Nos loisirs culturels, III

Suite et fin de cet article en 3 parties que je publierai à nouveau prochainement dans tout sa longueur d'un seul tenant.

Nos loisirs culturels, III

 

Le Futuroscope serait, quant à lui, un parc à « vocation scientifique ». Le Larousse définit comme science l’ »ensemble des connaissances humaines sur la nature, la société et la pensée acquises par la découverte des lois objectives des phénomènes, et leur explication. » Si le Futuroscope est à vocation scientifique, c’est qu’il est vecteur de connaissance. Il est vrai qu’une part est faite au Futuroscope à des expositions favorisant la connaissance, ou plutôt la curiosité. Une attraction, l’année où je l’ai visité, prenait pour thèmes quelques chapitres de l’histoire humaine (les grandes découvertes, par exemple). Le Futuroscope est-il un vecteur d’œuvres d’art ? La place laissée aux œuvres, à la création, est moindre part rapport à la part de la diffusion des technologies de l’image. Je peux dire, à la suite de la visite que j’en ai faite, que ces techniques, cette année-là, étaient encore à l’âge « forain », si l’on se rappelle, comme cela est visible dans les films réalistes de l’histoire du cinéma qui en faisaient parfois leurs décors : cinéma en relief, « Kinemax », écran à 360°, cinéma « dynamique ». Il s’agit en fait de faire du spectaculaire. Le cinéma lui-même, à ses débuts, fut une attraction foraine, comme avant lui les technique rotatives d’animation des images. Au Futuroscope, cette année-là, il y avait sur écran géant, plongeant, un court film d’aviation de Jean-Jacques Annaud, « Les ailes du courage », qui visait, c’était un film de commande, à nous faire voir les voltiges d’un petit avion. Le cinéma est devenu vecteur d’œuvres d’art (« arts et esais ») et sa diffusion s’est grandement élargie. Les nouvelles techniques présentées par le Futuroscope ont-elles suivi ou suivront-elles la même évolution. Celles de cette année-là, non.

 

La diffusion de telles œuvres, comme celle de jean-Jacques Annaud et sans doute de celles qui lui ont succédé reste exceptionnelle : il n’existe que quelques salles dans le monde pour les accueillir. Comme l’écrit Pierre Mayol, nous sommes à l’âge des loisirs domestiques. On partage de moins en moins ses loisirs culturels.

 

Notre société gagnerait, pourtant, à donner toute sa place au dialogue, à la mise en jeu de la parole libre, et non formatée ou manipulée comme dans les médias ou règne la « communication » et non la parole, ou alors aseptisée par des lois sécuritaires. Regardons quelques minutes des chaînes qui se veulent d’information : elles sont soit « hard news », soit « soft news », soit « people », soit vouée à l’idéologie managériale, soit cadenassées par le pouvoir politique qui les dirige en sous-main. Si nous voulons quelques minutes nous intéresser à un débat, nous nous apercevons très vite que les invités ne peuvent pas parler ou que les chroniqueurs jouent des rôles déterminés à l’avance. Et la culture à la télévision ? Où est-elle à part sur quelques chaînes (j’en compte 3, françaises, (Arte incluse) sur mon offre adsl, dans l'offre qui ne nécessite pas de payer plus que les chaînes incluses).

 

Sortons au spectacle vivant. Allons voir les artistes. Même si nos villes des régions sont bien moins nanties que Paris et les capitales, heureux sommes-nous si nous pouvons profiter du fruits de nos impôts redistribués à travers les subventions au spectacle vivant. La culture, les spectacles, parlons-en entre nous, elle est, ils sont aussi ce qui fait lien dans la société.

Il reste une question : pourquoi payons-nous cher nos accès aux médias (je mets la presse papier ou numérique un peu à part car il en existe d’une qualité reconnue) pour avoir si peu à la radio et à la télévision ?

Christophe Gervot, septembre 2019.

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