Idées essentielles du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, texte complet

par Christophe Gervot, psychanalyste, artiste, et diplômé de l'Institut d'études européennes (IEE) de l'université Paris 8. Les citations sont extraites de l'édition du Contrat social de poche, Garnier Flammarion éditeur, édition établie par Pierre Burgelin, Paris, 1992.

Quelques idées essentielles du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau

 

I – Jean-Jacques Rousseau (Genève, 1712 – Ermenonville, 1778)

 

Jean-Jacques Rousseau revendique sa citoyenneté genevoise : « citoyen de Genève », c’est me titre par lequel il signe le Contrat social. Il se dit : « citoyen d’un État libre, et membre du souverain », et continue : « quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d’y voter suffit pour m’imposer le devoir de m’en instruire ». C’est à ce titre qu’il se dit fondé à traiter de politique.

 

Il est issu d’une famille d’origine française, et est élevé dans la tradition protestante.

 

A 20 ans, il se livre aux études musicales et à la lecture. Dix ans plus tard, à Paris, il se lie avec Diderot et collabore à l’Encyclopédie (ouvrage de synthèse des idées et de vulgarisation de toutes les branches de la connaissance : - métaphysique – politique – morale – sciences de l’homme et de la nature – philosophie -, menée par les Philosophes des Lumières (Buffon, Voltaire, Montesquieu, d’Holbach, Helvétius, Diderot, etc.) qui s’accordent tous sur une idée force : « L’homme est le terme unique d’où il nous faut partir et auquel il faut tout ramener (Diderot) »).

 

C’est un nouvel humanisme, mouvement philosophique qui s’attache à remettre en question Dieu, l’État, la société et l’homme, à la seule lumière de la Raison, capable d’entraîner l’humanité tout entière vers un progrès indéfini et vers le bonheur qui lui est dû.

 

La célébrité littéraire de Jean-Jacques Rousseau lui vint avec la thèse soutenue dans le Discours sur les sciences et les arts (1750). En 1755, il publie son Discours sur l’origine de l’inégalité, qui a une influence considérable sur la pensée politique moderne.

 

Il publie en 1762 le Contrat social, parallèlement à l’Émile, ouvrage pédagogique dont les idées religieuses seront condamnées, ce qui l’oblige à des années d’errance.

 

La revendication de Rousseau de la liberté et de l’égalité inspirera profondément les assemblées révolutionnaires.

 

II – Du contrat social (1762)

 

Dans le Contrat social, Jean-Jacques Rousseau pose les fondements d’un état juste et légitime, où chacun écoute la voix de sa conscience.

 

1/ La souveraineté et les rapports gouvernants/gouvernés dans le Contrat Social

 

(Livre 1, Chapitre 1)

Rousseau part d’un postulat : « L’homme est né libre... » et constate : « … et partout il est dans les fers. » Sa liberté lui est aliénée. Voyons comment et surtout : comment l’homme peut-il se réapproprier sa liberté ?

 

Rousseau considère que les lois et l’organisation sociale humaine ne viennent pas de la nature. « L’ordre social est un droit sacré (…). Cependant ce droit ne vient point de la nature, il est donc fondé sur des conventions. » Là où il y a droit, il y a convention.

 

(Chapitre 2)

La force ne peut fonder le droit, elle est amorale : « La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. »

Il faut cependant fonder le droit social sur des bases solides : (« Qu’es-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? »)

 

(Chapitre 3 :)

« Convenons donc que la force ne fait pas droit, et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. »

 

(Chapitre 4 :)

Selon Rousseau, seul est légitime le gouvernement issu du libre arbitre d’un peuple. Prenons ici le terme « libre arbitre » dans le sens du « bon sens », opposé à la « folie ».

 

« Dire qu’un homme se donne gratuitement, c’est dire une chose absurde et inconcevable ; un tel acte est illégitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n’est pas dans son bon sens. Dire la même chose de tout un peuple, c’est supposer un peuple de fous : la folie ne fait pas droit. »

 

(Chapitre 5:) La première convention

… est nécessaire, c’est elle qui établit le pacte social.

 

« Avant donc que d’examiner l’acte par lequel un peuple élit un roi, il serait bon d’examiner l’acte par lequel un peuple est un peuple. Car cet acte, étant nécessairement antérieur à l’autre, est le vrai fondement de la société.

 

En effet, s’il n’y avait point de convention antérieure, où serait, à moins que l’élection ne fût unanime, l’obligation pour le petit nombre de se soumettre au choix du grand… ? »

 

Tels sont les fondements de la démocratie (au sens moderne du terme) : un pacte social préalable et le respect de la majorité.

 

(Chapitre 6:) Du pacte social.

Le problème s’énonce ainsi : il faut trouver un type d’association qui assurerait à chaque individu la sécurité, qui est le mobile du passage de l’état de nature à l’état civilisé – tout en lui permettant de conserver sa liberté, c’est-à-dire de ne pas trahir son essence.

 

« Trouver une forme d’association (…) par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. « Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution.

 

« (…) au lieu d’une aliénation ils (les particuliers) n’ont fait qu’un échange avantageux d’une manière d’être incertaine et précaire contre une autre meilleure et plus sûre, de l’indépendance naturelle contre la liberté, du pouvoir de nuire à autrui contre leur propre sureté, et de leur force que d’autres pouvaient surmonter contre un droit que l’union sociale rend invincible. »

 

(Chapitre 7:) Ce pacte social instaure un principe de souveraineté partagé : « (…) chaque individu, contractant, pour ainsi dire, avec lui-même, se trouve engagé sous un double rapport, savoir comme membre du souverain envers les particuliers, et comme membre de l’État envers le souverain.

 

(Chapitre 8:)

Les notions de justice et de morale prennent sens dans l’état civil.

 

« Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. »

 

(Livre 2 – Chapitre 2:)

Par ce contrat social, c’est la majorité qui fait la loi : « Par la même raison que la souveraineté est inaliénable, elle est indivisible. Car la volonté est générale, ou elle ne l’est pas ; elle est celle du corps du peuple, ou seulement d’une partie. Dans le premier cas cette volonté déclarée et un acte de souveraineté et fait loi. »

 

(Chapitre 4:)

C’est ce à quoi engage le pacte social : à l’égalité de tous.

 

« Ainsi, par la nature du pacte, tout acte de souveraineté, c’est-à-dire tout acte authentique de la volonté générale, oblige ou favorise également tous les citoyens, en sorte que le souverain connaît seulement le corps de la nation et ne distingue aucun de ceux qui le composent. »

 

(Livre 3 – Chapitre 1er:)

« Qu’est-ce donc que le gouvernement?

 

Un corps intermédiaire établi entre le sujet et le souverain pour leur mutuelle correspondance, chargé de l’exécution des lois et du maintien de la liberté, tant civile que politique. »

 

Qu’est-ce que l’État légitime : « Le gouvernement reçoit du souverain (n’oublions pas que dans la terminologie de Rousseau, c’est le peuple qui est souverain) les ordres qu’il donne au peuple... »

 

Le gouvernement est institué par une loi.

 

(Chapitre 3:) Dans ce chapitre, Rousseau distingue trois types de gouvernements pouvant être issus du pacte social :

 

- la démocratie (gouvernement de « tout le peuple ou (de) la plus grande partie du peuple »)

- l’Aristocratie (gouvernement d’un petit nombre)

- la Monarchie (gouvernement d’un seul)

 

Rousseau ne dit pas quel type de gouvernement est le meilleur.

« Si dans l’état le nombre de magistrats suprêmes doit être en raison inverse de celui des citoyens, il s’ensuit qu’en général le gouvernement démocratique convient aux petits états, l’aristocratie aux médiocres et le monarchique aux grands. »

 

(Chapitre 15:) La « démocratie représentative »

« La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée (…). « Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle, ce n’est point une loi. »

Addendum : Jean-Jacques Rousseau avance l’idée, plus loin dans le texte de cet essai, que la peine de mort n’est pas légitime dans un état tel qu’il en théorise les fondements « souverains », c’est-à-dire dans notre vocabulaire plus récent, démocratiques.

 

Christophe Gervot, 1996, texte complété en 2019.

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