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Billet de blog 11 août 2022

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Un train... d'enfer !

Laisser sa voiture au garage, voyager par les transports en commun, l'idée paraît simple en temps d'alerte au climat. Un petit sac au dos, l'appareil photo en bandoulière, je me suis laissée séduire par la petite aventure. Ces trois semaines de vacances d'été auraient un air de bus et de train en solo, avec des coupures en voiture partagée. Et peu importent les aléas, je serai en vacances !

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Le sac à dos taille cabine, je l'ai longtemps réfléchi dans les jours précèdant le départ : sandales, savon, trois pantalons, une robe, quatre tee-shirt ; savon, couture, sac isotherme, imperméable ; huile d'arnica, citronnelle et ravintsara ; masques et auto-tests, petit carnet, liseuse, et bien sûr aux pieds, de bonnes chaussures de marche.

Le départ est problématique. De mon domicile au bus, je devrais marcher une heure trente. Ma fille gentiment me dépose. J'ai réservé ma place la veille au soir par téléphone car cet horaire-là est uniquement sur demande. Heureusement, je prévois large : mon bus, une voiture particulière, arrive avec 12 minutes d'avance. L'arrêt est placé sur la rue qui traverse le bourg, très encombrée en ce soir de marché. La chauffeuse embarque rapidement ses quatre passagères. La voiture n'est pas récente mais sa conduite est agréable. Le prix, lui, est imbattable : moins de 3 euros ! Une question pourtant : que se serait-il passé si l'une de nous était arrivée juste à l'heure ? un bouchon ? une voiture bus déjà partie ?

Ensuite c'est un TGV Lyria. J'ai pris mon billet sur SNCF Connect, je sais donc dès le réveil par SMS que je n'ai pas besoin de me dépêcher : mon train partira avec 20 minutes de retard suite à une mise à quai tardive. Il en a finalement quarante pendant lesquelles je reçois toutes les 5 minutes un SMS à horaire variable. L'image rassurante de l'exactitude suisse fond comme bon chocolat au soleil.

J'aimerais vérifier l'horaire de mon bus suivant. L'information que j'ai trouvée vient de Rome2rio, qui est une perle. Je consulte le site mobilité de la région concernée avec le numéro de la ligne. Je n'ai emporté qu'un smartphone et je n'arrive pas à m'y retrouver dans les fiches horaires. Après une grosse demi-heure de recherche, j'abandonne. Au syndicat d'initiative, la jeune femme habituée à jongler d'un site à un autre me signale après vingt longues minutes qu'elle est bien désolée mais n'a rien trouvé. Derrière moi, une file de touristes attend son tour. Je rêve de ces pays où les lignes de chemin de fer circulent partout et où l'on a donné libre accès à tous les transports en commun pour moins de 10 euros sur un mois... Par chance, je trouverai l'information par téléphone. Au bout du numéro indiqué sur le site, après 5 petites minutes d'attente, un aimable monsieur me renseigne et me conseille de réserver mon trajet.

L'étape suivante est en TER. Je prends mon billet la veille avec l'application SNCF. Serait-ce l'été, le manque de chance ? retard estimé à 55 minutes au départ et 60 à l'arrivée : présence d'un bagage abandonné, réutilisation d'un train, intervention des forces de l'ordre. C'est beau la précision, non ? Finalement, je prends le bus pour le même tarif : 14 euros les 70 kilomètres quand même.

Le lendemain, la chance semble me sourire : 5 min de retard seulement pour mon train du matin. Je visite la jolie petite ville en attendant le bus qui me conduira dans la montagne. Il est sur le parking bien avant l'heure. Lorsque j'indique ma destination au chauffeur, il sait que j'ai réservé. 14 euros les 36 kilomètres, cette fois. Le bus est confortable, plutôt rempli. Il assure une ligne intercité. A mi-chemin, lors d'un arrêt, une femme vient prévenir le chauffeur que la route est coupée suite à un glissement de terrain. Impossible de joindre la région, c'est la compagnie de bus qui prendra la décision. Seuls les passagers pour le terminus seront pris en charge. Me voici délestée vers une ville au lieu de l'endroit de rêve prévu. Avec un départ à 15 h 45 pour une arrivée à 21 h en pleine canicule. Une journée par 38 degrés à traîner dans une ville ! Par chance les musées sont gratuits à cause de la chaleur.

Le répit en voiture partagée pour l'étape suivante est un vrai soulagement !

Mais vient l'heure du vrai retour. Ce sera un TER Lyon - Dijon. Je prends mon billet en ligne. Je connais ce trajet, le prix a doublé. En fait ma carte de réduction est périmée. Je la reprends après avoir vérifié qu'elle en valait bien la peine. 60 % de remise pendant les vacances scolaires et les week-ends, c'est vraiment bien. Pourtant en visionnant les tarifs avec ma carte, le prix reste plus élevé que d'habitude. Est-ce que les grandes vacances ne sont pas prises en compte ? Je vérifie sur un samedi et ce sont bien les 15 euros habituels. Entretemps je continue la conversation sur le choix de l'heure puis je reviens à mon billet. Ah ! cette fois, c'est le bon prix ! Je vérifie l'heure, je l'achète et m'aperçois à réception du mail de confirmation que je me suis trompée de date. Le calendrier était resté au samedi. Un message indique que le billet ne peut être ni annulé ni échangé. Que faire ?

Inutile de parler avec un robot ! J'expliquerai au contrôleur que je me suis trompée de jour et je prépare la monnaie pour régler la différence entre le prix du samedi et celui du mardi. Je recueille un air dubitatif et une sentence implacable sur la SNCF à laquelle je refuse d'adhérer. Me voici dans le train. Au moment du contrôle, j'explique mon cas et sors mon petit sac avec l'appoint exact. Le contrôleur regarde ma monnaie avec des yeux ronds comme des soucoupes. Il me demande si j'ai un moyen de paiement. J'ai du mal à comprendre ce que j'entends. Je lui demande pourquoi. Il se fâche presque en me disant que je n'ai pas de billet. J'en ai un pour samedi oui, mais pas pour aujourd'hui. Il me demande 45 euros, me parle comme si j'étais une fraudeuse. Je suis sidérée. Il ajoute que j'ai de la chance d'être sur cette ligne car sur une autre,
j'aurais eu 90 euros à régler. Tout mon système de valeur s'écroule. Je dois payer une amende alors que j'ai acheté un billet, même s'il n'est pas pour le bon jour. J'ai déjà acheté une carte de réduction, un billet et maintenant je dois encore ajouter 45 euros. J'ai l'impression d'être rackettée. Je demande à joindre quelqu'un. Le numéro national ne fonctionne pas pour les TER. Sur twitter, le robot m'indique qu'il va me passer à ses collègues humains.

Personnellement, je n'ai pas vraiment vu de différence entre l'humain et le robot. Enfin si, avec un robot, je n'aurais pas fondu en larmes.

Car voyant que je n'étais pas décidée à payer les 45 euros demandés, dont je n'ai toujours pas d'explication sur le prix : inclut-il une amende ? le contrôleur me demandait, assez énervé, si j'avais une pièce d'identité. Oui, mais pourquoi ? parce qu'alors il m'infligerait une amende de 140 euros.

Pourtant j'avais auparavant échangé en attendant mon train avec une dame qui m'avait rassurée, indiquant que les billets TER sont valables une semaine. Ah oui, cela aurait été si vous l'aviez acheté à une borne. Et encore si c'était une borne à Lyon parce qu'à Dijon le billet acheté à une borne n'est valable qu'une journée. Tout ce discours continuait de m'enfoncer dans les affres kafkaïennes d'une SNCF qui, j'étais bien obligée de l'admettre cette fois, correspondait à l'image à laquelle j'avais refusé de croire.... Ah mais il faut lire les conditions de vente avant d'acheter quelque chose, poursuivait le contrôleur au fur et à mesure que je perdais contrôle et à qui je dus encore ajouter, suite à ses remarques, que je ne maitrisais pas mon état.

Aujourd'hui je rêve d'habiter un autre pays. Un pays où les efforts pour ne pas voyager seul-e en voiture individuelle sont pris en compte. Un pays où les transports en commun dans les régions ne sont pas des patates chaudes qu'on se refile. Un pays où lorsqu'on paye son billet à l'avance on n'a pas à recevoir d'amendes ni de leçons à propos de conditions d'achat ubuesques.

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