelle nous appartenons nous avait permis, disons, globalement, bien qu’en fonction des alternances seulement, de placer en quelques institutions qui garantissaient, semblait-il, nos libertés ?

 

B – Politique et psychanalyse, du côté du singulier

I - Le psychanalyste se préoccupe du particulier : de la singularité de son patient

Dans le Séminaire, Livre VII, Lacan fait la critique de Kant, c’est-à-dire du « souverain bien », de l’éthique traditionnelle, et du fait que, selon Kant, l’on doive obéir volontairement à l’absolu du devoir, à « l’impératif catégorique », c’est-à-dire la critique de ce que Lacan reformule ainsi : « N’agis jamais qu’en sorte que ton action puisse être programmée. Ce qui nous fait faire un pas de plus dans le sens d’un détachement encore plus accentué d’avec ce que l’on appelle un Souverain Bien. »9

Au « bien » qu’on voudrait nous imposer, dans nos sociétés, selon des visées souvent obscures, à coordonnées imaginaires, Lacan oppose sa thèse sur ce qu’il appelle la « loi morale » :

« Ma thèse est que la loi morale s’articule à la visée du réel comme tel, du réel en tant qu’il peut être la garantie de la Chose10. C’est pourquoi je vous invite à vous intéresser à ce que nous pouvons appeler l’acmé de la crise de l’éthique, et que je vous ai désignée dès l’abord comme liée au moment où paraît la Critique de la raison pratique. »11

Le réel de chaque sujet, en effet, comment pourrait-il l’exclure de lui-même ? Et si la loi morale existe, alors pourquoi, du point de vue du sujet, ne devrait-elle pas lui permettre d’assumer pour lui-même ce réel. Et le sujet ne pouvant faire sans l’autre, ni sans l’Autre, comment la loi morale devrait-elle interdire, au nom d’un « souverain bien » désincarné et valant pour tous, le lien social qui en résulte ?

Ainsi, Lacan nous prévient : « Eh bien, si vous ouvrez la Critique de la raison pratique, vous verrez que, pour nous faire croire à l’incidence du poids de la raison, Kant invente à notre usage un exemple qui a dans sa fraîcheur un caractère magnifique (…) histoire de faire sentir le poids du principe éthique pur et simple, la prévalence possible du devoir comme tel envers et contre tout, c’est-à-dire envers et contre tout bien conçu comme vitalement désirable. »12

Ne pas céder sur son désir, c’est l’éthique que promeut Lacan, est qui est à l’œuvre dans la cure analytique, (voir plus bas les « frayages inconscients ») justement parce que c’est la loi morale qui s’articule à « tout bien conçu comme vitalement désirable » :

« Mais dire le bien est déjà une métaphore, un attribut. Tout ce qui qualifie les représentations dans l’ordre du bien se trouve pris dans la réfraction, le système de décomposition que lui impose la structure des frayages inconscients, la complexification dans le système signifiant des éléments. C’est par là seulement que le sujet se rapporte à ce qui se présente pour lui comme son bien à l’horizon. Son bien lui est déjà indiqué comme la résultante significative d’une composition signifiante qui se trouve appelée au niveau inconscient, c’est-à-dire là où il ne maîtrise en rien le système des directions, des investissements, qui règlent en profondeur sa conduite. »13

 

II - La pratique de la psychanalyse et devenir psychanalyste

Ne pas céder sur son désir, ce peut être aussi un chemin emprunté pour devenir psychanalyste. Freud le disait ainsi :

« La psychanalyse est ma création : pendant dix ans, j’ai été le seul à m’en occuper, et pendant dix ans, c’est sur ma tête que s’abattaient les critiques par lesquelles les contemporains exprimaient leur mécontentement envers la psychanalyse. »14

il ne céda pas est continua toute sa vie son auto-analyse, jusque, notamment, au texte « un souvenir d’enfance sur l’Acropole », par sa correspondance.

Il est possible aussi que ce désir, chez les analysants, se heurte aux empêchements personnels de ceux qu’ils choisissent en position d’analystes. Enfin, les états ont des politiques qui nuisent aux psychanalystes et à la psychanalyse.

Dans ces circonstances, Lacan dit que :

« La seule définition de l’action morale possible est celle dont Kant donne la formule bien connue – Fais en sorte que la maxime de ton action puisse être prise comme une maxime universelle. (…) Traduire Allgemeine par universel pose une petite question, car c’est plus près de commun. (…) Agis de telle façon que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir comme principe d’une législation qui soit pour tous. »15

Il fait bien la différence entre le bien « universel », impossible à concevoir pour un analyste dans sa définition d’un bien qui correspondrait à celui de tout le monde sans exception, mais conçoit et exprime clairement qu’ »une législation qui soit pour tous » doit prendre en compte le bien commun.

Mais il met en garde :

« Cette formule, qui est (...) la formule centrale de l’éthique de Kant, est poussée par lui dans ses plus extrêmes conséquences. Ce radicalisme va jusqu’à ce paradoxe, qu’en fin de compte, (…) la bonne volonté, se pose comme exclusive de tout action bénéfique. A vrai dire, je crois que l’accomplissement d’une subjectivité qui mérite d’être appelée contemporaine, d’un homme de nos jours, qui a la fortune d’être né en notre âge, ne peut ignorer ce texte. (…) il faut avoir traversé l’épreuve de lire ce texte pour mesurer le caractère extrémiste, et presque insensé, du point où nous accule quelque chose qui a tout de même sa présence dans l’histoire – l’existence, l’insistance de la science. »16

La science, en effet, est à visée universelle. Appliquée à la psychologie, la définition de la science est délirante. Voyons ce que sont la psychologie cognitive, sociale, statistique ou développementale. Lacan a aussi renoncé à définir la psychanalyse comme une science.

L’action d’un psychanalyste, quand il « Fai(t) en sorte que la maxime de (s)on action puisse être prise comme une maxime universelle (…) et qu’il (a)gi(t) de telle façon que la maxime de (s)a volonté puisse toujours valoir comme principe d’une législation qui soit pour tous » a pu être celle de Lacan, dont nous connaissons, par exemple, l’engagement auprès des politiques pour la création du Département de psychanalyse à l’Université expérimentale de Vincennes en 1968.

 

Bibliographie

 

  • Ouvrages de psychanalyse :

 

  • FREUD S., « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique », traduction de S. Jankélévitch, in Cinq leçons de psychanalyse, Paris, Payot, « Petite bibliothèque Payot », 1990, p. 69. Cité par Clotilde Leguil dans « Vie de Freud », postface à Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, de Freud S., Paris, Points, 2011

  • FREUD S., « Pour introduire le narcissisme » (1914), in La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969

  • LACAN J., Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, Coll. Champ freudien, 1986

  • PELLE A., « Sous surveillance », article paru sur le site de l’association CAP, 2016. Consultable à l’adresse : https://www.capnantes.fr/une-institution-qui-vous-veut-du-bien/

 

  • Œuvre musicale :

  • Le Forestier M., single Né quelque part, Album Né quelque part, 1988.

 

  • Dictionnaire :

 

  • REY A. et REY-DEBOVE J., Petit Robert, Paris, Le Robert, 1989

 

  • Article d’opinion :

 

  • Campagne d’Amnesty International : #UnfollowMe – Stop à la surveillance de masse (Dossier de presse sur la campagne Stop à la surveillance de masse). Amnesty International France, Service presse - 01 53 38 66 00 / 06 76 94 37 05 www.amnesty.fr - www.amnesty.fr/RSS/Communiques - @amnestypresse.

 

1 Le Forestier M., Né quelque part, Album Né quelque part, 1988.

2 Idem

3 Rey A. et Rey-Debove J., Petit Robert, Paris, Le Robert, 1989, p. 1349.

4 13 avril 2015.

5 Cf. Campagne d’Amnesty International : #UnfollowMe – Stop à la surveillance de masse (Dossier de presse sur la campagne Stop à la surveillance de masse). Amnesty International France, Service presse - 01 53 38 66 00 / 06 76 94 37 05 www.amnesty.fr - www.amnesty.fr/RSS/Communiques - @amnestypresse. C’est moi qui souligne.

6 Cf. les développements de S. Freud sur l’aspect « paranoïde » de délires (délires ?, car le vrai est toujours présent), dans « Pour introduire le narcissisme » (1914), in La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, pp. 81-105

7 En matière de santé, Arnaud Pellé fait bien sûr allusion à la « Haute Autorité de Santé », créée sous le gouvernement de Jacques Chirac entre 2002 et 2007.

8 Sous surveillance – Arnaud Pellé, CAP, 2016. Consultable à l’adresse : https://www.capnantes.fr/une-institution-qui-vous-veut-du-bien/ C’est moi qui souligne.

9 Lacan J. Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, Coll. Champ freudien, 1986, p. 94

10 « La Chose » est ici celle qu’il fera évoluer dans son enseignement vers le concept de jouissance.

11 Lacan J. Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, opus cité, pp. 92-93. C’est moi qui souligne.

12 Lacan J. Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, Coll. Champ freudien, 1986, p. 129

13 Idem, p. 88. C’est moi qui souligne.

14 Freud S., Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique, traduction de S. Jankélévitch, in Cinq leçons de psychanalyse, Paris, Payot, « Petite bibliothèque Payot », 1990, p. 69. Cité par Clotilde Leguil dans Vie de Freud, postface à Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, de Freud S., Paris, Points, 2011, p.153

15 Lacan J. Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, opus cité, pp. 93-94

16 Lacan J. Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, opus cité, pp. 93-94

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