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Le Club de Mediapart dim. 7 févr. 2016 7/2/2016 Édition de la mi-journée

Le système faussement égalitaire de l’école française

Le débat sur l’école en France est récurrent, passionnel et manque donc bien souvent de distance. C’est en lisant un petit livre bien impertinent et pertinent – On achève bien les écoliers – qu’il me prend l’envie de prolonger la démonstration…
Le débat sur l’école en France est récurrent, passionnel et manque donc bien souvent de distance. C’est en lisant un petit livre bien impertinent et pertinent – On achève bien les écoliers – qu’il me prend l’envie de prolonger la démonstration…1. Un peu d’histoireL’école en France a une histoire marquée par de grandes avancées, donc par des lois. Bien souvent, on ne retient que les lois Ferry – obligation scolaire, gratuité, laïcité –, certes incontournables mais qui ne se comprennent bien que dans un contexte et un processus. Avant Ferry, il y eut la loi Guizot imposant la construction d’une école dans chaque village. Cette école n’étant pas publique, on parle moins de cette loi mais il faut quand même retenir le pas décisif vers l’alphabétisation de l’ensemble de la population en 1833.L’école de Jules Ferry fut longtemps considérée comme très satisfaisante tant que les enfants des campagnes, des ouvriers et des petits employés se contentaient du certif, donc sans penser au baccalauréat et encore moins à de possibles études. Le système était ainsi fait à l’époque que le lycée créé par Napoléon allait des plus petites classes jusqu’au bac pour les enfants des villes issus de familles aisées, tandis que l’école communale s’arrêtait bien vite pour des enfants qui ne pouvaient espérer dans le meilleur des cas que de poursuivre un peu en école primaire supérieure pour atteindre l’école normale et ainsi devenir à leur tour instituteurs – cela si leurs parents le permettaient.La société était donc scindée en deux : le lycée d’un côté, l’école de l’autre. La création du collège dans les années 1960-1970 a remis à plat le système puisque tout le monde suivrait la même voie progressive : l’école, puis le collège, enfin le lycée. L’égalité démocratique voyait le jour dans l’école française. Et depuis, nous baignons avec joie dans cet idéal démocratique que l’on croit réalisé. La seule remise en cause récurrente qui survient est celle concernant le collège unique. S’il y a bien un problème au niveau du collège, cela ne tient pourtant pas à son caractère unique.2. Tout a changé et rien n’a changéLe système français prône l’égalité républicaine, c’est-à-dire que chacun a la possibilité de réaliser le meilleur des parcours à l’école publique. Si le système est devenu ouvert à toutes les classes sociales, il est resté élitiste, c’est-à-dire qu’il vise toujours à dégager une élite : c’est un système pyramidal qui n’a jamais été réformé en profondeur. L’élève qui passe de l’école primaire au collège n’entre pas dans un établissement scolaire qui l’amènera à choisir en fonction de ses qualités et de ses aspirations le bon lycée pour lui. Il entre dans un collège qui n’est fait que pour le mener ensuite au lycée général : le collège unique est en fait un collège général qui reconduit en France la hiérarchie intellectuel/manuel. Donc, les élèves qui iront en lycée technologique et surtout en lycée professionnel seront considérés comme des élèves n’ayant pas pleinement réussi au collège, voire ayant totalement échoué. Quoi qu’il en soit, ils seront les premiers à ne plus pouvoir viser le haut de la pyramide.Le lycée général prépare au baccalauréat mais il ne prépare pas qu’à cela. Bien des parents et leurs enfants font du bac l’objectif majeur d’une scolarité, ils ne voient pas qu’ils seront victimes d’une seconde inégalité. En effet, pendant que certains se concentrent sur cet objectif, d’autres font en sorte d’engranger les meilleures notes et les meilleurs appréciations dès la classe de seconde, au besoin en ajoutant des heures de cours particuliers afin d’y parvenir, cela dans le seul but d’accéder à une classe préparatoire, le bac n’étant qu’un objectif de second ordre puisqu’il est déjà presque obtenu à force de travail intensif et n’attend plus que la mention « cerise sur le gâteau » d’un dossier d’élève doué et parfait. La grande majorité des bacheliers ira donc à l’université et l’élite dans les classes susdites. La pyramide se réduit considérablement puisque l’université est considérée comme la voie de l’échec à venir pour certains et celle en tout cas des élèves moyens…3. Les semblables ne sont pas des égauxLes élèves des classes préparatoires ne réussissent pas tous leurs concours d’entrée pour les grandes écoles, ils doivent souvent aller finalement vers l’université et, pour beaucoup, mieux s’épanouir par un travail plus personnel et plus mature que le bachotage auquel ils ont été soumis pendant deux ans. Mais les meilleurs des meilleurs – les homoioi (les semblables) de Sparte, cité oligarchique bien différente d’Athènes – intègrent diverses grandes écoles, pour certaines en place depuis la fin du 18ème siècle. Et là, on est en haut de la pyramide. Pour ces homoioi, les possibilités de carrière sont nombreuses. Certains – les normaliens de l’Ecole Normale Supérieure – passent l’agrégation avec une facilité déconcertante tant toute leur scolarité n’aura été qu’une préparation à ce type de concours. Ils peuvent alors se retrouver enseignant en lycée et même en collège où ils ne pourront évidemment pas saisir l’inégalité intrinsèque du collège unique général. Bien souvent, ils n’en restent pas là et peuvent choisir une carrière universitaire… c’est-à-dire qu’ils enseignent dans un lieu qui ne les a pas formés et qu’ils ont même dédaigné. Pour obtenir ce poste, ils passeront même, après un "petit" doctorat, devant des docteurs issus de l’université, déjà chercheurs aguerris, tant être normalien est un quartier de noblesse et tant l’agrégation un plus qui vaut bien des doctorats… Par exemple, on va préférer un normalien sur un poste d’histoire grecque à quelqu’un qui se sera formé à l’université, qui aura même ajouté à son cursus d’histoire une spécialisation en archéologie, et faisant fi de ses publications scientifiques dans des revues à comité de lecture. On va préférer l’élite formée dans le seul but d’être une « bête à concours » au chercheur habité par sa passion pour une discipline…Tout est fait pour le haut de cette pyramide, tout est fait pour que ça culmine. En termes d’exigence, c’est énorme. Tout le monde souffre dans un tel système, ceux qui peinent pour y réussir, ceux qui n’en sont pas « dignes », dès le collège pour certains, au lycée pour d’autres, en classes préparatoires pour les derniers recalés. Tout le monde souffre, y compris les enseignants pris dans une exigence de réussite uniquement basée sur le travail, les efforts – puisqu’on peut (et l’on doit) toujours mieux faire –, le sérieux, qui les empêche de faire leur travail avec toute la sérénité et la bonté requises dans un métier s’occupant d’enfants et d’adolescents : au lieu de se pencher durablement sur l’apprentissage, on remplit les têtes de programmes et c’est le dictat des notes ! Cette course en avant n’est faite que pour une minorité d’élus éloignés depuis l’adolescence (parfois depuis l’enfance) de la société normale – Anormale Sup fait la norme !4. Système inégalitaire et culture du stressCe système pyramidal fait le stress à l’école, qu’il s’agisse de celui des élèves comme celui des enseignants – et de plus en plus celui des parents –, mais ils fait aussi le mépris pour la formation professionnelle et même pour la formation intellectuelle à l’université – la France est le seul pays à avoir presque honte de son université… –, et crée la paupérisation de ses jeunes chercheurs – il faut être très motivé pour se lancer dans un doctorat aujourd’hui, surtout en sciences humaines, quand on sait la durée de ces études et le manque de perspective professionnelle puisque le docteur se verra concurrencé par des normaliens qui auront fait une thèse en un temps record sans que celle-ci soit pour autant un vrai travail de recherche (le normalien n’est pas recruté sur la qualité de ses recherches mais sur son cursus scolaire).La pyramide des âges de la France est aujourd’hui rétrécie à la base et gonflée en son milieu. La pyramide scolaire a à peu près la même apparence mais si l’espérance de vie n’est pas la même pour tout le monde, c’est encore plus vrai pour l’espérance scolaire. Et puis le but de la vie n’est peut-être pas de vivre le plus longtemps possible mais le mieux possible. Or, quelle réussite scolaire y a-t-il quand on n’a fait qu’obéir sans créer – comme suivre les cours austères de philo de la classe de terminale sans qu’on vous laisse la liberté de penser –, quand on a réussi sans choisir ? Car le conditionnement scolaire à la française fait parfois des gens bien malheureux, des gens qui ont subi une reproduction sociale si forte dans notre pays qu’elle n'est pas seulement dans notre culture mais plus encore dans notre système scolaire public.

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Tous les commentaires

 

Billet et commentaires très intéressants. Grand merci M. Lemardelé.

Je ne suis pas enseignant, mais ayant suivi de près la carrière d'un instituteur devenu conseiller pédagogique, mon père, je suis sûr que l'école primaire serait bien plus efficace si le ministère laissait les enseignants maître des réformes à faire. C'est là où se trouvent les compétences techniques et les capacités d'analyse.

Il y aurait moins de compétition, moins de stress, plus besoin de notes dans l'enseignement si la société acceptait de payer à un employé de grande surface le même salaire qu'un docteur en droit, où le contraire.

La grande idée de l'école républicaine c'était l'égalité des chances, mais cela ne marche que si la société, nous, tous les citoyens, sommes d'accord pour l'égalité dans les autres domaines aussi, salaires, santé, retraite. Autant dire que ce n'est pas pour demain.

Tant que certains penseront qu'un chirurgien bac + 12 est 12 fois plus utile qu'un maçon et doit donc gagner 12 fois plus, cela fabriquera de la compétition donc du stress.

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