Je te parlerai

Je te parlerai des photos qui s’affichent sur l’écran de ton smartphone et de la danse des cristaux qui brillent sur ta pupille, de ton oeil qui s’arrondit, comme une goutte de pluie, lorsque tu vois certains visages apparaitre. Je ne t’en dirai rien de plus.  Je te parlerai de la sincérité qui va et vient comme le soleil dans un ciel irlandais, de son bleu profond ...

 © Cl'R © Cl'R
Je te parlerai des photos qui s’affichent sur l’écran de ton smartphone et de la danse des cristaux qui brillent sur ta pupille, de ton oeil qui s’arrondit, comme une goutte de pluie, lorsque tu vois certains visages apparaitre. Je ne t’en dirai rien de plus. 

Je te parlerai de la sincérité qui va et vient comme le soleil dans un ciel irlandais, de son bleu profond lorsqu’elle  elle s’adjoint la durée, et de son léger orangé lorsqu’elle danse comme une flamme.

Je te parlerai de la colère qui rugit dans le cratère des coeurs quand ils crèvent en des grêlons qui rebondissent et frappent à mes carreaux de frêle givre.  Je te parlerai des typhons et des éclairs qu’elle déclenche cette colère, noire comme les ciels des tempêtes d’équinoxe, avec les torrents qui dévalent des montagnes et emportent tout sur leur passage, et puis de ta solitude lorsqu’elle te submerge. 

Je te parlerai du soin que tu prends à construire tes maisons, et de ton insoluble acharnement à les détruire ensuite. Je t’accompagnerai lorsque tu chercheras à les ébranler et je te tiendrai très fort entre mes bras pour que tu les regardes grandir sans avoir peu de leur beauté. 

Je t’emmènerai le long des petits matins, entre ciel et plume, sur la lisière des rêves, là où la logique de l’absurde a tout autant de sens que le monde qui s’éveille, blafard, palot, puis gomme de sa lumière solaire les promenades lunaires 

Nous veillerons ensemble les longues soirées d’hiver, et tu chasseras de tes rires enfantins les inquiétudes et les peurs des lendemains blancs. 

Je te parlerai de la lumière qui filtre à travers les jeunes feuilles d’avril, fière du miel de son rayon, et nous la mangerons des yeux. Nous en ferons des festins païens et danserons jusqu’à la nuit pour en célébrer la candeur. 

Je te parlerai du grand air vif de l’hiver qui chasse la confusion dans le marais de tes yeux fatigués par de longues heures d’assises, du bruit mat de tes pas sur le sol gélé, du berceau blanc étincelant des branchages engivrés, et du bruit des chiens au loin lorsque le clocher sonne l’angelus oublié.

Je te parlerai du silence qui repose les esprits, loin du brouhaha des villes vrombissantes, loin de l’immobilité qui les annihile et les rend tristes, si tristes les villes désertées. 

Et tu ne diras rien, tu m’écouteras, oubliant ton histoire, jusqu’au moment où ce sera ton tour d’être le maître, et le mien d’être le disciple, attentif à tes paroles. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.