Christophe PATILLON
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Billet de blog 14 janv. 2015

Des Charlie et des charlots ?

Christophe PATILLON
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Mon camarade Gedicus a eu le bon goût de m'envoyer cette chronique aussi salvatrice que sarcastique. Je la poste ici avec of course son autorisation. Seul le titre est de moi...

« Des Charlie ou des charlots ? »

 Hosanna !

Un miracle s’est produit dimanche 11 janvier : en France et dans de nombreux pays du monde, des foules se sont rassemblées pour manifester leur refus de la « barbarie », défendre la « démocratie », la liberté d’expression, et les « valeurs » de la république, dans le cadre d’un « hommage » aux personnes tuées par trois connards fanatiques.  Cette union sacrée devrait, n’en doutons pas, porter ses fruits.

Donc, dès aujourd’hui, les chefs d’États qui étaient présents à ce rassemblement vont, partout, libérer les journalistes emprisonnés chez eux et accorder à tous les journaux et médias une totale liberté d’expression et de caricature. En France même, les grands médias vont cesser d’uniquement prêter leurs voix à la propagande des oligarques et de leurs chiens de garde ; les rédacteurs en chef vont cesser de virer les journalistes qui ne font pas où leurs propriétaires marchands d’armes et de mensonges leur disent de faire; ces journalistes vont cesser de s’autocensurer ; tous ceux qui ont été mis à la porte des radios et télés pour irrévérence vont être réintégrés ; et toutes les bibliothèques de France vont acheter Siné Hebdo, CQFD, Le Fakir, Article 11, et autres journaux réellement indépendants, comme il leur est demandé de le faire pour Charlie hebdo. Les lois permettant à la police de fermer des sites internet seront abrogées, en même temps que de nombreuses autres lois liberticides.

Les policiers, devenus des héros, cesseront de blesser et tuer des manifestants ou des jeunes « des banlieues », et offriront des fleurs aux grévistes et autres « contestataires ».

De nombreux gouvernement engagés dans des persécutions de certaines populations, dans des arrestations, tortures, déportations, agressions guerrières, dont les représentants étaient présents à cette manifestation, vont cesser tout cela. Dans tous ces pays, et particulièrement en France et en Europe, les internements et expulsions d’ « étrangers » fuyant la misère, les persécutions ou la guerre, vont prendre fin. La xénophobie et le racisme n’auront plus cours et les politiciens et hommes d’États qui ont fait leur fond de commerce de la stigmatisation de boucs émissaires en tous genres vont se taire.

Tout ce qui nourrit les fanatismes, à commencer par les monstrueuses « inégalités » sociales, l’exploitation éhontée de peuples entiers, le pillage de leurs ressources, la pollution de leur environnement, les magouilles stratégiques d’États et de gangs au service de multinationales, le matraquage propagandiste abrutissant, tout cela va cesser. Et, la misère étant bien plus meurtrière que les balles et les bombes, tout sera mis en œuvre pour la supprimer.

Car, si tout cela ne se fait pas, on sera en droit de se demander à quoi aura bien pu servir ce grand rassemblement œcuménique1, transformé par tous les médias et tous les ministères en tapageur show d’amour et de tolérance de tous pour tous, sinon à instrumentaliser une légitime indignation ; à récupérer l’émotion populaire pour faire marcher les citoyens au pas derrière les faux-culs régnants (Comme en 14 !)2 ; à utiliser la peur des « barbares » pour mettre toujours plus la société en état de siège permanent ; à créer toujours plus de lois permettant de réprimer toutes les rébellions en les assimilant à du terrorisme.

En ce cas, beaucoup de ceux qui se sont sentis Charlie, auront été pris pour des Charlots, et trouveront peut être d’autres raisons de s’assembler moins naïvement dans les sombres temps à venir.

Gédicus 


Notes

1. Sur ce mot, Wolinski me susurre une  plaisanterie salace que je ne répète pas.

2. On comprendrait mal que dans ce contexte de grande messe pour le droit à la caricature, certains s’offusquent de cette remarque qui pourrait leur sembler caricaturale, et qui ne l’est pas tant que ça.

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