Femmes/Hommes : le dimorphisme sexuel

Depuis déjà quelques années, la problématique féministe du genre intègre des problématiques scientifiques pour le meilleur et pour le pire. Quand la science est instrumentalisée par une idéologie, elle donne des « résultats » qui vont à l’encontre de l’évidence, nous conduisant à devoir accepter les thèses les plus stupéfiantes.

C’est lors de la disparition de l’anthropologue Françoise Héritier que je découvris un travail de thèse pour le moins étonnant qu’elle dirigea. Dans une chronique radio, leste et caricaturale, j’appris que la différence de taille entre hommes et femmes était plus sociale que naturelle, relevait même de la domination masculine tant les femmes avaient été rationnées en protéines par les hommes. Selon, Priscille Touraille (Hommes grands, femmes petites, 2008), les hommes auraient même accentué la mortalité des femmes lors de l’accouchement par la sélection des plus petites et des moins robustes…

Évidemment, les travaux dans leur ensemble de l’anthropologue féministe, qui me semblent bien excessifs, s’efforcent – rigueur scientifique et sérieux académique obligeant – d’être plus subtils et plus nuancés. Je tombais toutefois, peu après, sur la lecture d’une page de Claudine Cohen, préhistorienne réputée, (Femmes de la préhistoire, 2016) dans laquelle elle cite, certes en employant le conditionnel, ces travaux pour tenter d’établir une explication pertinente sur l’écart de taille entre hommes et femmes : chez Homo sapiens, cet écart moins observable chez l’homme de Néandertal serait de l’ordre d’une sélection des femmes par les hommes. Elle poursuit en évoquant la thèse non moins stupéfiante de Lucien Scubla, qui développa l’idée d’une jalousie des hommes pour le pouvoir procréateur des femmes, les conduisant, non seulement à les dominer, mais à enfanter à leur manière des hommes en instaurant des rituels d’initiations. Malgré une grande rigueur de pensée, Scubla n'analyse pas des données mais discute des idées émises autant par Lévi-Strauss que par Freud, et surtout par René Girard, que Claudine Cohen cite à la fin de son livre pour parler du désir mimétique, idée girardienne guère scientifique puisque le désir comme pulsion est rejeté, l'homme ne désirant que par imitation...   

Même si on ne peut nier que la gracilité féminine ait pu être encouragée par biens des sociétés – le corset du 19ème siècle en Europe, les pieds bandés en Chine, les colliers-spirales pour allonger le cou chez quelques populations d’Afrique et d’Asie, etc. –, il est plus délicat d’envisager que le corps féminin en soi ne serait pas le résultat d’une évolution naturelle. Nier l’existence d’un dimorphisme primordial qui se serait accentué de manière naturelle, c’est nier l’évidence et se montrer quelque peu idéologue plutôt que scientifique. Car évoquer la grande famille des mammifères pour signaler que le mâle de la baleine est plus petit que la femelle, comme a pu le faire Priscille Touraille, n’a aucun sens d’un point de vue biologique et éthologique. En effet, Homo sapiens doit être comparé à ses parents primates les plus proches pour lesquels ce dimorphisme existe déjà : la femelle chimpanzé est plus frêle que ne l’est le mâle.

hominides

Évidemment, on pourrait rétorquer à cette assertion qu’il n’y a pas d’écart de taille entre eux comparable à l’écart de taille entre hommes et femmes. Certes, alors on peut bien admettre que, lors des mariages, les femmes petites et sveltes ont été privilégiées comme les hommes grands et larges d’épaules l’ont été. Mais cela n’explique pas tout… Sans vouloir reprendre la phraséologie quelque peu phallocrate d’un ardent vulgarisateur de l’éthologie qu’est Desmond Morris (du célèbre Singe nu à la fin des années 1960 à La femme nue en 2004), il faudrait pouvoir expliquer pourquoi les femmes ont des seins permanents, des ventres ronds, des hanches prononcées et des fesses rebondies. Car l’animal humain n’a pas évolué que verticalement – station bipède –, ne s’humanisant qu'en perdant ses poils – mais la même Priscille Touraille inverse la tendance pour cet aspect aussi : le poil descend de l’homme… –, il a aussi développé des caractéristiques sexuelles qui lui sont propres.

Les hommes ont un phallus développé comparé au sexe court du gorille et au sexe fin du chimpanzé et les femmes ont un corps qui comportent des signaux sexuels constants à partir de la puberté. Il n’est pas besoin d’insister lourdement sur l’érotisme du corps féminin et, même, du corps masculin. Hommes et femmes ont en effet des lèvres pulpeuses, qu’au besoin on peut souligner de rouge pour accentuer l’aspect érotique, et seuls les bonobos ont cette caractéristique, quoique moindre, qui marque par là-même l’importance du sexe dans leurs relations dans le groupe. Qu’on l’accepte ou non, il reste que le rapport naturel, interagissant sur l’évolution des corps, entre un homme et une femme est éminemment érotique. Et c’est ce rapport de désir quasi-permanent qui fait la force de l’amour humain mais aussi explique en partie la violence sexuelle des mâles envers les femelles. Car Homo sapiens, à la différence de Pan paniscus, ne fait pas un usage de la sexualité pour apaiser le groupe social mais pour former des couples.   

Certes, Priscille Touraille parle, précisément, du dimorphisme sexuel uniquement de stature. Mais lorsque l’on regarde l’évolution d’Homo, à partir des fossiles, on voit surtout qu’il ne cesse de grandir. L’apport protéique a sans nul doute mieux profité aux mâles qu’aux femelles, mais la grande taille du gorille par rapport à ses femelles ne s’explique pas par une alimentation végétale plus importante en quantité : c’est parce qu’il est le mâle alpha qu’il est imposant et qu’il développe même une couleur de poils distincte (il est un « dos argenté » comme disent les primatologues). Voir les différences physiologiques hommes/femmes par le seul biais de l’alimentation et d’une domination masculine si peu subtile, c’est regarder le problème par le petit bout de la lorgnette et refaire de l'anthropologie physique avec certaines finalités en tête. En adoptant ce type de raisonnement, on pourrait tout aussi bien dire que l’espérance de vie des femmes étant meilleure que celle des hommes, elle doit pouvoir s’expliquer par un renversement de domination… Or, on sait bien que cet écart, comme la mortalité infantile frappant plus les garçons que les filles, est naturel et ne révèle aucune protection particulière des filles et des femmes. Je n’ose dire à propos de ce type de théorisation, la barbe !

P.S: complément, une femme dans une assemblée d'hommes

Conférence - C. JUNIEN - Origines Ancestrales, et environnementales du dimorphisme sexuel © Académie des sciences

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