Encore un jeune apprenti menacé d'expulsion

S'y habituerait-on, même si cela n'allait à l'inverse d'un mouvement populaire ? En finira-t-on un jour de ces menaces d'expulser hors de notre sol de jeunes gens que nous avons nourris, élevés, éduqués, formés ? Ou bien ce sol n'est-il pas le nôtre aussi, à nous qui n'admettons pas de rejeter vers la guerre, la misère et la violence, ceux qui ont réussi à s'en extirper?

Combien faudra-il encore de grèves de la faim pour que l'administration de notre pays cesse de s'en prendre dès leur majorité aux enfants qu'elle a accueillis  ?

Aujourd'hui, à Dijon, le Collectif de soutien aux demandeurs d'asile et migrants* invite à se regrouper devant le tribunal administratif pour manifester son soutien à Sato, arrivé en France, mineur isolé à l'age de 14 ans. Comme tant d'autres il est menacé d'être expulsé de France, le pays où il vit depuis plus de six ans, où il a étudié, s'est formé, où se trouve son avenir.

Le communiqué précise que son âge et son identité ont été reconnues par la justice qui l'a confié au conseil départemental de la Côte d'or. Après de bons résultats scolaires, il est aujourd'hui en apprentissage. Ses proches, ses enseignants, son employeur attestent de son engagement . «Monsieur F a montré de grandes qualités et est très apprécié de son équipe et de son tuteur qui le suit et qui lui a consacré un temps de formation et de suivi avec un retour très positif » atteste son employeur qui souhaite l'embaucher. Les autorités de son pays d'origine, le Mali, confirment son identité et lui ont même délivré un passeport. Et pourtant, la préfecture s'acharne contre lui au prétexte qu'il y aurait une erreur sur son acte de naissance.

 © Peter Potrowl, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons © Peter Potrowl, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons

Comment justifier de telles procédures ? 

Alors que les soutiens populaires sont nombreux en faveur de ces jeunes gens qui ont fait preuve d'un courage et d'une détermination exemplaires l'administration de notre pays continue non seulement à mettre en oeuvre des procédures de justice pour vérifier leur âge mais encore elle sollicite le travail des tribunaux pour les exclure d'un territoire qui les a accueillis. 

Comment peut-on ignorer les efforts constants et renouvelés qu'il faut pour se relever des blessures subies par la violence, quelle qu'en soit l'origine, misère, guerre, attentats à la vie de proches ? Comment peut-on nier à la fois l'immense travail personnel de ces jeunes gens et l'immense travail collectif des travailleurs sociaux, des professeurs, des citoyens ?

Un populisme négatif

Comme souvent l'image négative qui se dessine en creux d'un peuple français qui ne serait pas prêt à accueillir ces jeunes gens est démenti par les mouvements de solidarité qui se mettent partout en oeuvre pour soutenir, accompagner, loger, nourrir ces jeunes gens devenus nos fils, nos filles, nos frères, nos soeurs. 

Cessera-t-on un jour enfin d'attribuer au peuple français des sentiments de rejets de l'autre alors qu'il ne cesse en pratique de montrer sa générosité? Croit-on vraiment que les commentaires les plus négatifs des quotidiens régionaux soient le juste reflet de notre société ? Faut-il encore que des citoyens se mettent personnellement en danger par une grève de la faim pour que l'on entende la dignité d'un pays qui refuse l'exclusion et la négation des trajets accomplis ? 

J'aimerais tant que nos rêves de fraternité, démontrés par la réalité, soient entendus et que l'on attribue enfin au peuple la générosité et la grandeur d'âme que le populisme cherche constamment à lui ôter ! A quoi bon nourrir nos enseignements d'aussi nobles mots que la confiance et la bienveillance si des tribunaux administratifs peuvent aussi facilement et régulièrement les remettre en cause.

Mise à jour 22 avril - Communiqué de presse du collectif 

...  La juge a reconnu le caractère infondé de ces accusations de fraude, annulé l'obligation de quitter le territoire permettant ainsi à Sato de reprendre une vie normale auprès de ses proches, ses amis, ses collègues de travail et de formation. Comme le prévoient les textes, l'attribution d'un titre de séjour est renvoyé à une formation collégiale.

 Tous les défenseurs des droits ne peuvent que se réjouir de ce premier pas, espérer que cette affaire soit définitivement réglée et que cesse l'acharnement contre Sato.

 Cependant d'autres jeunes sont encore dans des situations semblables. Comme l'ont fait une soixantaine d'organisations au niveau national et de nombreuses personnalités, nous appelons à un changement de fond du traitement des dossiers de ces jeunes par les services de l’État pour qu'ils puissent vivre sereinement leur vie de citoyen et non être condamnés à l'errance et à la clandestinité et à l'ouverture d'un dialogue immédiat à ce sujet.

C'est le cas de Salif

Salif a besoin de soutien. 

Salif , 20 ans est sous le coup d'une oqtf et d'une assignation à  résidence. Il a donc perdu son emploi de maroquinier dans l'entreprise Ateliers d'Armançon. Son employeur le soutient et vient de lancer une pétition (lien ci-dessous).

http://chng.it/MBnx2GnBXk

* Le courageux et actif Collectif de soutien aux demandeurs d'asile et migrants est composé de : ACAT Dijon / Action Catholique Ouvrière / AFRANE Bourgogne/ AGIRabcd 21/ AIDES Bourgogne Franche Comté/Amis de la Confédération Paysanne/ Amnesty International Dijon / APF France Handicap/ ATTAC21 / ATMF Dijon /CCFD Terre solidaire/ CFDT 21 / CGT 21 / Club Unesco Dijon / / CNT 21 / Collectif du lycée d’accueil international Le Castel/ Confédération Paysanne/ Confédération Syndicale des Familles / Espace Autogéré des Tanneries / Euphorbe en Illabakan / FCPE / FSU 21 / LVN personnalistes et citoyens / Ligue des Droits de l’Homme / MAN / Mouvement de la Paix/ MRAP / Pastorale des Migrants / RESF 21 / SAF / SNES FSU / SOS Refoulement / SOS Racisme / Solidaires / Solidarité afghane / Sud santé sociaux / UJFP / UNEF/ Tends la Main / )

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