Conflit à la CGT Ville de Paris, la cause des femmes, soutien aux camarades accusés

Mon appel à la Paix

La Guerre de Troie n’aura pas lieu

Andromaque : La guerre de Troie n’aura pas lieu, Cassandre !

Cassandre : Je te tiens un pari, Andromaque.

Andromaque : Cet envoyé des Grecs a raison. On va bien le recevoir. On va lui envelopper sa petite Hélène, et on la lui rendra.

Cassandre : On va le recevoir grossièrement. On ne lui rendra pas Hélène et la guerre de Troie aura lieu.

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Priam : Hector, songe que jeter aujourd'hui le mot paix dans la ville est aussi coupable que d'y jeter un poison.

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Jean Giraudoux, 1935

Manifestation du 8 mars 2018, de la Place de la République à l'Opéra de Paris © CC Cilcée Manifestation du 8 mars 2018, de la Place de la République à l'Opéra de Paris © CC Cilcée

 

A l’attention de Mathilde Goanec et Dan Israël,

Je tiens par ce long texte à témoigner et vous livrer mes réflexions personnelles sur la situation dramatique de la CGT à la Ville de Paris.

Je souhaite par mes propos œuvrer à la paix et à la réconciliation, soutenir les camarades syndicalistes accusés dans votre article-enquête paru sur Mediapart le jeudi 27 juin 2018, et promouvoir la cause des femmes pacifiquement.

Je suis bibliothécaire d’État cadre A intégrée à la Ville de Paris le 1er avril 2016.

Je suis secrétaire de la Commission exécutive du Syndicat des Cadres et Techniciens CGT de la Ville de Paris, mais je vous écris en mon nom seul et de ma propre initiative.

Je suis anarcho-communiste, fidèle au PCF sans être adhérente, j'ai habité 14 ans à Bagnolet où j'ai milité dans plusieurs organisations, j'habite dans le 10ème arr. de Paris depuis 2012.

Je suis féministe, non adhérente à une organisation non plus. J’ai adhéré au Syndicat FERC-SUP CGT Paris-Sorbonne de 2010 à 2014. Je reviens dans l’action après de longues années de difficultés personnelles avec le père de mes enfants, spécialiste des droits des femmes et des projets de développement genrés dans une grande ONG française.

J'ai aussi contacté Hélène Bidard, adjointe PCF à la Maire de Paris, qui a signé la tribune parue dans le journal Libération, pour lui parler du conflit entre les syndicats de la Ville de Paris et de son traitement médiatique suite à votre article, mais n’ai eu aucune réponse de sa part.

Ma position dans le conflit

J'observe le conflit à la CGT parisienne depuis octobre 2017 et je vous fais part de ma vision des événements, qui mettent en péril l'avenir d'un camarade grand militant, comme vous le savez, important pour la lutte sociale, alors que l'affaire a été classée par le Procureur.

Les propos rapportés publiquement par votre publication sur le conflit bafouent la présomption d'innocence et le doute judiciaire, et je rappelle cela alors que je sais et déplore que 95% des affaires pour violences sexuelles sont classées sans suite en France.

Le camarade syndicaliste incriminé est nommément cité dans votre article sur Mediapart, alors que les camarades femmes ont témoigné sous pseudos. Je vous demande expressément de bien vouloir retirer son nom de votre article par respect à son égard, s’il vous plaît, même après publication et diffusion sur les réseaux sociaux.

Je connais les camarades femmes qui ont témoigné, je les apprécie, ayant participé à leurs actions et formations du Collectif Femmes Mixité. Je compte mener avec elles la campagne de l'UGICT sur la revalorisation des métiers à prédominance féminine prévue pour mars 2019.

Je connais les chiffres des violences faites aux femmes et l'histoire des droits des femmes.

Je condamne la violence dont les camarades de la Ville de Paris ont pu parfois user dans leur propos, et sûrement leurs actes pour certains, évoqués dans votre enquête.

Cependant, je n'étais pas présente au moment des faits de violence entre les deux camarades en 2016 et ne peux me prononcer sur la véracité des propos que j'ai entendus de toute part depuis 9 mois, en tant qu’observatrice du conflit, et désormais partie prenante.

J’ai au départ soutenu mes camarades femmes dans leur combat pour la défense de la camarade violentée, notamment au sein de la CE de mon Syndicat des Cadres et Techniciens, m’insurgeant par ailleurs contre les méthodes autoritaires de la Fédération des Services publics concernant la mise sous tutelle des syndicats rebelles. Je tiens à porter le thème des femmes et des discriminations fondées sur le genre et l’origine, dans mon action syndicale et professionnelle.

J’ai finalement décidé depuis plusieurs mois, pour plusieurs raisons que je développe dans ce billet, de me ranger aux décisions de l’organisation fédérale et de la CE de mon syndicat, en redoutant le risque de déperdition de la CGT et de déroute aux prochaines élections professionnelles. Je ne suis pas sûre à ce jour de vouloir, ni de pouvoir me présenter sur ces listes, mais si je le peux, je le ferai sur les listes reconnues pas la Fédération. En tant que féministe, qui soutient les soit-disant « sexistes autoritaires » !

Il me semble que le conflit aurait pu être traité à l'amiable, en interne, par la CGT, par le dialogue, pour éviter une tel hallali médiatique, que je considère comme injuste.

Je dis cela alors que les violences faites aux femmes me sont insupportables, et que j'ai moi aussi subi de nombreuses violences dans ma vie, autant de la part d'hommes que de femmes, dans mon parcours professionnel et personnel. J'ai parfois aussi réagi avec violence.

Les violences faites aux femmes

Je pense que la violence n'est pas seulement une affaire de genre dans l'histoire des femmes, mais tient davantage à des raisons historico-politiques, à un profil psychologique induit par la violence du système capitaliste de notre société, à des facteurs sociétaux (misère économique et morale, alcool, éducation, violences subies par les agresseurs dans leur enfance selon la théorie d’Alice Miller que j’admire, mise en concurrence des salariés par les méthodes de management, individualisation des primes…), tout ceci entraînant la violence dans les rapports humains, qui s'exprime sous de multiples formes.

Les femmes sont discriminées depuis des siècles, elles ont fait une entrée massive dans le monde du travail, notamment depuis qu’elles ont suppléé les hommes partis à la guerre. Le patronat les utilise comme outil de dumping social pour baisser les salaires, affirme la sociologue du genre Marie Buscatto, accentuant les divisions sociétales et augmentant la précarité.

Les hommes sont bousculés dans leur masculinité dans le monde du travail, dans la sphère privée, et nous sommes tous et toutes conditionné-e-s, même malgré nous, hommes et femmes, à la perpétuation du patriarcat.

L’égalité femmes-hommes et l’équité, le respect des droits des femmes sont une lutte de chaque instant dans les rapports humains, l'éducation des enfants, les médias, le cinéma, la littérature (enfantine qui perpétue les clichés sexistes, policière, qui véhicule souvent une image vulgaire de la femme), la politique, la Justice, la publicité, les jeux vidéo, etc. La condition des femmes dans la société française est pour moi dramatique, malgré le - faux - mythe de libération de la femme moderne. Elles représentent les ¾ des minimas sociaux, subissent la ségrégation professionnelle dans les métiers genrés fortement dévalorisés, notamment dans le domaine du « care », services à la personne, les écarts salariaux, encore plus lorsqu’elles sont d’origine étrangère ; elles ont une carrière morcelée par les grossesses, l’éducation des enfants, des contrats précaires, elles subissent le plafond de verre et le plancher collant, la charge mentale dans leur foyer, la domination masculine, la prostitution, l’image séculaire de la femme-objet, etc.

Pour moi la place et la considération de la femme sont essentielles dans la lutte contre l’oppression libérale, contre toutes les formes de discriminations, dans la construction d'une société meilleure face au capitalisme destructeur.

Par ailleurs, le Collectif Femmes Mixité parisien se fonde exclusivement sur des actions pro-femmes, engendrant une montée de l’antiféminisme et une lassitude de cet état de guerre.

Les campagnes en faveur de l’égalité des femmes ne peuvent non plus à mon sens ignorer la lutte des personnes LGBTI, par exemple celle des personnes intersexes et trans non-binaires contre les stéréotypes hétérosexuels qui nous dominent, selon l’expression de Judith Butler, et sont facteurs de discrimination. Leur réflexion sur le pouvoir catégorisant de la langue française est très intéressante pour dépasser les clivages sociologiques fondés sur une construction artificielle du genre, elles utilisent par exemple le français inclusif et neutre grammaticalement (iel pour il/elle…, Cf le dictionnaire en ligne). Leur combat doit être soutenu pour faire valoir le droit à la différence, à la diversité, à l’égalité de tou-te-s, à la Justice sociale.

Outre le poids des événements politiques et économiques qui ont modelé l’histoire des femmes, je pense en effet que la langue structure les mentalités, n'évolue pas au même rythme, et contribue aussi fortement à perpétuer le patriarcat - quand on apprend pendant des années qu’en grammaire le masculin l’emporte sur le féminin, cela structure les cerveaux ! Avant la Renaissance et la fixation de la langue française moderne, la règle de proximité s’appliquait en ancien-français pour accorder le qualificatif ou complément d’une suite de noms masculin et féminin. Il existait de grandes féministes au Moyen-âge : Aliénor, Christine de Pisan, Christine de Sienne, Hildegarde de Bingen…, figures éclipsées pendant des siècles par une législation qui a fait des femmes des mineures jusqu’à la moitié du 20ème siècle.

De plus, les insultes, dont ne sont pas en reste les camarades pro-US anti-Fédé, qui sont un moyen d'exutoire quotidien de la colère, de la violence ou de la surprise, se rapportent pour beaucoup en français au sexe féminin.

Je m’étonne aussi souvent des réactions violentes face à l'emploi de la langue inclusive, dernièrement lors de la promulgation de la circulaire administrative d'Édouard Philippe, de la part d'un collègue bibliothécaire adhérent à la CGT.

En tant qu’admiratrice inconditionnelle de Simone de Beauvoir, je garde constamment en tête son œuvre et sa philosophie, qui m’ont construite, comme celles d’autres femmes théoriciennes et de nombreuses écrivaines, qui m’ont sauvée dans la tourmente de ma vie.

"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." Simone de Beauvoir

Les mentalités évolueront grâce aux mouvements #Metoo et #BalanceTonPorc, et il me semble qu’on perçoit un changement actuellement dans la prise en compte collective des doléances des femmes, dans les relations hommes-femmes, mais aussi une gêne, un tabou : la lutte est encore longue. La jurisprudence en droit administratif a également montré récemment son souci de la problématique de la discrimination des femmes par l’état de grossesse, par une lutte contre le harcèlement sexuel à l’encontre des femmes, en condamnant un directeur abusant de sa position hiérarchique (Décision CAA Marseille 12-06-2018, n°16MA03491, 9ème chambre. harcèlement sexuel et moral preuve).

Je n'ai pas réussi à faire comprendre à mes camarades du Collectif Femmes Mixité, ni aux collègues de notre syndicat qui les soutiennent, que je désapprouve leur action contre nos camarades militants de longue date, et leur dénonciation publique comme agresseurs par le Collectif Femmes Mixité / anti-Fédération grâce à votre publication, est une condamnation calomnieuse et exagérée. Ils sont aussi chargés de famille, ont des filles, sont altruistes et engagés.

Ils sont comme nombre de Français, pétris de culture gauloise.

Cette gaudriole me révolte et m'affecte souvent, et parfois dans ma vie je n'ai pas réagi aux propos ou comportements dégradants, tant cette culture, le machisme et l'oppression sont omniprésents et paralysants. L’enjeu professionnel était parfois trop grand pour que je puisse aussi protester : remarques d’un directeur sur mon physique, sous couvert de flatterie, lancées à des fins de domination ou par indélicatesse ?, relations de domination psychologique, obligation de tutoyer mon directeur, ce que je refuse désormais, directeur violent, colérique et malveillant… J’ai connu l’école de la vie dans un monde machiste, comme nombre de femmes, comme ma fille, agressée deux fois dans le RER adolescente, aujourd’hui présidente d'une association féministe d'autodéfense.

Il m'arrive toutefois aussi de m'amuser de comportements, ou de paroles à connotations sexuelles quand elles ne sont pas dégradantes ni offensantes, en pensant que c'est vraiment un trait français. Bien que je sais que la violence faite aux femmes est un phénomène grave et universel sur la Planète.

Le progrès social ne se fera pas sans les hommes, ni avec la guerre inter-genre binaire, que je trouve caricaturale à la CGT parisienne, et qui ne sert pas la « Mixité ». Les hommes doivent comprendre que l'égalité, le respect des femmes, qui représentent la moitié de l'Humanité, ne peuvent être que bénéfiques pour tous.

Cependant, les femmes doivent aussi se battre de façon efficiente, sans exclure les hommes de leurs luttes. Beaucoup de femmes qui ont du pouvoir ou des responsabilités au travail, adoptent des comportements individualistes et violents, se « masculinisent » dans les méthodes de management, font preuve d’indécence aussi parfois. En tant qu’encadrante, j’ai pu constater des comportements violents et harcelants de la part de femmes dans ma carrière, autant entre collègues, que par abus de pouvoir dans un lien de subordination. Aussi je ne peux pas taire la violence des femmes.

La guerre suicidaire des syndicats de la Ville de Paris

Il en va de même dans les comportements des camarades femmes pro-US (Union Syndicale de la Ville de Paris opposée à la Fédération des Services Publics) en cette situation de guerre, outre le phénomène de snobisme, de « club entre soi » excluant, triant les membres sur le volet (les vrais et faux cégétistes), que partagent nombre d’organisations collectives ou milieux sociaux.

Les camarades du Collectif Femmes Mixité Ville de Paris sont allées manifester début 2018 à la Confédération CGT de Montreuil, lors d’une réunion de la Fédération des Services publics avec les secrétaires généraux des syndicats de la Ville. Ces dames ont alors chanté « Talbot, démission, Talbot, si tu savais, ta tutelle, où on se la met », elles qui dénoncent sans répit les propos à caractère sexuel. J’étais présente, mais n’ai pas chanté.

Le 8 mars 2018, Ménélas, le responsable du syndicat CGT DAC Ville de Paris, qui soutient le Collectif Femmes Mixité et s'acharne sur les camarades pro-Fédération, a publié un excellent article sur son blog, « Le 8 mars, les femmes envoient tout valdinguer à 15h40… » et a mis une photo choquante, indécente et vulgaire en illustration, toute référence cinématographique et humour écartés… Le sujet des femmes amène systématiquement des réactions à connotations sexuelles, même chez les anti-Fédé, qui lancent attaques, diffamations, messages assassins, menaces et calomnies depuis l’intensification du conflit.

J'essaie d’expliquer ma position, de dédramatiser en disant que cette guerre entre une armée d'éboueurs et une armée de militantes de la Petite Enfance est impressionnante mais ne fait pas avancer la cause des femmes, ni la prise en compte de leurs revendications auprès des camarades hommes qui sont braqués, se sentent aussi agressés et en insécurité.

Cette guerre violente et suicidaire ne permet pas à mon sens de faire avancer la cause des femmes auprès des hommes, ni de les impliquer davantage dans les actions pro-femmes, qu'ils désertent.

La matinée de formation syndicale du 8 mars 2018 organisée par le Collectif Femmes Mixité Ville de Paris a réuni une trentaine de femmes et… un seul homme. Je viens de passer une semaine en stage à l'ISST, Institut des Sciences Sociales du Travail Panthéon-Sorbonne à Bourg-la-Reine, et les organisatrices ont aussi récemment fait ce constat de l’absence des hommes, lors d’une formation sur les femmes.

Ce manque de mobilisation pour la condition des femmes, est dû, je pense, au fait que le mouvement récent de libération des paroles des femmes à l'encontre des violences sexistes, après avoir représenté un énorme espoir, provoque hélas le phénomène de « Gender fatigue », et est aussi mal perçu.

Les hommes se sentent soupçonnés.

Il faut soigner la communication sur la cause des femmes et faire œuvre d’éducation multiple. En témoigne le procès qui est fait à Caroline de Haas après son interview et la reprise indue et malveillante de ses propos par l'Obs, "1 sur 2 ", qu'elle n'a jamais prononcés, qui ont eu raison de son combat sur les réseaux sociaux, alors qu'il est important. Le terme #balancetonporc pour dénoncer les agresseurs sexuels est également vulgaire, c'est dommage ; en anglais, le simple #metoo est aussi fort et me paraît plus approprié à la communication sur le droit des femmes au respect. Il me semble que l'expression française effraie ceux qui ne sont pas confrontés à ces violences dans leur entourage ou qui refuse d'admettre la réalité et la banalisation des violences faites aux femmes.

La crise économique et la faible mobilisation actuelle pour enrayer la déferlante gouvernementale et capitaliste contre l’État social ne laissent pas non plus beaucoup d'espoir de mobilisation pour les droits des femmes.

Dans ce conflit à la CGT Ville de Paris, je constate également un manque de solidarité, de dialogue et de bienveillance entre camarades, ce qui me choque, quels que soient les faits passés et la justesse du combat pour la reconnaissance des femmes. Je constate des actes violents, déplacés et des procédés malveillants venant des membres du Collectif Femmes Mixité et de leurs soutiens au sein de l’Union Syndicale, à mon encontre aussi. Ce sont les camarades de l’US qui ont commencé à pratiquer les tactiques de la terre brûlée, en confisquant l’accès à la reprographie et à la propagande, en ne diffusant pas les actions des camarades pro-Fédération.

Je suis athée mais je pardonne aussi, pour avancer, vivre libre, sauver mon esprit des mauvaises pensées, dans ce monde de violence.

J'aimerais que les camarades en guerre l'entendent, pour reconstruire l'Union Syndicale de Paris dans la fraternité, la sororité et l'unité, ce qui passe par la fusion des listes électorales.

Ceci afin de préserver la présence active du syndicat dans les instances représentatives, en évitant le ridicule, la désaffection des adhérents, le dégoût et l’atteinte à l’image de la CGT nationale face au déballage du linge sale.

Ce n'est pas à la Maire de Paris, Anne Hidalgo, de trancher sur la légitimité des listes électorales parallèles. Ni aux personnalités féministes de l’appel de Libération, que j’admire toutes et qui j’espère me liront, de juger de ce qui se passe à la CGT parisienne et de décider de la destruction de personnes.

Plusieurs camarades des deux camps ont souhaité la fusion des listes depuis plusieurs mois, et les pro-US se concentrent sur la guerre et les actions en Justice contre la Fédération des Services publics, pour « atteinte à l’ordre », perdant en première instance, en utilisant les sous des syndicats de l'US. Ceci alors que les mouvements de grève, les travailleur-se-s ont besoin de soutien, et notre syndicat de l’union de toutes nos compétences pour se concentrer sur la défense des agents contre les multiples manquements au droit de la hiérarchie parisienne, et sur la défense des services publics.

La guerre sous toutes ses formes détourne les syndicalistes du combat social nécessaire actuellement à la Ville de Paris qui maltraite nombre d'agents (dont tous les contrats aidés laissés sur le carreau, soit 70% de femmes exclues de la Fonction publique française), et qui pourraient, par leur nombre, et le poids de leurs actions, devenir un des moteurs du mouvement social national face au dirigisme destructeur du Gouvernement Macron-Philippe. Deux camarades du Syndicat du Nettoiement sont en ce moment menacés de révocation de la Ville pour leur action syndicale, alors que seule la désobéissance civile semble rester aux salariés, aux fonctionnaires, aux opprimés, pour protester contre les réformes antisociales. La répression des militants et des syndicalistes est inacceptable dans notre démocratie.

Outre des questions d'organisation et de structure des syndicats qui peuvent être discutées, des enjeux de pouvoir, des intérêts politiques, personnels et des questions d'ego sont aussi en effet à l’œuvre dans le conflit.

A mes yeux, le refus du dialogue vient surtout des camarades que je nomme "pro-US et anti-Fédé", qui ont refusé de respecter le cadre de médiation du Comité de suivi mis en place par la Fédération CGT des Services publics pour résoudre le conflit.

Ces camarades pro-US, dont le Collectif Femmes Mixité, ont agi de façon cachée puis ont médiatisé le conflit par entregent, et sur les réseaux sociaux, à seule fin d'écarter sans aucune clémence les camarades indésirables à leurs yeux. Plusieurs membres de la CE de notre Syndicat des Cadres et Techniciens sont auteur.e.s de la campagne antisexiste que je qualifie de "lynchage médiatique calomnieux" contre les camarades mis en cause et investis pour les listes électorales par la Fédération CGT des Services publics.

Ces camarades pro-US ont dérogé à toutes les règles d'organisation du syndicat, aux statuts de la Fédération qui est souveraine en cas de conflit, ainsi qu'à tous les votes et mandats de la Commission exécutive du Syndicat des Cadres et Techniciens. Ils accusent celles et ceux qui ne roulent pas dans leurs manœuvres larvées de n’être pas démocrates et de vouloir étouffer les violences et discriminations contre les femmes, en généralisant sur tous les membres de la CE (une vingtaine sur 25) qui ne soutiennent pas le Collectif de femmes.

Or, Sophie Binet, responsable du Collectif Confédéral Femmes mixité, a affirmé lors de la formation que j'ai suivie du 18 au 22 juin dernier sur les actions de revalorisation des métiers à prédominance féminine (invitée par une camarade du Collectif Femmes Mixité), que les décisions des CE et Congrès n'ont pas à être discutées. Il me semble qu'elle ne savait pas que le conflit était paru dans les réseaux sociaux et les blogs avant que je lui fasse part de mon opinion sur la situation le 22 juin, car quand je lui ai dit que j'étais gênée face à mes collègues des bibliothèques qui me parlent du conflit, elle m'a répondu qu'il ne faut pas en parler. Je lui avais dit que le conflit allait être dévoilé dans la presse, sachant ce que préparaient le Collectif Femmes et les camarades pro-US depuis le début de l’année 2018. Je crains en outre d’être désormais malvenue dans les collectifs de femmes en exprimant ici ma voix dissonante.

Je trouve normal que des organisations, dont des membres sont accusés d’agression sexuelle, fassent leur mea culpa, mais dans cette histoire, il n’y a pas eu d’agression sexuelle à la Ville de Paris, seulement des propos déplacés sans aucune malveillance devant la beauté de Rosa, et un « accrochage violent » malheureux entre Odin et Olympe. Aussi je considère que la sanction d’atteinte au droit à l’image des camarades que génère la publication de votre article est disproportionnée par rapport aux « erreurs » imputées. Quant aux attouchements durant les manifestations, je n’en ai pas eu connaissance avant la lecture de votre article. Il me semble que les Amazones de la Ville de Paris sont assez fortes pour remettre les malotrus à leur place.

La CGT et nombre d'organisations de lutte sont en crise et en proie à des luttes intestines - que je considère en l’occurrence à la CGT parisienne comme de l'entrisme politique de la part de certains camarades dont le discours politique et le comportement sont contraires aux valeurs sociales de la CGT. Il me paraît moi aussi essentiel de respecter les règles de notre organisation syndicale, qui est aussi un fer de lance historique dans la lutte féministe (ma mère militante était abonnée à Antoinette, le journal des femmes cégétistes), et la CGT est le seul syndicat à se saisir sérieusement de la cause des femmes, à agir concrètement pour les droits des femmes au travail, dans la société et la sphère familiale.

J'ai écouté nombre de camarades de tous les syndicats de la Ville, et je refuse depuis que j’ai découvert ce conflit en octobre, de juger avec malveillance les camarades mis en cause.

D'autant que les camarades de l'US usent aussi de méthodes violentes (dont certains à mon encontre), et la guerre s'amplifie chaque semaine au détriment de la crédibilité des militants de la Ville et de la campagne électorale à construire.

Je suis pacifiste, je tente de rétablir la paix avec mes petits moyens, par la discussion, l’humour, la morale, la littérature. Je tente de réconcilier tout le monde depuis des mois en vue des élections professionnelles et au vu des dégâts que provoque le conflit, autant pour l'image de la CGT nationale que pour la santé des militants responsables syndicaux, qui reçoivent régulièrement de terribles mails. Je fais partie d’une commission de résolution des conflits au sein de mon syndicat, qui, je pense, en appellera d’autres.

Je connais depuis juin 2016 le camarade responsable du Syndicat CGT DAC, Ménélas, qui tient le blog de la CGT DAC Culture, qui diffuse tout auprès des journaux, des RG, des élus, rend le conflit public et abhorre certains camarades. Celui-ci vient de m'exclure par exemple de la liste de diffusion CGT DAC comprenant 80 syndiqués, dont environ 70 de mes collègues des bibliothèques. Vous pouvez juger de la méthode d'une personne qui prône la démocratie comme antienne depuis des mois avec le Collectif US anti-Fédé pour justifier sa position et ses actions publiques.

Je travaille depuis octobre 2017 à la bibliothèque André Malraux avec lui, membre de l'équipe de direction et chargée de l’action culturelle, après avoir été adjointe de la bibliothèque Václav Havel rue Pajol dans le 18ème où j'ai dû gérer des violences, sans soutien, et je ne suis pas d'accord avec sa façon d'agir.

Je suis nommée ce mois-ci comme chargée de mission au Bureau des Bibliothèques et de la Lecture de la DAC, et je participe à la préparation de la journée de formation syndicale sur la lecture publique de la Fédération des Services publics CGT pour établir le bilan du rapport Orsenna, protester contre ses mesures et injonctions d’ouvrir le dimanche et d’étendre les horaires d’ouverture à moyens constants, alors que nombre d’établissements sont en sous-effectif de personnel. Ce qui provoque de la souffrance au travail, des RPS (risques psycho-sociaux), dans une profession fortement féminisée (excepté pour le corps de catégorie A supérieure des conservateurs), et dévalorisée financièrement, comparé à nombre d’autres corps de fonctionnaires.

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"Thyeste : Une seule chose peut nous rendre la paix ; c'est un traité d'indulgence mutuelle." Sénèque.

Je souhaite que mon témoignage serve à la paix, à la promotion du respect et des droits des femmes, à la réhabilitation des camarades calomniés que le Collectif antisexiste tente de briser, à enrayer la violence du conflit en vue de la réconciliation pour la campagne des élections professionnelles, qui me semble plus importante que les batailles de personnes et les malveillances interminables entre camarades.

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Enfin, un des camarades proches d’Odin, cité dans votre article, Heimdall, m'a transmis un message à l'attention d'Hélène Bidard, que je me permets de vous retranscrire :

"Alors tu peux lui dire que mes propos sont repris contre mon consentement et que moi aussi je me sens ainsi agressé. En ajoutant, si elle s'en souvient, que je suis le syndicaliste qui était intervenu lors du compte rendu de mandat de Bertrand Delanoë sur la question de la fermeture du labo d'analyses médicales St Marcel. A cette occasion elle était venu me voir, ayant apprécié mon intervention. Donc peut-être que mon avis lui apportera un peu de mesure sur les propos de cet article et pour faire comprendre que sous prétexte de lutte contre le sexisme on est plutôt dans l'acharnement qu'autre chose." Heimdall.


Cécile Prs Brz

Paris, le 3 juillet 2018

8 mars 2018 © CC Cilcée 8 mars 2018 © CC Cilcée

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