Le Crédit Mutuel Arkéa met la Bretagne sur la paille

Le Crédit Mutuel Arkéa, que son Directeur Général, Ronan Le Moal, s’attache à présenter comme garant du « dynamisme de proximité » en Bretagne, est en grande partie responsable de la désertification des centres-villes de notre région.

Trégastel, Sérent, Landéda, Locmaria-Plouzané… La liste des communes bretonnes assistant à la fermeture d’agences Crédit Mutuel de Bretagne (CMB) ne cesse de s’allonger. Triste réalité qui dénote complètement avec les valeurs de « proximité » que le Directeur Général du Crédit Mutuel Arkéa (Fédération autonome du Crédit Mutuel à laquelle le Crédit Mutuel de Bretagne appartient), Ronan Le Moal, ne cesse de prôner dans les médias.

L’exemple de Trégastel est tristement révélateur de ce qu’un tel départ entraîne pour une commune et ses habitants. Après avoir exprimé leurs réticences à plusieurs reprises contre ce départ, les Trégastellois n’ont eu d’autre choix que d’assister, démunis, à la fermeture de leur agence bancaire. Qui a entraîné dans son sillage celles de La Poste et du Crédit Agricole.

En ce début d’année, la commune a annoncé sa volonté de racheter le local de feu le Crédit Mutuel de Bretagne afin notamment d’y installer un distributeur de billets. Une nécessité quand on sait que la commune, qui compte 2 500 personnes en hiver, en accueille 10 000 en été. Coût de l’opération : 135 000 €. Une somme rondelette à laquelle il faut rajouter la location et l’entretien de l’appareil : 1 200 euros par mois, soit près de 15 000 euros par an.

« J’aurais préféré que cette somme soit utilisée pour remettre en état les rues de la commune », déplore Fabrice Chevillard, conseiller municipal. « C’est du gaspillage d’argent public », peste sa consœur Nadine Jagrin.

Si l’exemple de Trégastel est emblématique, ce n’est malheureusement pas le seul. Dans un communiqué publié en juillet dernier, les représentants syndicaux d’Arkéa indiquaient que la banque avait fermé 67 points de vente depuis juin 2013 et que 12 fermetures étaient encore à venir. D’après eux, ces fermetures sont directement imputables à la stratégie digitale portée par Ronan Le Moal, qu’il justifie pourtant par la nécessité de « revitaliser les territoires »…

« Réinvestir les territoires passe bien sûr par des choix de politiques publiques. Mais comme on ne peut pas tout attendre de l’État ou des collectivités, les entreprises ont aussi un rôle capital à jouer pour redynamiser l’économie locale et recréer ce lien », écrivait ainsi Ronan Le Moal dans une tribune intitulée « Banque et digital : un duo pour revitaliser les territoires », publiée par L’Opinion fin 2017.

Au même moment, le CMB de Sérent mettait les voiles. « Nous sommes face à une logique bancaire qui a pris le dessus aux mépris du service à la population », s’insurgeait alors Alain Marchal, le maire de Sérent. « Nous venons de créer une galerie commerciale pour la revitalisation de notre bourg. Il y a lieu de développer les services et non les fermer. La décision du CMB va à l’encontre de ce que nous essayons de mettre en place, ce n’est pas un comportement mutualiste », poursuivait-il alors. C’est à se demander où est passée la fameuse « responsabilité territoriale » du Crédit Mutuel Arkéa pourtant si fièrement mise en avant par Ronan Le Moal. 

Toujours dans les colonnes de L’Opinion, le directeur d’Arkéa affirme par ailleurs que « dans les agences bancaires, plus les conseillers sont libérés de certaines tâches techniques par le numérique, plus ils ont de temps à consacrer à la relation client, à l’échange, au conseil ». Certes, mais encore faut-il qu’il reste des agences.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.