Bring Down The Walls (Phil Collins)

Ce film aborde le complexe carcéro-industriel américain à travers le prisme de la house music et de la vie nocturne, faisant du dancefloor un espace de libération personnelle et collective et proposant de nouvelles perspectives pour créer du lien dans nos sociétés.

Pour comprendre l’articulation qui, tout au long de Bring Down The Walls, rend si beau et joyeux son propos plein de colère, il faut remonter au mitan des années 80. Tandis que le système carcéral américain s’est mué, depuis Nixon, en une aberrante machine de discrimination sociale et raciale, les braises de l’idéal égalitaire rêvé par le disco sont ravivées à Manhattan, à Chicago et dans le New Jersey, en l’espèce d’un art au nom hospitalier de house music. Bring Down The Walls est alors le titre d’un morceau emblématique, rêvant d’abattre à coup de boite à rythme les murs invisibles d’une société dont la house (principalement noire, majoritairement homosexuelle) héberge les principales victimes. Une trentaine d’années plus tard, Phil Collins s’approprie ce titre pour baptiser un grand projet associatif (et un film, donc), déterminé à faire tomber des murs bien concrets : précisément ceux du complexe carcéral, dont l’oeuvre de destruction n’a pas faibli. « Bring Down The Walls » a ainsi donné la parole plusieurs jours durant à celles et ceux qui militent pour ce démantèlement, réservant les nuits à la danse, sous le même toit et au son de quelques classiques house. En choisissant de filmer à parts égales les moments de discussion et les moments de jacking, Collins rend justice à la beauté toute politique des seconds, qu’on aurait tort de voir comme de simples intermèdes récréatifs : il s’y agit de figurer, avec une rare élégance, l’expression la plus pure, et la plus communicative, de la liberté. Quelque part entre Frederic Wiseman et Larry Levan, c’est l’objectivité selon Phil Collins : cinq minutes pour la parole, cinq minutes pour la fête.

Jérôme Momcilovic
Critique, membre du comité de sélection de Cinéma du réel

Ce film est disponible jusqu'au 3 avril sur Tënk

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