Psychanalyse : une fin d'analyse, de quelqu'un qui est devenu psychanalyste

Ce texte, sur le réel d'un patient qui vit son homosexualité, relate la fin de son analyse. Un peu plus tard, en analyse, il parla de son sinthome, un sinthome de psychanalyste, to be a psychoanalyst to cure and to care, et de son désir d'analyste autour de l'idée d'apporter, d'aider ses patients. Il s'est installé comme psychanalyste conformément à l'enseignement de Jacques Lacan.

Lost in social media ?

Un réel et une époque

Le parc'que parc'que comme proposition à ceux qui n'y sont pas. A ceux-là. © Christophe Gervot

Je vais écrire ici sur un réel, avec les apports de Jacques Lacan à travers son enseignement dont Jacques-Alain Miller parlait dans sa Présentation du thème du IXème Congrès de l’AMP, parue dans La Cause du désir, n° 82. Ce réel est un retour qui illustre à sa manière ces enseignements.

Celui-ci et ceux-là correspondent à différentes formes du réel chez Jacques Lacan.



  • L’inconscient « structuré comme un langage »

Il fut un temps où Lacan enseignait l’inconscient comme un savoir dans le réel, quand il le disait structuré comme un langage. (…) [Il présentait] ce savoir en graphes, sous la prééminence du Nom-du-Père dans la clinique et sous l’ordonnancement phallique de la libido. »1



  • « une élucubration transférentielle »

« Dans cette dimension, l’inconscient traditionnel – pour nous, l’inconscient freudien, nous apparaît comme une élucubration de savoir sur un réel : une élucubration transférentielle de savoir quand, à ce réel, se superpose la fonction du sujet supposé savoir qu’un autre être vivant se prête à incarner. C’est l’inconscient qui peut se mettre en ordre, en tant que discours, mais seulement dans l’expérience analytique. Je dirais que l’élucubration transférentielle consiste à donner sens à la libido, qui est la condition pour que l’ inconscient soit interprétable. Cela suppose une interprétation préalable, c’est-à-dire que l’inconscient lui-même interprète. »2



Depuis quelques années que je suis en analyse, je me fais parfois des amis parmi les gens que je rencontre lors des moments de travail communs autour de l’enseignement de Lacan. Parmi eux, alors que les années ont passé et que, me semble-t-il, les liens tissés entre nous se distendent à mesure que nous devenons, puis nous installons comme psychanalystes, quand c’est notre choix professionnel, il reste quand-même des liens qui perdurent. C’est ainsi qu’un ami d’assez longue date, donc, m’a confié des éléments de son expérience et de ce que je considère comme une chance, car il a vécu des années de fidélité avec des personnes qui l’on aidé et dont il gardera, vraisemblablement, le souvenir, si son avenir se limite à cela, très longtemps et sans doute jusqu’à la fin de sa vie.

 

 

  • La « construction du fantasme »

« « Le réel est dépourvu de sens. » Ne pas avoir de sens est un critère du réel, en ceci que c’est quand quelqu’un est arrivé au hors-sens qu’il peut penser qu’il est sorti des fictions produites par un vouloir dire. «Le réel est dépourvu de sens» est équivalent à le réel ne répond à aucun vouloir dire. Le sens lui échappe. Il y a donation de sens au travers de l’élucubration fantasmatique. »3



Il y a quelques années, son analyse l’a mené là où il était loin de s’y attendre. Cette période était celle où, dans la grande maison dont il avait hérité d’une partie, pour y habiter, après des travaux qui durèrent une année environ, il était devenu nécessaire de construire un mur, à l’intérieur, pour en séparer en dur les deux parties : celle qu’il habitait et celle qui était la propriété de cousins. Cette maison avait été celle de ses grands-parents maternels et de leur fille, sa mère et d’une grand-tante et de son mari, et leurs enfants, les cousins de sa mère. Cette dernière partie était alors inhabitée, après les décès de ses habitants. Mais il restait jusqu’alors une cage d’escalier commune, et des portes qui permettaient de passer d’un côté à l’autre. Il s’agissait de prendre acte du passage des générations et de permettre que chacun puisse vivre normalement de son côté, en perspective d’une vente possible, également. Cette période fut tendue entre sa mère et son cousin, et Leo faisait l’intermédiaire pour arranger les choses. En analyse depuis de nombreuses années, il fut surpris d’entre, un jour le cousin de sa mère se plaindre ainsi : « elle m’a dit que je l’avais coincée contre un mur ». Sans forcément interpréter à outrance, cela réveilla en lui quelque chose : il avait déjà pensé que peut-être, puisque sa mère marquait avec insistance, à chaque fois, le tous les deux de cette parole qu’elle avait prononcé quelques fois dans sa vie, à propos de son désir de les mettre au monde, sa sœur ainée et lui, deuxième et dernier enfant du couple parental : « vous avez été désirés tous les deux », cet énoncé était peut-être à mettre en doute.

En analyse, il évoqua cette possibilité que peut-être, il n’avait pas, justement, été désiré, lui. Pourquoi donc, dans leur enfance, sa sœur avait-elle en permanence la préférence de sa mère lors de leurs chamailleries ? Pourquoi lui donnait-elle toujours raison, et à lui, tort ? A partir de cette supposition, il alla donc jusqu’à penser – puisque dans ces conversations de cette époque-là revenait quelques-fois l’évocation d’une « petite cuillère »- et puisque sa mère s’était souvent plainte, quand elle leur parlait de son enfance, de ses cousins, ses seuls compagnons de jeu, et surtout de ce cousin toujours vivant, et qui vivait avec sa femme, tout près de là, dans la même localité- que peut-être, il avait survécu à une tentative d’avortement. Fantasme, sans aucun doute, mais cette période de sa vie fut d’une grande nouveauté. Ces évocations, quelle que fût leur réalité, lui permettaient aussi de penser que peut-être, alors, il avait un frère, fût-il demi-frère. C’était son cousin, qui avait habité plusieurs années dans cette seconde partie de la grande maison, et qui donc avait été son voisin, aussi. Il se sentait proche de lui, même s’ils étaient voisins dans une certaine pudeur et dans le respect de leurs vies respectives. A ce moment, il l’aima vraiment comme un frère, fantasma qu’ils pourraient se rendre visite (son cousin avait déménagé suite à son mariage). Cela ne se produisit pas. En analyse, sa psychanalyste semblait penser que tout cela était possible. Quand il lui dit quelque temps plus tard que tout cela n’était peut-être qu’un fantasme, elle reçut cette parole de la même façon. Il lui dit quand-même, paraphrasant une expression d’une analyste lue dans Lacan Quotidien : mais « les mots ont un sens ».

Cette période qu’il me dit avoir vécue avec intensité, il s’en souvient.



Ce fut aussi celle où, peu après, il ressentit comme un grand vide. Ce qu’il lut dans Lacan Quotidien, un article sur quelqu’un qui n’avait « plus envie de lire ses livres et d’écouter ses disques », semblait correspondre à ce qu’il vivait. Il ne s’identifiait plus à toutes ses paroles, à toutes ces histoires.

Puis il vécut une période où, presqu’à chaque fois qu’il parlait, il faisait, involontairement un jeu de mot qu’il pouvait analyser en ce qui le concernait. Un grand éclat de rire dura plusieurs heures, à la vue d’une photo de Two Thousands vue sur Facebook. Car il avait depuis cette année-là un compte. En fait, il découvrait depuis quelque temps les publications sur ce réseau social de ce musicien, auteur de ses paroles. Celles-ci lui parlaient. Il acheta ses albums et se découvrit des points communs avec cet artiste. Comme lui, mais dans des proportions moindres, il avait grandi dans une famille « modeste », et justement, Two Thousands en faisait la matière de ses textes. Ces points communs dans leurs histoires allaient jusqu’à provoquer chez lui des pleurs lorsqu’il essayait de lire son livre autobiographique dans le train, par exemple. Il préférait alors fermer ce livre, par pudeur. Pour raconter brièvement leur histoire commune, je rapporterais quelques éléments que Léo lui confia. Il y avait bien sûr l’appartenance à la même « classe sociale », un père ouvrier, une mère au foyer et des conditions de vie certes modestes pour Leo, mais bien plus précaires pour Two Thousands et sa famille. Quelque chose d’autre les liaient : Two Thousands était issu de l’immigration, du Maghreb. Or, le père de Léo avait fait « la guerre d’Algérie ». Plusieurs fois, le père de Léo leur avait raconté des souvenirs de sa guerre, à lui qui n‘avait été qu’un appelé, à eux ses enfants et présence de leur mère, sa femme. Léo ne connaissait pas grand-chose des actions de guerre auxquelles il avait participé et il lui semblait bien que son père ne lui avait jamais dit qu’il avait tué ou torturé et peut-être que non. Il avait sans aucun doute été témoin ou avait eu connaissance de ce genre d’actes. Ce qu’il en disait c’est qu’il avait vécu sa guerre assez à l’abri des plus grands dangers. Et il racontait les soirs où la menace, proche, était certaine pour leurs vies. Il lui avait quand même raconté ce souvenir où un militaire de l’armée française, mais algérien, avait été attaché sur un mât ou en croix parce qu’il avait été solidaire malgré tout avec ses frères fellagas. Ce fut le sens de ce que Léo répondit à son père pour lui faire comprendre la difficulté de la situation dans laquelle ce soldat se trouvait mais son père répondit : « on est français où on l’est pas » justifiant ainsi cet acte de torture. En séance d’analyse Léo dit que sans doute, par le fait que depuis longtemps, sans doute depuis l’époque où son père raconta tout cela il souhaitait avoir un ami magrébin. Il l’avait souhaité souvent et enfin, cela s’était réalisé, en la personne d’un ami, marocain, arrivé à cet avancement de son analyse car bien sûr, il n’omettait pas de vivre et de ne pas vivre que pour la psychanalyse. Two Thousands était marocain, et non algérien. Sur Facebook, Léo avait aussi d’autres contacts dont un rappeur d’origine algérienne, mais il se disait que si un jour ils étaient aussi amis il n’aurait pas pour autant envie de visiter l’Algérie avec lui, où dans d’autres circonstances. Beaucoup d’appelés de l’armée française ont en fait aimé ce pays, l’Algérie. Son père en parlait comme d’un beau pays. Et de plus, la période où il avait été militaire là-bas lui avait aussi donné l’opportunité de vivre avec des camarades des « copains d’Algérie » comme il le disait. Léo de tout cela, dès sa jeunesse, avait fait de cela une prise de position : il avait pris fait et cause pour les peuples colonisés, pour les populations opprimées et pour le respect des droits de ceux qui vivaient des injustices. Des trois termes de la devise républicaine, il pensait que le troisième terme était souvent négligé, voire laissé de côté. La liberté, il se demandait où elle était depuis quelques années avec les lois sécuritaires et de santé publique. L’égalité était le labeur déclaré du ou des partis politiques qui avaient sa faveur, mais même de cela il doutait, dans son versant de justice, ces dernières années.

 





En 1972, Jacques Lacan posait ainsi sa position par rapport à cette devise : « Le terme frère est sur tous les murs. Liberté, égalité, fraternité. Mais je vous le demande, au point de culture où nous en sommes, de

qui sommes-nous frères ? De qui sommes-nous frères dans tout autre discours autre que le discours analytique ? »4

« Nous sommes frères de notre patient en tant que comme lui nous sommes les fils du discours. »5



  • « interpréter le réel »

« Qu’est-ce –qu’interprète l’inconscient ? Pour pouvoir donner une réponse à cette question, il faut introduire un terme, un mot. Ce mot, c’est « le réel ». Dans le transfert s’introduit le sujet supposé savoir pour interpréter le réel. De là se constitue un savoir, non pas dans le réel, mais sur le réel. (…) »6



Léo supposait même que leurs mères, à Two Thousands et à lui, partageaient la même condition « psychique », extrême et sans doute la plus difficile à vivre sur Terre. Cette condition qui fait qu’elles ne font pas de différences entre elles (quand ce sont des mères) et leur(s) enfant(s), qui fait, il s’en apercevait à présent, que ces personnes semblent, et sans doute est-ce le cas, non pas parler comme un parlêtre, mais parler en ayant appris, au long de leur histoire, des formules courantes, comme beaucoup d’hommes et femmes politiques apparemment. Ces personnes ne semblent pas avoir accepté la frappe du signifiant sur leur corps.



Mais Léo en avait l’expérience il n’y a « Pas de savoir dans le réel » :



  • « Dans la psychanalyse, il n’y a pas de savoir dans le réel. Le savoir est une élucubration sur un réel dépourvu de tout supposé savoir.

(…) Le réel sans loi est impensable, c’est une idée limite qui veut d’abord dire que le réel est sans loi naturelle. »7

  • Le « réel sans loi »

« (…) emprisonner la jouissance dans la fonction phallique, dans un symbole (…) cela implique une symbolisation du réel, de se référer au binaire homme-femme… »8







« Ceci est une construction secondaire qui intervient après le choc initial du corps avec lalangue, qui constitue un réel sans loi, sans règle logique. La logique s’introduit seulement après, avec l’élucubration, le fantasme, le sujet supposé savoir et la psychanalyse. »9

  • La contingence et ce que chacun en fait

« Jusqu’à maintenant sous l’inspiration du XXème Siècle, les cas cliniques tels que nous les exprimons sont des constructions logiques et cliniques sous transfert. Mais la relation cause-effet est un préjugé scientifique appuyé sur le sujet supposé savoir. La relation cause-effet ne vaut pas au niveau du réel sans loi, elle ne vaut que comme rupture entre la cause et l’effet. »10

« Dans une analyse, l’inconscient transférentiel est une défense contre le réel, parce qu’une intention y reste vive, un vouloir dire, un vouloir qu’il me dise quelque chose ; alors que l’inconscient réel n’est pas intentionnel mais se rencontre sous la modalité du « c’est ainsi … » »11



  • Une analyse ne consiste pas à ne pas rester fidèle à soi-même12

Léo avait, et il me l’avait dit plusieurs fois, eu cette chance d’avoir un esprit de contradiction très développé. Il en usa toute sa vie et cela semblait parti pour durer. A son adolescence il sût lui dire « non » alors qu’elle voulait avoir une action sur son corps, par le biais d’un acte médical. A son analyste, il le présenta comme acte de résistance. De son côté, Two Thousands vénérait sa mère, et semblait l’aimer. Mais de tout cela, il n’y a matière qu’à compréhension et supposition, intuition peut-être.



  • Le désir de l’analyste, sa redéfinition

« (…) La redéfinition du désir de l’analyste, qui n’est pas un désir pur dit Lacan, pas une pure métonymie infinie, mais qui nous apparaît comme un désir d’atteindre au réel, de réduire l’Autre à son réel et de le libérer du sens. »13

Depuis plusieurs années, Léo parlait de devenir psychanalyste. Et pendant toutes ces années qui succédèrent à son installation, avec une carrière débutante, Two Thousands, qui, Léo avait fini par le comprendre, avait dû connaître des débuts assez semblables, en tant qu’artiste, et même engagé, au moins dans une chanson explicitement, Two Thousands fut son ami sur Face book. Il lui apporta son support, et celui de ceux avec qui il partageait des valeurs communes, assez répandues dans le Rapp.

Mais bien que Two Thousands avait toujours été fidèle à distance, et même lors de leur seule rencontre à ce jour, un soir de concert, l’un sur scène et l’autre dans le public, souvenir que Leo gardera sans doute également très longtemps, une véritable rencontre et des moments partagés ne furent jamais possibles, car Two Thousands semblait partagé. Il promettait beaucoup mais ne tenait jamais.



Quand, après avoir parlé de tout cela à son analyste, il en vint lui-même à cette conclusion de comprendre son ami comme partagé, il prit ses distances, même si cela était difficile et ne se faisait pas « du jour au lendemain ».

Mais l’une des interprétations de son analyste fut que tout cela était, effectivement, « gravé », à travers les paroles des projets de Two Thousands, gravés sur les CDs, les pistes audio et mp3 que l’on pouvait acheter ou sur les plateformes de streaming. La deuxième fut que tout cela était « fini », comme semblait en témoigner l’image de la pierre tombale dans le rêve qu’il lui raconta à cette période de son analyse.



  • « Ce qui ne cesse pas de s’écrire » ; « ce qui cesse de ne pas s’écrire » ; « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire » ; et « ce qui cesse de d’écrire » :

Jacques Lacan, reprenant dans Le Séminaire, Livre XIX, … ou pire14, les «catégories » d’Aristote, à savoir, au travers de la Tuché et de l’Automaton, l’articulation entre le nécessaire, l’impossible, le contingent et le possible, dans la vie des êtres humains, ne peut que nous parler aussi du non rapport sexuel, de la jouissance et de ce que l’analyse permet parfois, de suppléer à la contingence et de permettre au sujet, partiellement, de se donner la marge du savoir y faire avec son symptôme, qui peut prendre la forme de la répétition.

Quelques Signifiants maîtres avaient émergé vers la fin de son analyse, deux signifiants répétés par son analyste à la fin de deux séances lui apparurent comme tels : le signifiant Frère et le signifiant Ami, qui avaient joué leurs rôles dans la vie de Leo. Sa mère et son père n’avaient pas pu avoir un troisième enfant, qui aurait été son petit frère, ou sa petite sœur, mais ils en avaient parlé souvent, à la demande de leur père.

Il lui sembla même retrouver dans l’une des dernières séances, Son S1 de l’identification primordiale. Il parla à son analyste des photos prises dans son enfance par leurs parents, sur lesquelles il ne parvenait plus à dire qui était lui et qui était sa sœur. Séparés par seulement 2 ans e quelques mois, ils se ressemblaient sur ces photos. De plus, leurs mères les appelaient mes « poupées » ou, « mes petites poupées. Elle ne manquait pas non plus de le « gratifier » de ce signifiant. Cela avec l’âge, ennuyait Léo, et l’analyse qu’en fit son analyste alla dans le sens d’ «une mère enveloppante ». Ce fut l’époque où il se plaignit de gestes tentant de le happer de la part de sa mère qui, en vieillissant, ne connaîtrait pas forcément une amélioration de sa condition, lui avait dit un médecin.

Tout cela était « fini », comme semblait en témoigner l’image de la pierre tombale dans le rêve qu’il lui raconta. Il l’admit, mais se donnait le temps nécessaire pour vivre autre chose. Et justement, quelqu’un était arrivé dans sa vie.

  • Rêve de Leo, novembre 2018 (Léo en a écrit quelque chose qu’il m’a donné à lire) :

Je suis en Espagne, en plein centre de la péninsule (ça me rappelle mon passage par la Castille dans les années 1990 avec Javier, sur un pont qui se trouve là sans justification. Il y a 3 ou 4 pierres tombales sur ce pont. Nous avons le droit, en payant, de faire inscrire nos noms sur ces pierres tombales. Effectivement, sur celle de gauche, il y a, écrit en grosses lettres grise, sur la partie supérieure, écrit Leo L. Je regarde si Two Thousands a également fait écrire son nom sur la même pierre tombale. Oui, en petites lettre violettes, sur fond jaune, il y a « Two Thousands ». Mais il y a aussi deux ou trois autres noms. Je suis là avec Melchior, un ami de la période de mes études d’espagnol, et je veux prendre une photo de cette pierre tombale. Il me prête un appareil argentique. Je le règle pour prendre la photo (je veux en prendre deux), mais entre les deux prises, il fonctionne mal (comme un appareil numérique). Melchior veut lui aussi écrire son nom sur la même pierre tombale. Ça m’énerve.

Quand il m’en parla, il se sentait assez libre pour me donner quelques associations qui furent les siennes :

  • Il a souhaité être enterré avec Two Thousands

  • Il a vu au JT de France 2 le pont qui relie Hendaye à Irún (à la frontière franco-espagnole), et ce que font de nombreux réfugiés demandeurs d’asile, originaires d’Afrique pour la plupart, qui sont enregistrés en Espagne, après avoir traversé la Méditerranée, mais qui veulent s’installer en France.

  • Il a vu que seulement 40% des demandes d’asile sont acceptées.

  • Il a pensé à Doug, son ami, qui est demandeur d’asile, qui vient du Nigeria.

  • Il s’est dit que, symboliquement, et artistiquement, sa relation à Two Thousands, est déjà « gravée », non dans le marbre (au sens propre) mais au sens figuré : sur de nombreux de ses « sons », c’est-à-dire ces morceaux de rap, les paroles qu’il y a rappé.

Ce qui le rendait triste dans ce rêve, c’était que cet ami nouveau pouvait ne pas recevoir, au bout de la procédure de demande d’asile, de réponse positive. Cela compliquait leur histoire, dans la peur d’être séparés. Il était prêt à faire ce qui serait nécessaire pour que cela n’arrive pas, mais ils avaient encore un peu de temps pour y penser. Cette histoire n’est pas finie.



  • Conclusion :



Je conclurai en citant à nouveau Jacques Alain Miller dans sa Présentation du IX Congrès de l’AMP (le 26 avril 2012) parue dans La cause du désir, n° 82 :



  • « un fragment asystématique séparé du savoir fictionnel »

« Le réel ainsi compris, (…) c’est un morceau, un fragment asystématique séparé du savoir fictionnel qui se produit à partir de cette rencontre [celle de l’analysant avec l’analyste, d’abord placé en position de sujet supposé savoir]15. »16

  • « un trou dans le savoir inclus dans le réel »

« Le réel inventé par Lacan n’est pas le réel de la science. C’est un réel hasardeux, contingent, en ceci qu’il manque la loi naturelle de la relation entre les sexes. C’est un trou dans le savoir inclus dans le réel. »17

 



Bibliographie :





  • Textes de psychanalyse :



  • LACAN, J., Le Séminaire livre XIX … ou pire, Paris, Seuil, coll. « Champ freudien », 2011

  • Miller, J.A., Présentation du IX Congrès de l’AMP (le 26 avril 2012) parue dans La cause du désir, Paris, Navarrin Editeur n° 82



  • Essai d’opinion :



  • Miller, G., Antipathies, Paris, Grasset & Fasquelle, 2014



  • Essai philosophique :



  • Aristote, Catégories, présentation et traduction de Frédérique Ildefonse et Jean Lallot, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 2002



 

1 MILLER J-A., Présentation du thème du IXème Congrès de l’AMP, parue dans La Cause du désir, Paris, Navarin éditeur, n° 82, 2012, p. 93

2 Idem

3 MILLER J-A., ibidem, p. 93

4 LACAN, Le Séminaire livre XIX … ou pire, Paris Seuil, coll. Champ freudien. p. 235

5 Idem

6 MILLER J-A., ibidem

7 Idem, p. 92

8 Idem, p. 94

9 Idem

10 Idem

11 MILLER, J-A., opus cité, p. 94

12 Je m’inspire, pour cette périphrase, d’une phrase de Gérard Miller dans Antipathies, Paris, Grasset & Fasquelle, 2014 : « (…) l’analyse permet au contraire de rester fidèle à sa propre histoire », p. 11

13 MILLER J-A., ibidem, p. 94

14 Lacan, J., Le Séminaire, Livre XIX, … ou pire, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 2011, p. 207

15 Le texte entre crochets est de moi.

16 MILLER J-A., opus cité, p. 93

17 Idem

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