Psychanalyse : Une transmission d’un signifiant de la loi : une sortie de la psychose

Une transmission d’un signifiant de la loi : une sortie de la psychose

Pour illustrer mes textes sur la psychose paranoïaque ou schizophrénique, pour laquelle Lacan dit qu’il ne manque pour les psychotiques qu’un signifiant à leur accès au symbolique et que ce signifiant manquant, signifiant de la loi humaine et juste, constitue le « Nom du père », point de capiton entre un signifiant – le signifiant de la loi – et son signifié reconnu par le sujet et accepté, je vais ici écrire sur une scène dont je suis aussi l’acteur, avec un sujet psychotique, au sein d’une collectivité.

C’était lors d’une randonnée en groupe, groupe constitué entre personnes qui ne se connaissaient pas au préalable.

Pendant les repas qui étaient pris au restaurant d’un l’hôtel, une relation amicale s’était créée entre moi et un jeune homme d’origine maghrébine, au fil de quelques échanges pour faire connaissance. Par exemple, au moment de sortir du restaurant, une parole m’avait échappée : je l’avais appelée « mon frère ».

Mais l’événement clinique – comme tout événement qui se passe du seul fait de la présence d’un analyste quelque part (on parle d’une rencontre brève avec un psychanalyste qui peut poser des actes analytiques en raison seulement de la personnalité d’analyste) – est indépendant possiblement de cette relation affectueuse entre ce jeune homme et moi.

A un moment d’un repas, alors que nous étions tous les deux à deux tables différentes, je vois mon voisin en train de manger directement dans le plat au lieu de s’y servir et de manger dans son assiette. Et, très spontanément, naturellement, dans forcer la voix, je lui dis qu’il ne doit pas manger dans le plat mais se servir, parole que j’accompagne d’un geste pour le séparer du plat effectivement. Et alors j’entends Ali, ce jeune homme maghrébin dire étonné et réprobateur aussi, mais avec un ton souriant : « Ah, il mange dans le plat, c’est pas possible… ».

Par précaution et avec l’intelligence de la situation liée à mes recherches déjà élaborées, j’ai alors ponctué la réponse d’Ali d’une onomatopée signifiante pour lui confirmer, à Ali, s’il la percevait, et sans doute l’a-t-il perçue, qu’il s’était sans doute passé quelque chose pour lui et que selon mon hypothèse il avait reçu de moi un signifiant de la loi humaine, du genre : « on ne mange pas dans le plat en collectivité », et/ou peut-être une référence à l’hygiène qui n’est pas respectée ce faisant ou à la politesse.

En fait, ce fut confirmé par notre conversation quelques minutes après cela, car Ali me demanda ce qu’il s’était passé pour lui à cette occasion. Il  ajouta, à ma demande, qu’il voyait la réalité un peu différemment, qu’il l’appréhendait plus sereinement. C’est sans doute sa relation au langage, à laquelle avait été ajouté un point de capiton du Nom du père qui donnait une relation stable au signifié par rapport au signifiant, alors qu’auparavant, probablement, le manque de ce point de capiton faisait que les signifiés étaient glissants et instables, constituait son insécurité langagière, comme on dit que les psychotiques ont la préoccupation de donner un nom à une chose, un mot pour une chose pour se rassurer.

Il me demanda presque un diagnostique. Je lui dis prudemment et simplement que dorénavant, il irait mieux et que sa vie serait plus simple. Je pense en termes psychanalytiques et psychiatriques qu’il avait accédé à la névrose. Mais sans doute était-il susceptible de bénéficier d’une psychanalyse s’il le désirait car son histoire le nécessitait sans doute.

Christophe Gervot, psychanalyste, écrivain, le 16 mars 2021.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.