Ma rencontre avec Antonio Tabucchi, en 2008

Gustarle a uno la vida, querer, amar... © Christophe Gervot

Ma rencontre avec Antonio Tabucchi, en 2008

 

J’ai eu la chance de rencontrer Antonio Tabucchi en 2008, le 9 mai, aux rencontres de Fontevraud, rendez-vous annuel, sous la forme d’un colloque autour de l’œuvre d’un écrivain de la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs de Saint-Nazaire (MEET).

 

C’était l’époque où j’avais commencé à adopter cette habitude, qui ne dura que deux années, de me rendre à ce colloque par intérêt et par sympathie avec les organisateurs. Certains étaient des amis et nous y allions avec le plaisir d’une pause dans nos vies professionnelles et celui de nous plonger dans ces dialogues à propos d’un auteur, présent en l’occurrence quant à Antonio Tabucchi.

 

L’abbaye de Fontevraud est un  lieu des Pays de Loire, très proche de la frontière avec les Deux Sèvres, si je me souviens bien et avec l’Indre-et-Loire.

 

Après avoir réservé nos chambres d’hôtels, notre groupe d’amis, nous nous retrouvions pour les conversations du colloque. En 2008, c’était Bernard Comment qui avait animé les discussions, très aisément. Puis pour nos soirées au restaurant. Soirées d’été.

 

Du colloque, je n’ai dans ma mémoire, des années après, que le souvenir de ma rencontre avec Antonio Tabucchi, assez brève, mais je m’en souviens.

 

Quand une conversation sur la scène s’était terminée, nous nous étions approchés, avec une amie, de Monsieur Tabucchi, dans le but tout simple de lui demander une dédicace pour certains de ses livres. J’avais apporté mon exemplaire de Nocturne Indien, que j’avais lu longtemps auparavant, après avoir vu plusieurs fois le film d’Alain Corneau du même nom en 1989 dans les salles.

 

Je n’avais pas bien compris le sens global de ce roman, ni de ce film superbe, je savais juste que je l’avais lu sans buter sur le style de l’auteur, traduit de l’italien par Lise Chapuis1, et que ce livre était difficile à ranger avec la littérature que je connaissais déjà.

 

Je m’approchai d’Antonio Tabucchi, assis le long du mur, et lui demandai de me dédicacer ce livre ‘que j’avais lu il y a assez longtemps’, en premier. Il le fit.

 

Je ne voulais pas l’importuner avec une deuxième signature, mais je venais d’acheter à l’accueil, avant que le stock de la librairie de l’Abbaye soit épuisé, Au pas de l’oie2, dans lequel il raconte ses griefs politiques avec l’Italie de l’époque, sous la forme d’un livre reprenant la forme d’un jeu de l’oie.

 

Ce qu’il fallait peut-être retenir des débats sur ce livre aux rencontres de Fontevraud, c’était, pour ce dont me souviens, moi, que l’Italie avait « suspendu sa constitution », pourtant conçue comme antifasciste en raison de l’histoire de ce pays, pour le G7. En raison des oppositions politiques à la tenue de ce G7.

 

Suspendre une constitution s’est donc déjà fait officiellement en Europe. C’était une information.

 

Antonio Tabucchi tint à me dédicacer aussi Au pas de l’oie, « ce livre que l’Italie m’ obligé à écrire », m’écrit-il justement.

 

Avant, mon stylo, bleu je crois, m’était tombé des mains, par maladresse, par émotion. L’amie qui m’accompagnait me tendit-elle alors un stylo noir ? Je crois m’en souvenir. Forcément, puisque les dédicaces sont en noir.

Gustarle a uno la vida, querer, amar... (Versión de Benicàssim y en adelante) © Christophe Gervot

Antonio Tabucchi  a vécu ses denières années au Portugal.

 

Christophe Gervot, écrivain, musicien auteur, artiste plasticien tous médiums, artiste auteur d’œuvres numériques vidéos, traducteur, psychanalyste et formateur, le 27/7/2020.

1 Tabucchi, A., Nocturne indien, traduit de l’italien par Lise Chapuis, Paris, Christian Bourgois éditeur, 1987.

2 Tabucchi, A., Au pas de l’oie, chroniques de nos temps obscurs, Paris, Seuil, 2006.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.