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Billet de blog 15 janv. 2022

MUBI, sauveur d'auteur ou streamer abuseur?

Des millions de fonds de la Commission européenne ont financé en toute sécurité l'un des principaux agresseurs du marché.

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[Cette entrée est rédigée en collaboration avec des collègues en Allemagne.]

Alors que la nouvelle tant attendue est sortie hier de l'acquisition par MUBI de la Match Factory, nous étions déjà au milieu d'une entrée sur MUBI et le pouvoir supérieur de certains streamers. Mais avant de commencer, nous devons nous pencher sur l'histoire.

C'est comme si c'était hier que le charismatique Efe Cakarel a lancé, avec le soutien de la vétérane de la distribution Hengameh Panahi, ce qui allait devenir l'un des acteurs incontournables de la scène VOD art et essai. "The Auteurs" comme on l'appelait jusqu'en 2010 deviendra plus tard MUBI, un acteur incontournable sur les marchés internationaux.

Au départ de son modèle était un simple partage des revenus, dont les films pouvaient générer de 20,000 à 50,000 dollars par titre. Aujourd'hui, l'entreprise a deux profils : l'acquisition à fort budget de titres sur des marchés clés (principalement Cannes, des titres comme Annette) destinés à des sorties simultanées en ligne et au cinéma) et ensuite le 99%, la stratégie à haute capacité et 'low-budget'. Dans cette dernière stratégie, MUBI, avoir dupliqué le 'modèle Netflix', paie des frais fixes pour les droits exclusifs (parfois globaux) payants quelques centaines jusqu'a quelques millers de dollars. Fixes, mais promettant une valeur ajoutée, soulignant leur marketing passionné. De nombreux cinéastes sont attirés par cette promesse, la promesse de deals futures. Ils voient leurs films alignés à côté des grands auteurs.

On ne leur propose pas les mêmes conditions, la même transparence, le même revenu par vue (aucune). En fait, certains streamers ont assuré qu'ils pouvaient en toute confiance fixer les prix à la baisse pour les cinéastes moins importants ou les entreprises avec un catalogue moins premium sur lequel ils ne s'appuieront pas à long terme.

Mais la promesse de deals futures est un argument questionable. On oublie la chronologie des médias. Qui sortirait un film après une sortie en ligne après. Pas nous.

Le philosophie de MUBI est représentatif d'un modèle général dans industrie, qui (avec tous ses mérites commerciaux) évoque bien sûr des questions d'éthique. La croissance et le profit à outrance doit-il se faire au détriment des "petits cinéastes"? De toute évidence, ces énormes marges bénéficiaires permettent aux entreprises d'acheter des structures comme la Match Factory. D'un point de vue commercial, c'est tout à fait logique, et j'applaudis à l'ingéniosité.

Bien sûr, on peut toujours affirmer que chacun a le libre choix et peut décider avec qui signer. Je ne pense pas que ce soit tout à fait correct, si les prix ont été fixés à tous les niveaux, pour garantir une rémunération différente pour différents joueurs. Il est vrai que les cinémas, quel que soit le prix du billet, paieront un pourcentage différent aux studios par rapport aux distributeurs indépendants. Cette logique ne tient cependant pas, car un titre studio attirera plus de spectateurs et représente un risque moindre. En ligne, le prix par billet (et le coût) sont uniformes. Alors pourquoi ne pas payer équitablement.

Il y a des années, les Américains ont créé une campagne de transparence où les cinéastes indépendants pouvaient comparer les tarifs d'achat des plateformes, en téléchargeant des indicateurs (budget, genre, sexe du cinéaste, etc.). Je me demande si les producteurs devraient prendre la tête de cette discussion, car c'est après tous leurs films et ceux qui sont au cœur cette discrimination.

En tant que deux puissances, toutes deux complémentaires par leur énorme dépendance aux subventions, il est clair que certains changements sont visibles, notamment l'énorme poussée que les distributeurs ont prise dans la sphère de la production fortement financée ("originals"). Avec la baisse des entrées au cinéma, les entreprises ont besoin de ces programmes à court terme, pour développer leur croissance, la collaboration et les échanges latéraux.

Ce qui est évident entre-temps, c'est que "The Auteurs" ne représente plus les intérêts des Auteurs au sens large. La question reste de savoir si le rachat d'une véritable société auteurs, peut restaurer leur crédibilité Auteurs.

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