Il y avait le ciel, le soleil et les vacances

Il y avait le ciel, le soleil et les vacances. Le printemps menaçait de nous rendre heureux.

5e6fc243-5171-4541-8aed-dba2e2622ef2
Depuis septembre nous ramions ensemble, unis dans la fatigue, sous les masques, nos corps alourdis par les contraintes de mesures sanitaires harassantes. Nous sentions poindre le changement d'air qui nous revitaliserait, les petits week-ends aux bords des lacs, le long des ruisseaux, les cascades joyeuses qui nettoieraient nos mirettes des pixels de l'hiver. Et puis mercredi soir à la télé le président a parlé. Courageusement face aux caméras il nous a dit qu'il nous faisait confiance, que nous étions responsables et que donc il nous empêcherait de bouger pendant les quatre semaines à venir, quelle que soit notre situation et l'endroit où nous habitions. 

En même temps comme c'est un président du relèvement des contradictions, il a dit des petites choses qu'à bon entendeur on salua. Entre nous, entre familles, entre urbains, entre gens responsables. 

Pour les autres, les amoureux des ruisseaux, les célibataires, les ruraux, il n’y eut plus ni le ciel ni les vacances. Au long tunnel de l’hiver sans le cinéma ni les cafés et les théâtres que l’on va cueillir en ville allaient succéder les longues soirées solitaires du printemps. Tu envisageais d’aller passer deux ou trois jours avec une amie voir d’autres lacs ? Impossible ! Et peu importe que cela ne comporte aucun risque. A la doctrine générale, tu te plieras.  Enfin, de quoi te plains-tu, toi qui vis à la campagne ?  Et quoi ? tu oses avoir envie de changer d’air, alors que d’autres meurent ? Mais tais-toi donc, privilégié, et laisse partir ces pauvres citadins vers leurs maisons de campagne. 

Car vu de Paris, toutes les terres ont la même couleur : celle d’un vert  où se mettre pendant un mois avec une porte ouverte à date et heure limitée, pour tous, au même moment. Le joueur de flûte mène la musique au château. Rien de tel pour installer la distanciation sociale que les décisions de masse...  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.